Le chef de l’Etat veut mettre sur pied un organisme de veille dont la mission est de suivre l’approvisionnement du marché national en produits et biens consommables en tenant compte des disponibilités locales et de l’état des stocks.

Le déficit commercial de l’Algérie se creuse chaque fois qu’il y a crise sur le marché pétrolier. Cette caractéristique chronique qui distingue le commerce extérieur du pays n’est pas sans conséquences sur l’ensemble des comptes extérieurs, entraînant plus souvent un creusement du déficit de la balance des paiements. Cela est lié étroitement, non seulement à la faiblesse des recettes en devises en période de chute des cours du pétrole, mais aussi à l’excès des importations, lesquelles continuent à culminer à des niveaux élevés malgré les divers mécanismes de restriction mis en place ces dernières années. Ce pourquoi, le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a présidé, dimanche, une réunion du Conseil des ministres, a jugé nécessaire l’élaboration d’un projet de loi portant création d’un conseil supérieur de régulation des importations.
Examinant le point relatif à la protection, le contrôle et la traçabilité du commerce international et domestique, le chef de l’Etat a, en effet, ordonné «l’élaboration d’un projet de loi portant création d’un conseil supérieur de régulation des importations», indique un communiqué du Conseil des ministres. «Ce conseil, sous la tutelle du Premier ministre, sera chargé des missions de définition des produits, biens et marchandises destinés au marché national et dont le fonctionnement sera interactif, tenant compte de l’augmentation ou de la diminution du produit national», précise la même source. Ainsi, en plus de l’impératif de lutter contre l’excès des importations rapportées aux exportations du pays, qui est un des facteurs contribuant, ces dernières années, au creusement du déficit de la balance des paiements et à la fonte des réserves de change, le chef de l’Etat veut mettre sur pied un organisme de veille dont la mission est de suivre l’approvisionnement du marché national en produits et biens consommables en tenant compte des disponibilités locales et de l’état des stocks. L’économie mondiale souffre d’importants problèmes d’approvisionnement liés à la guerre en Ukraine. Cette guerre a un effet d’amplification des chocs déjà existants mais a provoqué aussi de nouveaux chocs, dont celui des matières premières agricoles. La création d’un conseil supérieur de régulation des importations aura ainsi pour missions de réguler les approvisionnements en fonction de ce qu’offre la production nationale et de l’état des stocks. Le Conseil en question devrait s’intéresser aussi à la régulation de l’ensemble des opérations d’importation, dont la régulation constitue un enjeu capital pour rétablir durablement l’équilibre des comptes extérieurs.
La fonte des réserves de change, qui a marqué la période 2015-2020, est liée intimement au déficit de la balance des paiements, lequel déficit est dû, en partie, à l’excès des importations par rapport au niveau des exportations. Le mouvement haussier des importations et du déficit, bien que ce dernier ait été enrayé par la hausse des prix du pétrole dès 2021, implique des efforts d’ajustement soutenus qui devraient s’intégrer dans un programme de réformes de nature à libérer le potentiel de croissance de certains secteurs hors hydrocarbures, dont l’agriculture, afin de diversifier l’offre interne et limiter le recours aux importations. Cela aidera, à coup sûr, à limiter la progression des importations et, à plus long terme, à éviter une dégradation des comptes extérieurs du pays dans le cas où les marchés de l’énergie venaient à subir de nouveaux contre-chocs. Il sera question aussi de limiter les tensions inflationnistes résultant de la progression des cours mondiaux.
C’est dire toute l’importance d’une régulation des importations par une entité autonome et au moyen de mécanismes efficaces tenant compte de l’état à la fois de l’offre locale, des stocks et des approvisionnements. Le contexte international, marqué par les tensions sur l’offre et les prix, s’y prête.