Le Conseil de la monnaie et du crédit (CMC) de la Banque d’Algérie a pris l’initiative, dimanche 28 mars, d’assouplir le contrôle des changes et donner un petit coup de pouce aux startups et aux opérateurs du numérique à l’export afin de disposer librement de leurs recettes et comptes devises. Ce changement, inscrit dans l’«encouragement des exportations hors hydrocarbures», intervient à l’heure où sont tenues les premières assises sur l’économie de la connaissance et de l’innovation.

Les services numériques à l’export ainsi que les prestations de startups et de professionnels non commerçants sont désormais dispensés des formalités de la domiciliation bancaire. Les opérateurs présents dans ces activités peuvent ainsi disposer librement de leurs recettes et comptes devises, suivant la décision du Conseil de la monnaie et du crédit de la Banque d’Algérie (BA) d’amender le règlement du 3 avril 2007 relatif aux règles applicables aux transactions courantes avec l’étranger.
L’annonce de cet amendement a été faite dimanche 28 mars en fin de journée, quelques heures avant le début des premières assises nationales de l’économie de la connaissance, parrainées par le président Tebboune. Selon les observateurs, on y voit autre chose qu’une simple coïncidence. On est d’après eux en présence d’une initiative qui incite fortement à considérer le contenu de la révision réglementaire de la BA comme un «coup de pouce» : un acte joint à la parole du chef de l’Etat et de son gouvernement d’encourager les opérateurs émergents d’une économie qu’on voudrait nouvelle et diversifiée. Mais qu’«il faut faire suivre» par d’autres mesures «plus vigoureuses» et étendues à d’autres secteurs d’activité.

Les modifications apportées «s’inscrivent dans le cadre d’une démarche globale
d’actualisation du dispositif réglementaire, entrepris par la Banque d’Algérie, dans son périmètre de compétences, à la lumière de la nouvelle dynamique d’impulsion des exportations hors hydrocarbures», signale plus sobrement le communiqué de la BA.
Elles traduisent «la volonté de faire des startups, un acteur destiné à jouer un rôle dans la relance de l’économie». Elles visent «non seulement à encourager l’acte d’exportation, en permettant aux exportateurs de disposer de la totalité des recettes en devises générées par leurs activités, mais aussi capter, in fine, les intervenants dans le domaine du commerce extérieur des services numériques et en ligne, ainsi que les professionnels non commerçants, en vue de leur intégration dans une démarche d’inclusion financière», lit-t-on encore dans l’annonce de la Banque d’Algérie.

Abderrahmane Benkhalfa : «Une percée qui gagnerait à être élargie»
Dans une réaction recueillie hier par Reporters, l’ancien ministre des Finances, Abderrahmane Benkhalfa, «salue fortement l’initiative du gouverneur de la Banque d’Alger Rosthom Fadil». «Il s’agit d’une belle avancée qui renseigne sur le potentiel d’exportation de nos startups et de nos opérateurs du numérique», a-t-il dit. «C’est aussi une percée en matière d’assouplissement des modes de gestion des flux d’exportation», a-t-il ajouté.
Selon l’ancien argentier du pays, la mesure de facilitation prise en faveur des startups et des acteurs du numérique «gagnerait à être élargie à toutes les exportations des services» parce qu’elle arrive en retard. Il s’agit de l’accélérer et de «consolider la ligne stratégique» que «dessine l’engagement actuel de la diplomatie algérienne en faveur du commerce extérieur et des opérateurs à l’export», mais en «gardant le même cap» et en «allant au-delà».
«L’action des instances souveraines est indispensable, elle restera insuffisante si elle n’est pas relayée par les acteurs de marché», a-t-il prévenu en plaidant de «nouvelles mesures touchant la sphère de l’export dans son ensemble»
La vision que défend l’ex-ministre des Finances est de rendre «les mouvements des flux plus flexibles» et d’œuvrer à la création des «mixages de capitaux dans les entreprises à travers des joint-ventures», pour disposer des nécessaires réseaux de connaissance et d’investissement des marchés extérieurs, et dans les banques». Car il n’est pas possible d’ouvrir une banque algérienne dans chaque pays où nous avons des courants d’affaires et des intérêts. «Nous avons des gisements d’exportation qu’il faut exploiter et encourager parce qu’ils sont générateurs d’IDE également», dira encore M. Benkhalfa. L’enjeu est double, souligne-t-il : «Il est de générer des recettes en devises, mais il est surtout d’extérioriser l’image de l’Algérie» et de la rendre «plus visible» et «plus attractive» à l’international.