A quelques heures du sommet international du climat organisé par le président des Etats-Unis, Joe Biden, l’Agence internationale de l’énergie tire la sonnette d’alarme sur les émissions de gaz carbonique en 2021. En raison de la reprise des activités industrielles, ces rejets vont avoir un niveau record, rendant problématique la lutte contre le réchauffement planétaire.

Par Kahina Sidhoum
Après un recul historique de 5,8 % l’an dernier, en raison des conséquences de la crise sanitaire mondiale liée au Covid-19, les rejets de CO2 générés par la production d’énergie devraient connaître en 2021 un rebond de 4,8 %, indique l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Selon cette organisation internationale, les émissions d’origine énergétique, qui constituent près des trois quarts du total mondial tous secteurs confondus, devraient remonter de 4,8 % durant cette année.
Fin mars, son directeur exécutif Fatih Birol avait déclaré redouter «un très fort rebond» des émissions de CO2 en 2021. Ce n’est donc pas la première fois que l’AIE tire la sonnette d’alarme. Mais, cette fois, elle relance l’alerte à quelques heures de la tenue du sommet international sur le climat organisé par le président des Etats-Unis Joe Biden, demain jeudi et après-demain vendredi 22 avril. Ce qui semble être une piqure de rappel aux pays les plus pollueurs de la planète puisqu’on risque de revenir à des niveaux d’émission de CO2 plus importants que ceux enregistrés avant le début de la pandémie du Covid.
En 2020, les rejets de carbone ont enregistré un repli historique de 5,8%. Avec un rebond de 4,8% (+1,5 milliard de tonnes, à 33 milliards de tonnes) attendu cette année par l’AIE, ce serait selon les observateurs la 2e plus forte hausse annuelle jamais enregistrée pour ces émissions après le rebond post-crise financière en 2010. Une croissance très inquiétante pour ceux qui luttent contre le réchauffement planétaire, et ce, d’autant plus qu’elle devrait dépasser de 60 % celle des énergies renouvelables, qui se développent aussi.
Selon l’Agence, toutes les énergies fossiles devraient voir leur demande augmenter «significativement» en 2021. La demande de charbon dans les pays émergents notamment devrait croître de 4,5%, dépassant son niveau de 2019 pour approcher ses sommets de 2014. La demande de gaz devrait également dépasser son niveau de 2019. Celle de pétrole repart fortement, mais ne devrait pas retrouver son sommet de 2019 du fait des incertitudes pesant sur le secteur aérien.
Du côté des renouvelables, la production électrique devrait croître de 8%, pour fournir quelque 30% de l’électricité mondiale (contre moins de 27% en 2019). Le solaire et l’éolien devraient connaître une croissance annuelle record: la production électrique d’origine éolienne devrait croître de 17% par rapport à 2020, celle d’origine photovoltaïque de près de 18%.
La Chine est à l’origine de la moitié de ce rebond spectaculaire en rejets carbonés. In fine, les émissions globales liées à l’énergie en 2021 finiraient tout juste à 1,2 % sous le niveau de 2019 (à 400 milliards de tonnes de moins). Ce qui n’en constitue pas moins «un sombre avertissement», selon Fatih Birol. Pour le directeur exécutif de l’AIE, ces chiffres montrent «que la reprise économique après la crise du Covid est à ce jour tout sauf soutenable pour notre climat». Il redoute déjà une situation «pire encore» durant l’année prochaine. Avec notamment une reprise plus forte en perspective de certains secteurs, comme le transport aérien.
«A moins que les gouvernements n’agissent rapidement pour commencer à réduire les émissions, il est probable que nous affrontions une situation pire encore en 2022», prévient l’économiste, pour qui «le sommet sur le climat organisé par le président américain Joe Biden cette semaine est un moment critique pour s’engager à des actions claires et immédiates avant la COP26 de Glasgow». n