Le gouvernement peine à faire avaliser le projet de loi sur les hydrocarbures. La pilule a du mal à passer même chez les partis de la majorité, pourtant acquis aux projets proposés par l’actuel gouvernement.

C’est qu’il y aurait anguille sous roche, tant il est vrai que le soudain activisme de l’Exécutif soulève moult questions aussi bien sur le timing que sur sa manière de faire. Certes, le besoin d’adapter le dispositif juridique encadrant l’investissement dans le domaine des hydrocarbures aux évolutions internationales n’a jamais semblé aussi urgent, mais le gouvernement s’est illustré par un soudain regain d’intérêt pour le projet, alors qu’il y a quelques mois, responsables de Sonatrach et du ministère de l’Energie martelaient sans cesse qu’il n’y avait aucune urgence à promulguer une loi mal faite et/ou rédigée dans la précipitation. L’exemple le plus édifiant est la déclaration d’Abdelmoumen Ould Kadour, ancien patron de Sonatrach, qui, acculé par les journalistes après plusieurs mois d’attente d’une loi qui ne venait pas, a fini par lâcher le morceau, assurant que la révision de la loi sur les hydrocarbures est un dossier «lourd» qui demande «beaucoup de temps et d’expertises». Le gouvernement ressort soudainement un projet vieux de plusieurs mois, le qualifiant d’urgent et de nécessaire à même de relancer l’investissement dans le secteur pétrolier, dont la crise date d’au moins une dizaine d’années. Adopté dimanche en Conseil des ministres, le projet passe mal ; une avalanche de critiques s’est abattue sur le gouvernement, spécialistes et politiques voient dans l’activisme du gouvernement une précipitation non justifiée. Le problème est que le texte ne passe pas même chez les partis de la majorité, le FLN et le RND en l’occurrence. Le Rassemblement national démocratique (RND), membre de l’ex-alliance présidentielle, et dont le patron est candidat à l’élection présidentielle du 12 décembre prochain, a estimé qu’il faut « attendre » l’élection d’un nouveau président pour « lancer un débat national » sur les hydrocarbures. « Rien ne justifie l’adoption » de cette loi actuellement, tranche le RND, un parti qui avait pourtant applaudi toutes les initiatives de l’actuel gouvernement. Même son de cloche chez le FLN ; le parti s’est montré prudent quant à la manière par laquelle le projet a été examiné, voire à son contenu et à l’utilité d’un débat autour d’un projet aussi sensible dans la conjoncture actuelle. Dans un communiqué, la première force politique du Parlement a indiqué qu’« il n’y a aucun doute que le comportement des députés du groupe parlementaire du parti sera responsable, en ligne avec les aspirations des citoyens qui les ont élus et dans le cadre de l’intérêt national suprême, que le FLN s’est engagé, en toutes circonstances, à faire passer avant tous les calculs partisans ou intérêts personnels ». Du côté de l’opposition, se saisir d’un tel dossier dans une conjoncture politique aussi délicate, le gouvernement a choisi de prendre le taureau par les cornes et le risque n’est pas écarté. Pour le RCD, « seul un pouvoir fort de la légitimité populaire pourra réviser la gestion du secteur de l’Energie. Le secteur des hydrocarbures comme les autres richesses du pays ne peuvent plus servir pour l’achat de soutiens étrangers dans la nouvelle Algérie dessinée par la mobilisation de ses enfants. C’est à un nouveau pouvoir issu de la rupture avec le système par le biais d’une transition démocratique auquel revient la charge de définir le rôle de ce secteur dans le cadre d’une politique de développent du pays ». Le FFS, quant à lui, estime que le projet de loi de finances 2020 et le projet de loi sur les hydrocarbures « hypothèquent à moyen et long terme le développement d’une économie indépendante et portent un sérieux préjudice aux intérêts nationaux». « Il s’agit là d’une atteinte grave à la fois au patrimoine de notre peuple et à sa souveraineté nationale. L’Histoire retiendra que tous ceux qui auront contribué à l’adoption de ces lois et à leur mise en œuvre auront trahi leur peuple, la révolution de novembre 54 et celle de février 2019 », écrit le FFS dans un communiqué. Le parti d’Ali Benflis a lui aussi défrayé la chronique en s’attaquant de front aux promoteurs du projet de loi sur les hydrocarbures. Ali Benflis dit ne pas concevoir «l’ouverture du dossier des hydrocarbures sans un dialogue approfondi et une vaste consultation de toutes les dynamiques de la société car il s’agit d’un dossier stratégique et déterminant pour le peuple et pour le pays ». Pour lui, « il est inconcevable dans cette situation particulière, caractérisée par l’illégitimité des institutions, en particulier du gouvernement et du Parlement, d’agir sur le sort des richesses de l’Algérie ». Le rejet de la classe politique a été ainsi massif, alors que des manifestations se sont déroulées à travers plusieurs wilayas du pays, dimanche, dès l’annonce de l’examen du projet de loi en conseil des ministres. La question qui s’impose désormais est celle de savoir si le gouvernement va maintenir son projet contre l’avis de tous. Le risque est gros, car c’est un autre front de contestation qui s’ouvre contre l’actuel Exécutif.