L’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) rejoint les rangs des contestataires, composée des 14 syndicats de la Confédération des syndicats algériens (CSA), appelant au retrait des deux projets de loi portant respectivement sur l’exercice du droit syndical en Algérie et la prévention des conflits en milieu du travail.

Par Sihem Bounabi
Dans un communiqué rendu public, le secrétaire général de l’UGTA, Salim Labatcha, a souligné que, suite à la réunion urgente au siège de la centrale syndicale, dimanche dernier, pour débattre de ces deux projets de loi, le constat est que «les articles des deux projets de loi ne sont pas conformes aux conventions internationales que l’Algérie a ratifiées». Soulignant, également, que «certains articles des deux projets de loi ne sont pas non plus conformes à la Constitution algérienne en ce qui concerne les droits civiques et politiques». Il ajoutera que «les deux projets de loi ne consacrent pas la promotion des droits syndicaux et des libertés en Algérie».
En plus de critiquer et d’émettre des réserves sur les deux projet de loi, le secrétaire général de l’UGTA a regretté de ne pas avoir été associé à l’élaboration de ces projets de texte, en qualité de partenaire social «conformément aux directives du président de la République qui a fortement souligné la nécessité d’associer des organisations représentatives dans l’enrichissement de ces deux projets de loi».
L’UGTA a aussi estimé que la mise en application desdits projets entretiendrait les lacunes de la législation afférente notamment au pluralisme syndical et aux droits des travailleurs. Fort de cet argumentaire, le secrétaire général de la centrale syndicale a demandé aux unions de wilaya et nationales d’«organiser des séminaires syndicaux respectifs avec leurs cadres -sections syndicales, syndicats d’entreprise, coordinations-, pour débattre de ces deux projets de loi. Et cela dans le but de formuler, cette semaine, leurs avis en prévision de l’organisation de la réunion du comité exécutif national pour prendre une position définitive sur ce sujet.
Il est à souligner que jeudi dernier plusieurs instances syndicales locales de l’UGTA ont dénoncé ces deux projet de loi. Ainsi près de 500 sections syndicales affiliées à l’UGTA, dont celles de Sider El Hadjar, de l’entreprise portuaire d’Annaba, de Fertial et Asmidal, ont exigé que les articles 15, 19, 47, 48, 56 et 59 de ce projet de loi soient retirés. Ces derniers sont jugés par les syndicalistes comme «attentatoires aux acquis syndicaux», «anticonstitutionnels» et «contradictoires avec les conventions internationales ratifiées par l’Algérie».
Ils dénoncent également le fait que les organisations syndicales et les partenaires sociaux aient été exclus de la préparation du projet de loi malgré les engagements des autorités. Estimant que cela constitue un «dépassement flagrant du principe du dialogue social». Selon la section syndicale d’Amizour de la wilaya de Béjaïa affiliée à l’UGTA, «ces lois et pratiques unilatérales nous amèneront de nouveau à l’ère du despotisme et de l’esclavagisme».
De son côté, le Parti des travailleurs (PT) a également réagit, dans un communiqué rendu public, où il est souligné qu’après avoir suivi la conférence de presse des responsables syndicaux, membres de la Confédération des syndicats algériens (CSA) et pris connaissance du contenu de la déclaration du Secrétariat national de la centrale syndicale UGTA, le Parti des travailleurs affirme «partager les réserves et les inquiétudes exprimées par ces organisations syndicales» . Le PT estime également que «la classe ouvrière est à la croisée des chemins» en raison des enjeux posés par ces deux projets de loi», soulignant que cela amène à la question de l’existence de la classe ouvrière comme classe sociale organisée dans les syndicats». Pour rappel, c’est la Confédération des syndicats algériens (CSA) qui a lancé l’alerte la semaine dernière quant au enjeux de ces deux projets jugés «liberticides» et portant gravement atteinte au droit de grève, dans un communiqué rendu public. La CSA a exprimé son rejet de ces deux projet de loi et appelle à l’intervention du président de la République Abdelmadjid Tebboune pour le retrait de ces deux projets, en attendant d’en débattre afin de les enrichir. Pour la CSA, ces deux projets de loi sont en contradiction avec les lois algériennes relatives à l’exercice syndical et les conventions internationales ratifiées par l’Algérie depuis 1962. Elle estime que les deux textes portent atteinte aux acquis syndicaux, affaiblissent l’exercice du droit syndical et privilégient le recours à la justice au lieu du dialogue social et donnent de nombreuses prérogatives à l’administration au lieu des syndicats et annihilent le droit de grève.
Elle dénonce également le fait que dans ces projets de loi, il y a une batterie de situations qui permet à l’employeur et au gouvernement, à travers le ministère du Travail qui le représente, d’aller vers le gel ou la dissolution immédiate d’une organisation syndicale. Lors de la conférence de presse organisée samedi dernier, la CSA a appelé à la mobilisation générale de toutes les organisations syndicales et réitéré son appel au président de la République pour le retrait de ces deux projets de loi.
Les syndicalistes se sont également adressés directement aux députés afin qu’ils assument leur responsabilité historique face aux risques de l’abrogation du droit syndical. <