C’est un taux de croissance économique assez modeste que la Banque mondiale prévoit pour les pays exportateurs de pétrole de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Mena). Il sera de 1,8% en 2021 et se réalisera dans une configuration de croissance «modérée», mais aussi « fragile» pour l’ensemble des pays de la région face à une pandémie de Covid-19 toujours menaçante, souligne la BM dans son dernier rapport sur les perspectives économiques publié mardi.
Quant aux pays exportateurs de brut, dont l’Algérie, ils pourront compter sur des facteurs positifs qui porteront leurs économies vers le taux de croissance annoncée pour l’année qui débute, explique l’institution financière basée à Washington, citant «la normalisation de la demande de pétrole, l’assouplissement escompté des quotas de production de l’Opep+» ou encore «la poursuite de politiques d’accompagnement et l’élimination progressive des restrictions imposées par les pays en raison de la pandémie ».
Dans le cas de l’Algérie, pays dont les assises financières reposent quasi-exclusivement sur les recettes d’hydrocarbures, le taux de croissance atteindra 3,8% cette année grâce à une relance du secteur pétrolier, après une année 2020 marquée par une forte chute des recettes pétrolières provoquée par les mesures sanitaires anti-coronavirus.
L’Algérie demeure cependant un petit exportateur d’or noir, comparé aux géants de la région Mena, et à leur tête l’Arabe saoudite dont l’économie a payé chèrement les effets de la pandémie l’année dernière. Mais la plus grande économie du monde arabe s’attend à bénéficier, cette année, «du redémarrage des projets publics -reportés au début de la crise sanitaire- et de la remontée de la demande des biens et services après la forte hausse de la TVA», selon les experts de Washington.
L’autre géant de la région qu’est l’Iran devrait évoluer en 2021 avec une reprise de la consommation intérieure et du tourisme et ce, grâce à l’atténuation des effets de la Covid-19, ajoutent-ils.
Concernant les pays non exportateurs de pétrole du Mena, leur croissance devrait atteindre 3,21% en 2021, selon la même source, mettant en avant l’allègement des restrictions concernant le déplacement qui servira notamment à réaliser ce taux. Lequel taux ne sera pas toutefois atteint par l’ensemble des pays. L’Egypte, pays le plus peuplé de la région, devrait se contenter de 2,7% de croissance, soit moins que les 3,6% prévus par la BM pour l’année dernière sur un exercice budgétaire décalé (juillet 2019/juin 2020). L’Egypte paye notamment « l’effondrement» de divers secteurs majeurs dont le tourisme, mis à genoux par la pandémie, et l’extraction de gaz.
Contrairement à l’Egypte, le Maroc devrait atteindre un taux de croissance supérieur à celui de l’ensemble des pays non exportateurs d’or noir de la région, soit 4%, selon le même rapport qui se base sur un accroissement attendu de la production agricole après une période sécheresse. Les prévisions de croissance de la Banque mondiale restent, bien sûr, dépendantes de l’évolution de la pandémie pour cette année. L’institution n’écarte pas, de ce fait, «un risque de dégradation» de l’économie «en fonction de l’évolution de la crise sanitaire, des incertitudes sur les marchés du pétrole mais aussi du contexte géopolitique dans une région secouée par les conflits et les troubles politiques», souligne-t-elle dans son rapport. L’évolution de la croissance au Mena se fera aussi en relation avec une économie mondiale dont le rétablissement dépendra grandement de la rapidité du déploiement des campagnes massives de vaccination.
En attendant, la BM n’affiche pas un grand optimisme, préférant même réviser à la baisse sa prévision de la croissance dans le monde pour 2021, l’évaluant à 4% au lieu de 4,2% prévu en juin. Elle prend en considération la hausse, au cours des derniers mois de 2020, des contaminations à la Covid-19 et l’apparition des nouveaux variants du coronavirus. Une nouvelle donne qui entraîne des restrictions supplémentaires perturbant encore un peu plus l’activité économique aux Etats-Unis et en Europe notamment.
Pour 2020, la chute de l’économie a finalement été moins sévère qu’estimée à -4,3% au lieu d’une première évaluation de -4,5%, précise le même rapport.
«La reprise risque (…) de rester modeste si les responsables politiques ne passent pas résolument à l’action pour endiguer la pandémie et mettre en oeuvre des réformes propices aux investissements», prévient l’institution, qui estime que les «perspectives à court terme sont hautement incertaines».