A quelques jours du mois de Ramadhan, le ministre du Commerce, Saïd Djellab, s’active d’ores et déjà pour que les marchés soient efficacement régulés. Hier, lors d’une visite au marché des fruits et légumes d’Eucalyptus, le ministre du Commerce a tenté de rassurer les consommateurs quant à la disponibilité des produits agricoles, mais aussi sur une stabilité des prix. Le ministre repose son plaidoyer sur deux arguments essentiels ; l’abondance des produits agricoles de saison et l’ouverture de 159 marchés de proximité à l’occasion.

Lors d’une visite au marché de gros des fruits et légumes des Eucalyptus (Alger), le ministre a indiqué que« les produits sont disponibles en quantités suffisantes et une hausse des prix sera injustifiée en ce mois sacré », ajoutant que « les producteurs se sont engagés à assurer la marchandise à des prix raisonnables » et les inspecteurs du ministère du Commerce veilleront au respect de cet engagement sur le terrain. Le ministre propose néanmoins que le consommateur joue son rôle de premier acteur sur le marché. Sur la stabilité des prix, il insiste sur le respect de la facturation dans les transactions commerciales entre commerçants et agriculteurs. Le plan du ministère du Commerce pour modérer la hausse des prix durant le mois de Ramadhan, voire pour étouffer une quelconque tension inflationniste, se résume ainsi à ces quelques mesurettes. Les détails restent flous et les autorités disent compter grosso modo sur le bon gré à la fois des ménages, à travers la rationalisation de la consommation, sur les commerçants et agriculteurs à travers leur conformité au code des procédures commerciales et fiscales ainsi que sur l’effet de la saison pour garantir la disponibilité des produits.
En revanche, le ministre du Commerce ne propose rien pour casser la longue chaîne d’intermédiaires, souvent à l’origine de la hausse des prix des produits agricoles. Par ailleurs, plus que les intermédiaires, ce sont les carences dont souffre le marché qui sont aussi à l’origine des tensions qui y prévalent. Au-delà des performances réalisées dans l’amont agricole, dans son aval, il y a un besoin de régulation par la force de la loi qui se fait sentir, notamment au plan du respect des règles en matière de traçabilité des transactions.
Il y a aussi ce défaut d’efficacité sur la chaîne de la commercialisation auquel il faut remédier sans délai. Le système serait trop opaque en aval, où des milliers de transactions échappent au fisc et des tonnes de produits sont écoulés dans les circuits informels.
Pourtant, le secteur bénéficie d’une défiscalisation quasi-complète, des aides et de subventions aux agriculteurs à coups de dizaines de milliards de dinars annuellement… En contrepartie, le retour sur investissement n’est pas souvent garanti. L’Etat y va souvent mollo, plutôt que d’imposer un régime contraignant à l’ensemble des maillons de la chaîne, en exigeant la transparence des prix, le passage systématique des agriculteurs par les marchés de gros, la traçabilité des transactions par le rétablissement de la facturation… Or, comme à l’accoutumée, à la veille de chaque mois de Ramadhan, les pouvoirs publics renouvellent les mêmes garanties et les mêmes promesses sans qu’aucun effort supplémentaire ne soit consenti pour une meilleure régulation des marchés.
Lors des assises nationales de l’agriculture tenues récemment à Alger, nombre d’intervenants ont tenté de poser les défis auxquels est confronté le secteur, à l’heure où la sécurité alimentaire n’a jamais semblé aussi vulnérable.
Entre autres carences constatées, les participants ont appelé à rechercher l’efficacité en matière d’investissement, de financement et de commercialisation, à investir davantage dans la logistique et les infrastructures de stockage, dans la technologie et l’innovation, dans la facilitation de l’investissement privé… C’est-à-dire qu’au-delà de la croissance du secteur par les chiffres de rendement, il y a un réel besoin de réguler l’aval agricole et d’investir dans les infrastructures de commercialisation et de stockage pour mieux appréhender la question des prix.