La réhabilitation du complexe d’El Hadjar est conçue par le gouvernement pour intégrer plus rapidement l’industrie nationale en positionnant Sider comme futur fournisseur de tôles pour l’industrie automobile et l’électroménager.
La visite, dimanche, du Premier ministre Abdelaziz Djerad au complexe sidérurgique d’El Hadjar a montré que le gouvernement table toujours sur le sauvetage de cet ancien fleuron de l’appareil de production nationale pour relancer l’industrie sidérurgique en Algérie en dépit d’une situation qualifiée de catastrophique par le ministre de l’Industrie Ferhat Aït Ali, dans ses déclarations au quotidien El Chaab. Traduire, l’entreprise Sider El Hadjar, qui exploite ce complexe, est dans une situation financière très difficile en dépit des moyens humains et des installations dont elle dispose. Sous perfusion depuis plusieurs années, n’arrivant pas, et de loin, à atteindre le million de tonnes/an d’acier, elle devra encore être soutenue financièrement par l’Etat pour espérer développer sa production.
Optimiste, le Premier ministre a fait valoir que ce pôle de production sidérurgique est le seul à compter, en Algérie, un laminoir destiné à la fabrication d’aciers plats. Il a annoncé la possibilité de mette à la disposition des projets des moyennes entreprises 100 hectares de la surface du complexe destinés à transformer les produits fabriqués à El Hadjar. Précisément, le ministre de l’Industrie dans ses réponses au quotidien El Chaab a indiqué que ce complexe va acquérir des équipements d’une valeur de 45 milliards de dinars qui lui permettront de porter son chiffre d’affaires, de 30 milliards de dinars actuellement, à 80 milliards de dinars. Ce qui assurera à cette entreprise non seulement l’équilibre financier, mais de réaliser des profits et donc de n’être plus un fardeau pour le Trésor public, selon le ministre. Les investissements portent sur la diversification et le renforcement de la production, en particulier des aciers plats. Une perspective qui permettra à Sider El Hadjar d’être un fournisseur de tôles pour les futurs projets de construction automobiles et les usines de produits électroménagers. Mais cela suppose que le plan de développement de l’entreprise réussisse, le rééchelonnement de dette, dont les négociations sont en cours avec les banques afin d’alléger sa situation financière et lui permettre d’appliquer son plan de développement. Cela suppose également un meilleur management du complexe et un climat social serein. Le ministre de l’Industrie a également souligné la nécessité d’une régulation du marché.

Sans cela, les importations effectuées sans tenir compte de la production locale vont freiner l’élan des pôles de production sidérurgique en Algérie. Le complexe El Hadjar compte, en effet, 22 milliards de dinars de stocks de produits sidérurgiques invendus, a indiqué Ferhat Aït Ali.
Des économistes avaient souligné que le sauvetage d’El Hadjar est une aberration économique. Construire à la place un nouveau complexe sidérurgique avec de plus grandes capacités coûterait moins cher que les assainissements financiers successifs effectués et les investissements réalisés ou à réaliser. Avec 13 milliards de dinars de masse salariale, une dette énorme, le produit d’El Hadjar sera-t-il compétitif ? Comme le mal est déjà fait, réhabiliter El Hadjar revêt son importance quand on sait qu’il est un moyen d’assurer à court ou moyen terme une intégration de notre industrie à travers la fourniture de tôles et de produits sidérurgiques pour la métallurgie, la mécanique et l’électroménager, notamment pour les usines automobiles et les unités de fabrication de réfrigérateurs, de cuisinières… Les pôles sidérurgiques importants, celui de Tosyali à Oran et d’AQS à Bellara, ne sont pas au stade de produire rapidement des aciers plats. Le premier a déjà produit 3 millions de tonnes de produits sidérurgiques en 2018-2019. Il couvre une grande partie des besoins en rond à béton, en fil machine et en tubes d’acier pour l’hydraulique et les hydrocarbures. Il compte à moyen terme construire des installations sur le site de Bethioua à Oran pour produire des aciers plats pour l’industrie automobile et l’électroménager. AQS, lui, a démarré récemment sa production. Il compte dans une seconde phase produire les aciers plats. De 2 millions de tonnes/an, sa capacité sera portée à 4 millions de tonnes/an. Les trois pôles sidérurgiques réunis pourraient favoriser l’émergence d’une industrie sidérurgique puissante en Algérie couvrant les besoins du pays et parvenant à terme à placer des excédents à l’exportation. Encore faut-il que l’Etat intervienne pour les libérer des entraves bureaucratiques et de la concurrence déloyale des importations. Encore faut-il que ces producteurs s’insèrent dans les règles d’une politique industrielle claire, cohérente et ambitieuse tracée par le gouvernement.
Quant à l’amélioration du management des entreprises publiques, elle est liée à l’introduction de contrats de performance précis liant le propriétaire qui est l’Etat aux gestionnaires. Dans cette relation, la contre-performance est sanctionnée. Par exemple, si le premier responsable de l’entreprise ne parvient pas à redresser la situation financière et à réaliser les objectifs fixés au départ, il est remplacé au terme d’une année ou deux, à l’instar de ce qui se fait dans des économies développées en Europe. n