Si la proportion de fraude enregistrée jusque-là dans les épreuves du baccalauréat et, auparavant, lors de l’examen du Brevet de l’enseignement moyen (BEM) reste relativement faible comparativement à celle déplorée dans certaines sessions comme celle de 2016, marquée par une triche massive, force est de constater que le secteur de l’éducation n’a pas mené de campagne assez agressive ni organisé de débat à la mesure des objectifs portant sur la préservation des examens de fin d’année scolaire.

PAR NAZIM BRAHIMI
Pourtant, il ne s’agit pas de l’un des douze travaux d’Hercule à accomplir par le département de l’Education. Il est juste question de rappeler aux concernés directs, à savoir les candidats et, accessoirement, leurs parents, par divers moyens et supports que des lois punissent lourdement les fraudeurs et que tout le monde a intérêt à les connaître et à mesurer la gravité et les conséquences lourdes sur la vie de tout élève qui commettrait ce genre de délit.
A observer la légèreté avec laquelle des candidats, et des enseignants dans certains cas, s’adonnent à des pratiques frauduleuses qui portent atteinte à la valeur des examens, nous sommes en droit de nous interroger si ces auteurs indélicats ignorent qu’ils encourent des poursuites judiciaires ?
A titre d’exemple, hier, le procureur de la République près le tribunal de Chlef a décidé d’une peine d’une année de prison ferme assortie d’une amende de 100 000 DA contre le responsable de la diffusion du sujet de l’épreuve de langue arabe du Bac via un groupe facebook.
Le procureur a indiqué, dans un communiqué, que dans le cadre de la sécurisation de l’examen du baccalauréat session 2022, un compte facebook inscrit sous le nom «sciences de la nature et de la vie 2022» a été repéré, suite à la diffusion du sujet de l’épreuve de la langue arabe pendant le déroulement de l’examen. Dans ce sens, des instructions ont été données par le procureur de la République près le tribunal de Chlef au commandant de la section de recherches de la Gendarmerie nationale de Chlef pour l’ouverture d’une enquête sur les faits, laquelle a démontré qu’à la date du 12 juin le sujet de l’épreuve de langue arabe de la filière des sciences de la nature et de la vie, programmé de 08H30 à 11H de la même journée, a été diffusé à 09H32 par un individu résidant dans la commune de Chettia. Après la finalisation des procédures d’enquête, le concerné a été présenté devant le procureur de la République le 13 juin, poursuivi pour le délit «d’atteinte à la régularité et à la transparence des examens à travers la publication des sujets des épreuves du baccalauréat via les réseaux sociaux», note le communiqué. A Khenchela, ce sont 4 personnes qui ont été condamnées à 2 mois de prison avec sursis et 1 an de prison ferme pour «début de diffusion de sujets de baccalauréat par l’usage de moyens de télécommunications et possession d’une marchandise étrangère de contrebande utilisée pour la fraude durant les examens».
Des faits graves qui ne révèlent pas moins d’un déficit de sensibilisation et d’explication de tout l’arsenal dissuasif mis en place depuis 2016 mais qui n’est pas accompagné par l’effort de vulgarisation quant au risque qu’encourt tout candidat indélicat ou tierce personne complice dans la fraude.
Des voix parmi les enseignants s’interrogent, dans ce registre, sur les raisons qui empêcheraient le ministère de l’Education et les directeurs d’établissement de prendre l’initiative d’afficher sur les murs les sanctions qui guettent les tricheurs notamment à la veille de chaque examen. Et si M. Belabed a indiqué, justement à la veille des épreuves du BEM, qu’il «veillera personnellement» sur le déroulement de ces deux examens, dès la réception et la sécurisation des sujets au niveau des centres d’examen, mettant en avant les nouvelles mesures prises par l’Etat pour la lutte contre la fraude et «l’intensification des efforts pour préserver la crédibilité des examens», force est de constater que le travail d’information et de pédagogie n’a pas été à la hauteur. Même le bilan de la session de 2021, qui a fait état de 161 prévenus dont 64 ont été condamnés à des peines de 6 mois à 3 ans de prison ferme, tandis que 9 autres ont été placés sous contrôle judiciaire, n’a pas été exploité pour servir de leçon.
Pourtant le code des sanctions énonce une sanction de 1 à 3 ans de prison et une amende de 100 000 à 300 000 DA contre toute diffusion ou divulgation, avant ou pendant le déroulement des épreuves et concours, des questions et/ou corrigés des sujets d’examens finaux d’enseignements primaire, moyen ou secondaire ou des concours de l’enseignement supérieur et de la formation et de l’enseignement professionnels et des concours professionnels nationaux. Les mêmes sanctions sont infligées à toute personne qui remplace le candidat lors d’examens et concours. La peine est de 5 à 10 ans et l’amende de 500 000 à 1 000 000 DA si l’infraction est commise par les personnes chargées de préparer, d’organiser, d’encadrer et de superviser les examens et concours. <