Plusieurs économistes prévoient une augmentation des recettes hydrocarbures en 2021 sous l’effet prix, mais aussi une croissance de la production d’hydrocarbures de Sonatrach. Cela suppose pour atteindre cet objectif de volume un suivi rigoureux de la maintenance des installations, mais, également, la mise en service dans les délais des nouveaux gisements de pétrole et de gaz attendus en 2021.

Les prix du baril de pétrole se maintiennent à la hausse depuis plusieurs semaines, sous l’effet de l’optimisme des marchés pétroliers. Le baril de pétrole Brent de mer du Nord est coté à 52 dollars et la tendance haussière, selon les sources spécialisées, se poursuivra en 2021. Goldmann Sachs, la grande banque américaine, prévoit que le prix du baril en 2021 pourrait atteindre 65 dollars. Il est donc fort probable que les recettes d’exportations de Sonatrach soient en hausse sous le double effet des prix du pétrole et de l’augmentation prévisible de la production de Sonatrach l’année en cours.
Il faut savoir que les recettes pétrolières se calculent ainsi : prix du pétrole multiplié par le volume. Si les termes de l’équation bougent dans le sens positif, il est clair que les recettes seront en hausse. Des économistes estiment un gain de 5 à 6 milliards de dollars du fait de l’effet prix : un prix moyen du baril algérien, selon ce scénario prudent, à 52 dollars contre une moyenne de 42 dollars en 2020. A cet égard, le bilan du secteur, rendu public dimanche, indique que les recettes de Sonatrach ont atteint 20 milliards de dollars en 2020. Le PDG de Sonatrach Toufik Hakkar, dans un mot à l’occasion du Nouvel an, avait indiqué que «la production et les ventes connaîtront une hausse en 2021 à la faveur de la mise en production de gisements périphériques de Gassi Touil et Hassi Bir R’kaiz et l’achèvement du projet Boosting de Hassi R’Mel dans sa phase nord ainsi que la montée en cadence de la production au niveau du gisement de Tinhert». Abdelmadjid Attar, ministre de l’Energie, avait déclaré, dans la foulée, récemment, que la production hydrocarbures de Sonatrach augmentera de 12% en 2021.
Toutes ces données expliquent pourquoi le FMI prévoit un rebond de l’économie nationale en 2021 avec comme locomotive de cette relance la compagnie pétrolière nationale. Le grand défi de Sonatrach en 2021 est donc d’atteindre cet objectif de croissance de la production. Cela suppose un grand effort de suivi de la maintenance des installations de production pour éviter qu’un incident ou des incidents genre El Merk puissent contrecarrer cet effort de production. Cela suppose également la mise en service dans les délais des nouveaux gisements de pétrole et de gaz et le dernier chantier de la phase III (zone nord) du projet boosting de Hassi R’Mel destiné à maintenir la production de gaz de ce gisement super géant. Le second défi est celui de la rationalisation des dépenses : réduction des coûts d’investissement et de fonctionnement, des transferts de devises avec une plus grande implication des filiales du groupe et des entreprises locales. Le troisième défi est celui de la relance de l’investissement dans l’amont. Il est lié à la promulgation des textes d’application de la nouvelle loi sur les hydrocarbures prévue pour l’automne 2020 mais qui connaissent un glissement dans le planning de finalisation des textes devant encadrer l’investissement, notamment étranger, dans ce secteur.
L’achèvement de ce chantier institutionnel constitue le préalable au lancement du nouvel appel d’offres exploration en direction des compagnies étrangères prévu, si tout se passe bien, probablement au second semestre 2021. La compagnie italienne ENI souhaiterait, à la faveur de ce nouveau régime fiscal plus attractif, poursuivre ses investissements dans le bassin de Berkine. Les compagnies américaines Chevron et Exxon Mobil sont également intéressées à investir en Algérie tout comme d’autres compagnies présentes en Algérie pour peu que les textes d’application confirment que la nouvelle réglementation est favorable à l’investissement, que des signaux forts soient lancées en matière d’amélioration de l’environnement de l’entreprise telle que la neutralisation de la bureaucratie ainsi que l’offre de développement de périmètres intéressants. Tout ceci dans le cadre d’un partenariat gagnant pour les deux parties.
L’autre défi est le développement du pôle pétrochimique de Sonatrach. Les observateurs du domaine s’attendent à la conclusion d’accords de partenariat pour au moins un ou deux grands projets. Les enjeux stratégiques de cette filière sont la valorisation des ressources hydrocarbures, le produit final pourrait être dix fois plus cher que la matière brute, l’intégration de l’industrie nationale avec la production en Algérie de la matière première, auparavant importée pour l’industrie plastique, l’automobile, la peinture… Et la création de milliers et de milliers de petites et moyennes entreprises, gravitant autour de ces grands pôles pétrochimiques, activant dans la transformation des produits issus de ces usines pétrochimiques. n