La dépendance exagérée de l’Algérie vis-à-vis des hydrocarbures n’en finit pas de faire répercuter les effets néfastes de cette démarche, quasi-sacrée, sur la croissance économique du pays. Celle-ci se retrouve aujourd’hui acculée devant la porte de la récession, au rythme d’une crise économique mondiale qui s’est précipitée à pas de géant sous l’impact d’une pandémie de Covid-19 ayant pris de vitesse l’ensemble des économies dans le monde.

Dans le cas de l’Algérie, néanmoins, comme dans le cas de l’ensemble des pays dont l’économie est toujours restée agrippée à la rente pétrolière, les mesures sanitaires anti-coronavirus n’ont fait que démasquer davantage cette tendance qui dévoile pourtant ses méfaits à chaque occasion de recul des prix du pétrole.
Et durant les trois premiers mois de l’année en cours, les dégâts ont été plus gros à constater à travers les chiffres rendus publics par l’Office national des statistiques (ONS). A lui seul, le secteur des hydrocarbures a connu une croissance négative de -13,4%, contre -7,1% à la même période de l’année dernière. Autrement dit, la reculade n’a pas attendu l’arrivée de la Covid-19 pour se manifester déjà lors du premier semestre 2019, mais aussi que le rythme de régression s’est accru pour quasiment doubler lors de la même période de la présente année.
Un scénario qui ne surprend pas pour autant, sachant que les prix du pétrole ont enregistré une baisse conséquente durant la période référence, avant de s’effondrer en avril avec un baril de Brent plongeant sous les 20 dollars. Entre janvier et mars derniers, l’or noir a, en effet, connu une baisse de 16,9% de sa valeur, entraînant une baisse nominale de 28% de la valeur ajoutée du secteur, contre une diminution de 8% à la même période de l’année précédente, précise à ce sujet l’ONS.
La baisse dangereuse était donc attendue, et dès les premiers signes économiques produits par la Covid-19, la compagnie nationale Sonatrach a été interpellée par cette situation de crise certaine. Ses responsables ont été instruits, dès le mois d’avril par le président de la République à réduire de moitié (7 contre 14 milliards de dollars) les charges d’exploitation et les dépenses d’investissement, afin de préserver les réserves de change, ou ce qu’il en reste des 5 ou 6 dernières années marquées par un marché pétrolier en crise aiguë de volatilité.
Le régime d’austérité auquel a appelé Abdelamdjid Tebboune a été mis en place, selon les déclarations émanant du PDG de Sonatarch, Toufik Hakkar, au début de ce mois de juillet. Mais bien plus que des manœuvres de circonstances de crise, le groupe énergétique national montre des signes évidents d’un essoufflement stratégique qui dure depuis déjà de nombreuses années, renforçant la politique de la rente au sein même de l’entreprise au détriment du développement et du redéploiement imposés par les nouvelles donnes du secteur à l’international. Ce constat amer a été fait, et refait, à plusieurs reprises par les experts du monde des hydrocarbures. Et le dernier à relancer le débat en ce sens n’est autre que le nouveau ministre de l’Energie, mais néanmoins ancien patron de la maison, Abdelmadjid Attar. Un audit «profond» va être engagé au niveau de la compagnie nationale des hydrocarbures «très bientôt» afin de revoir l’organisation et le fonctionnement de Sonatrach, a indiqué, hier, le ministre de l’Energie Abdelmadjid Attar. Il y a moins d’une semaine, ce dernier n’a pas hésité à mettre le doigt dans la plaie dont souffre la première compagnie africaine du secteur et qui risque de la gangrener bientôt si des mesures ne sont pas consenties pour la juguler. En guise de protocole, M. Attar préconise des réductions des coûts de fonctionnement et d’exploitation de Sonatrach. En ce sens, il a annoncé un «audit profond» qui allait être lancé au niveau de l’entreprise «très bientôt, peut-être la semaine prochaine (ndlr la semaine en cours) en exécution des instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune», a-t-il souligné.
«Il faut également réduire le nombre de postes à l’étranger qui ne sont pas nécessaires», a-t-il relevé tout en ajoutant, entre autres, que la compagnie nationale doit plutôt renforcer sa présence dans l’exploration et l’exploitation de pétrole et du gaz notamment dans les pays voisins africains.