Par Bouzid Chalabi
Secret de Polichinelle. Le circuit commercial des produits de consommation demeure confronté au dysfonctionnement. Pour preuve, les sempiternelles tensions sur les denrées de large consommation et les surenchères sur les étals des détaillants comme celles perceptibles ces derniers jours. Devant un tel état
des lieux et en guise de solution, le président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce), Mustapha Zebdi, juge que «la législation en vigueur devrait connaître des correctifs ou tout au moins être appliquée dans toute sa rigueur».
Ce dernier, qui se prononçait hier sur les ondes de la Chaîne I de la Radio nationale, milite dans ce sens, considérant qu’il est devenu nécessaire de relancer le système législatif «si l’on veut éliminer les déséquilibres dans le circuit commercial qui affectent négativement le pouvoir d’achat des familles algériennes, particulièrement pendant le mois de Ramadan», s’est-il offusqué. Toujours dans ce même sillage, l’invité de la radio a déclaré : «Les déséquilibres existant sont la preuve que nous n’avons pas bien contrôlé le marché algérien.» Ajoutant qu’«il y a des décrets qui doivent être renforcés tandis que d’autres doivent être modifiés». Dans cet esprit, il a expliqué qu’«il s’agira d’assurer une marge bénéficiaire intéressante aux grossistes, distributeurs et détaillants, sans quoi ces derniers seront contraints de ne plus faire dans la vente des produits alimentaires dont la marge bénéficiaire était infime. Comme c’est le cas pour le lait en sachet pasteurisé et dernièrement l’huile de table. Cela peut créer un paradoxe. Alors que la production est largement suffisante, ces produits se font rares dans le circuit de la distribution au détail». Et pour clore ce chapitre, il a lâché : «Il faut instaurer un système commercial transparent avec un outil primordial, à savoir la facture.»
Concernant l’approche qui soutient que c’est l’indiscipline des consommateurs qui est à l’origine du dysfonctionnement, l’invité de la radio la réfute tout de go. «C’est avant tout l’inefficacité sur le terrain des organismes chargés de mettre en application la réglementation en vigueur. Comme il faut admettre que le système législatif en place a montré ses limites», a argué le président de l’Apoce. Interrogé sur le phénomène de la frénésie de l’achat pendant le mois de Ramadan, Mustapha Zebdi a souligné que «cette tendance ne peut pas être changée du jour au lendemain. C’est devenu presque une culture dans de nombreux ménages».
Sur la question de la spéculation notamment sur la semoule, l’invité de la radio n’a pas mâché ses mots. Zebdi a d’emblée indiqué que cette crise, dont les premiers signes sont apparus il y a tout juste quelques jours à l’Est du pays, est «une crise toute faite et totalement fausse». Quant aux raisons, il a livré sa version. Selon lui, certains commerçants, afin de parvenir à écouler les quantités en semoule qu’ils auraient stockées au tout début des mesures de confinement dues à la Covid-19, ont laissé courir la rumeur de la rareté de la semoule au niveau de leur fournisseur, c’est-à-dire les semouleries. En clair «les commerçants détenteurs de grande quantité de semoules ont tenté de créer une crise afin d’écouler leur stock de peur de sa préemption», a-t-il avancé. Et donc Mustapha Zebdi assure les citoyens qu’il n’y a pas de crise d’approvisionnement en semoule, «à partir du moment où bon nombre de semouleries et minoteries publiques et privées, que nous avons contactées afin de s’enquérir de le situation, nous ont affirmé que leurs chaînes de production tournent à plein régime et disposent de quantités importantes qui leur permet de répondre aux commandes des dépositaires et grossistes sur le champ». En fin d’émission, le président de l’Apoce a appelé les familles algériennes à la rationalité de leur consommation afin d’éviter le gaspillage. n