Depuis une dizaine de jours, la vague de critiques contre les deux projets de loi sur l’exercice du droit syndical et la prévention et le règlement des contentieux collectifs au travail ne cessent d’enfler. Face à cette bronca, la réaction des autorités concernées est attendue, notamment celle du président de la République. En attendant, des concertations entre les syndicats réunis dans la Confédération des syndicats algériens (CSA) et d’autres organisations, dont la puissante centrale syndicale (UGTA), sont en cours pour mettre en place un plan d’action commun.

Par Sihem Bounabi
En effet, de plus en plus de sections syndicales de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), soutenues par la position critique officielle de la centrale syndicale, viennent enfler le nombre d’organisations syndicales qui rejettent les deux projets de loi, et ce, depuis l’alerte lancée par la Confédération des syndicats algériens (CSA), regroupant près d’une quinzaine de syndicats du secteurs de la santé, de l’éducation et de la Fonction publique et d’autres secteurs. Cette dernière, pour rappel, a appelé à la mobilisation générale pour dénoncer des lois «anticonstitutionnelles», «liberticides» et qui vont à «l’encontre des orientations du président de la République Abdelmadjid Tebboune».
Face à la colère qui ne cesse de gronder dans les rangs des représentants des travailleurs de différentes obédiences, les questions qui se posent aujourd’hui, est-ce que les appels lancés par la CSA, rejointe par la centrale et les sections de l’UGTA auront un écho auprès de l’Etat et quelle serait la position des organisations syndicales si ces deux projets de loi venaient à passer tels quels au Parlement. Dr Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), membre de la CSA, tient à saluer la position de la centrale et des sections de l’UGTA, en soulignant que «c’est une très bonne chose et il n’y avait pas de doute pour nous parce que l’essence même de l’exercice syndical risque d’être entravée si les deux projets de loi passent tels quels. Cela mettra un terme à beaucoup d’acquis de l’exercice syndical et au droit de faire grève lorsque la conciliation n’aboutit pas ou lorsque la médiation ne se fait que dans le sens de l’employeur».
Le président du SNPSP tient aussi à souligner l’impact de la position de l’UGTA en diapason avec la position de la CSA, «du fait de son poids historique et de son importante structuration au niveau national et sa forte présence dans le secteur économique. La centrale syndicale dénonce, elle aussi, le fait de n’avoir pas été consultée lors de l’élaboration de ce projet et critique ces deux projets de lois qui vont à l’encontre de l’intérêt des travailleurs», note-t-il.
Il tient à souligner que l’appel à la mobilisation générale est toujours lancé à toutes les organisations syndicales et que d’ores et déjà une rencontre est proposée «à tous les syndicats algériens qui se reconnaissent dans cet appel à la nécessité de réagir et de réfléchir ensemble pour faire des propositions aux pouvoirs publics. La première est de demander au gouvernement à travers le président de la République de retirer de ces deux projets de loi et d’ouvrir un large débat avec les concernés qui sont les syndicats des travailleurs».

Mobilisation générale
Il affirme que d’ores et déjà des contacts ont été établis par les représentants de la CSA avec des membres de la centrale de l’UGTA, justement pour se concerter sur l’action qui devrait être menée en amont et en aval.
Concernant la réaction du gouvernement et des pouvoirs publics, le syndicaliste indique que «jusqu’à présent nous sommes dans l’attente en gardant l’espoir que le président de la République, qui est le seul à pouvoir intervenir, réagisse pour que ces deux projets de loi soient retirés du débat parlementaire et remis au débat social afin de revenir à un projet consensuel que l’on pourrait continuer à débattre et à discuter au niveau du Parlement».
Des représentants de la CSA sont également passés voir tous les groupes parlementaires afin de leur expliquer, arguments à l’appui, les raisons qui ont poussé les syndicats à demander le retrait du débat parlementaire de ces deux projets de loi et la nécessité d’ouvrir un large débat pour arriver à un projet consensuel.

Vers une journée parlementaire de débat ?
Dr Lyes Merabet confie à ce propos que «tous ceux que nous avons approchés ont manifesté leur intérêt de travailler avec nous. Certains ont proposé des séances de travail au niveau du Parlement avec leurs députés, tandis que d’autres ont même proposé une journée parlementaire autour de cette question. Pour le moment, nous attendons de voir ce qui va être fait».
Il tient également à souligner que toutes les démarches entamées jusqu’à présent par la CSA que ce soit à travers le communiqué officiel, la conférence de presse et la lettre adressée au président de la République, afin d’alerter, d’informer et de sensibiliser sur les conséquences désastreuses de ces deux projets sur les libertés syndicales, étaient justement d’«éviter d’aller vers des situations de blocage, de conflit et de protestations».

Eviter l’escalade, mais…
Ajoutant que c’est clair, «si on n’est pas entendus les syndicats vont réagir avec les moyens de la réglementation et les lois de la République. En précisant que «pour le moment on ne peut rien annoncer car les concertations sont toujours en cours avec les autres organisations syndicales pour mettre en place un plan d’action commun».
Le syndicaliste tient toutefois à souligner que «si un cycle de protestation est enclenché, c’est le gouvernement qui en aurait été l’initiateur à travers cette démarche où il a mis les syndicats devant le fait accompli en les excluant du débat et de toute éventualité de discuter des projets de loi qui concernent directement les travailleurs et leurs représentants». <