Après les différentes sorties du ministre de l’Industrie pharmaceutique Ali Aoun au groupe pharmaceutique public Saïdal et ses déclarations pour que ce dernier retrouve ses capacités productives, c’est au tour du chef de l’Etat d’apporter son appui à Ali Aoun et de conforter le choix de lui avoir confié le redressement de ce secteur névralgique pour la sécurité sanitaire de la nation.

Par Sihem Bounabi
En effet, le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a relevé, mardi dernier à Alger, « la nécessité de réhabiliter ce groupe pour qu’il puisse jouer son véritable rôle dans l’industrie pharmaceutique en Algérie ». Il a ainsi affirmé que « L’Etat tend, à travers le groupe Saidal, à couvrir un taux de 40 à 50% des besoins du marché national en médicaments produits localement et à construire une industrie pharmaceutique qui protège la souveraineté sanitaire du pays », lors de sa visite au pavillon du groupe Saidal, à l’occasion de l’inauguration de la 30e Foire de la production algérienne « FPA 2022 », au Palais des expositions des Pins-Maritimes, Alger.
Réitérant la volonté politique de l’Algérie à préserver la production nationale face à certains lobbies du médicament, le chef de l’Etat a souligné que « certains avaient tenté, par le passé, de détruire cette société dont la production ne dépassait pas les 4% des besoins du marché local en médicaments », mais « le travail est en cours pour la remettre sur pied ».
Dans ce sillage, le Président de la République a appelé à « s’orienter vers les marchés étrangers et à tisser des liens de coopération avec les pays arabes et africains, à l’instar de l’Egypte, la Jordanie, la Tunisie, la Mauritanie et le Sénégal ». Tout en précisant que « l’Algérie ne cherche pas uniquement à améliorer ses recettes, mais aspire également à davantage d’efficacité dans ce domaine ».
A travers ces déclarations, le Président de la République adresse un message fort exprimant la volonté ferme de l’Etat d’assainir le secteur pharmaceutique des dysfonctionnements qui perturbent la disponibilités des médicaments et mettre fin aux pénuries récurrentes, tout en confrontant la stratégie du ministre de l’Industrie pharmaceutique dans sa ferme volonté de redorer le blason de Saïdal afin que le groupe redevienne le fer de lance de l’industrie pharmaceutique en Algérie.

Remettre sur pied Saïdal
Pour rappel, Ali Aoun avait réussi à relever le défi d’assurer la demande locale de médicaments à travers une production nationale de qualité lorsqu’il était à la tête de Saidal de 1995 à 2008 tout en faisant face à ceux qu’il nommait «les barons de l’importation » ou « les trabendistes des médicaments ». Il avait réussi à travers une gestion rigoureuse et transparente à moderniser le groupe et à le faire passer d’une entreprise déficitaire à un fleuron de l’industrie pharmaceutique avec la création de trois filiales de production spécialisées dans les antibiotiques, des analgésiques, des antiseptiques, des neuroleptiques et des antihistaminiques. Saidal avait ainsi relevé le défi de la couverture des besoins nationaux et l’exploit d’exporter l’Insuline vers des pays africains avant que l’entreprise ne soit brisée dans son élan lorsque Ali Aoun a été démis de ses fonctions de PDG en 2008. Fort de cette expérience d’homme qui connaît tous les rouages du secteur ainsi que les écueils auxquels est confrontée la production nationale, la première sortie sur le terrain d’Ali Aoun, dès sa nomination en tant que ministre de l’Industrie pharmaceutique, a été au complexe antibiotique du groupe Saidal, à Médéa. Dès cette première sortie, le ton de fermeté pour la réhabilitation du groupe pharmaceutique était donné. Le ministre a en effet ordonné la «mise à niveau» du complexe antibiotique, filiale du groupe Saidal et a ordonnée «la réactivation des ateliers de fabrication des produits pharmaceutiques de base tels que les gélules, les comprimés, les sirops et gels, les pommades ».
Il avait également déclaré que «cette visite s’inscrit dans le cadre des instructions du président de la République qui visent à suivre et identifier le lancement et les projets de production de matériels pharmaceutiques par le complexe public de Saidal pour élever la capacité de production du complexe à couvrir les besoins du marché et s’orienter vers l’exportation».
Ainsi, avec la carte blanche donnée par le président de la République, Ali Aoun a enchaîné les visites sur le terrain qui l’ont notamment mené dans les différentes unités de Saidal, que ce soit dans l’Est, l’Ouest ou le centre du pays. Des déclarations fortes et certains coups de gueule face à la dégradation du groupe dont le plus mémorable est celui de l’unité de Saidal de Constantine. Là, il a indiqué que « la production locale d’insuline est du pipeau ». A l’unité de Saidal de Gué de Constantine à Réghaïa, il l’avait comparé à un poulailler et menacé de la fermer si elle ne se mettait pas à niveau, en lançant : « Je vous le dis tout de suite. Il est impossible de produire des médicaments dans une usine comme celle-là. C’est pire qu’un poulailler. »
Après avoir fait un diagnostic de la réalité sur le terrain, il a mis en place des mécanismes de réhabilitation avec des injonctions aux responsable des différentes unités de Saidal qui ont subi son courroux dont encore récemment lors de sa seconde visite à l’usine du groupe pharmaceutique public à Constantine où il a donné un dead line intransigeant pour accélérer la production d’insuline localement. Soulignant que « l’évaluation de Saidal à l’avenir est liée à la fabrication de ce médicament ». Dans ce sillage, il a réitéré « la détermination de l’Etat à mettre fin au monopole exercé en matière d’approvisionnement de l’insuline ».
En outre, dans l’optique d’œuvrer à la modernisation du groupe pharmaceutique public, Ali Aoun a également donné des instructions pour que Saidal se rapproche des centres de recherche dans le domaine pharmaceutique et biotechnologie, afin de développer tous les types de médicaments dont notamment les bio similaires afin de renforcer la production locale notamment en médicaments hospitaliers dont les médicaments pour le traitement des cancéreux et autres maladies lourdes. n