Ce texte, qui est un dialogue écrit à partir d’une forme actualisée des Maqamât d’al-Hamadani et d’al-Hariri, propose une réflexion littéraire et politique sur une actualité absurde et souvent sidérante. Il ne nous reste que le cynisme d’Abû Firas le Menteur pour y voir clair.

Par Faris LOUNIS,
journaliste indépendant
Miras ibn al-Kattâb nous a raconté ce qui suit : «L’actualité politique locale et internationale était chargée durant la semaine où parut ‘’L’Apologie de Michel Houellebecq par Kamel Zabor’’ dans l’hebdomadaire le plus objectif et courageux de notre temps, ‘’Le Don Quichotte’’.
J’achetai quelques journaux (Le Don Quichotte y compris) pour m’informer sur ce qui se passe, et aussi bien sûr me délecter des Vérités révélées par certains journalistes et hommes politiques dont la qualité particulière est l’honnêteté. Notre monde est merveilleux ! Comme à mon habitude, je m’installai donc au café de «L’Avenir perdu» et commençai ma lecture du «Don Quichotte». Ce magazine où écrivent d’éminents journalistes et écrivains, si soucieux de clarté dans leurs propos, de l’exactitude des faits qu’ils avancent et de la recherche de la Vérité – absolue, bien sûr ! Ils avaient du génie, un génie qui découlait de leur don sacré qui leur permettait de tout dire, sans aucune limite. Evidemment, ils ne disaient que le Bien et de surcroît le Vrai (ils choisissaient bien leurs cibles. Ils ne visaient que les forts, ceux capables de se défendre).
Après une heure de lecture, je vis Abû Firas al-Kadhâb (le Menteur), le sage-farceur de notre ville, s’installer auprès de moi avec le Curieux qui toujours le pressait de ses questions. Comme moi, ce dernier était préoccupé par l’actualité politique du pays et voulait interroger Abû Firas à propos de la nouvelle conception de la critique littéraire développée par Kamel Zabor – le plus grand penseur de ce temps – dans son Apologie de Michel Houellebecq.

– Le Curieux : J’ai lu dans Le Don Quichotte que, selon Kamel Zabor, il est sûr et certain que la diaspora algérienne de France – et d’Europe – et les binationaux sont tout entiers acquis aux idées pacifistes des islamistes, et, d’ailleurs, votent pour eux à chaque élection. C’est vraiment vrai, tout ça ?
– Abû Firas : Oui, et comment ! C’est là, la parole d’un génie, le plus rare génie de ce siècle. Et sa thèse est révolutionnaire. Elle nous révèle, par exemple, que si tu habites à Oran et que tu parles des banlieues françaises, surtout des banlieues islamisées et pacifiées comme il est coutume de dire maintenant dans les milieux de l’antiracisme, c’est bien toi qui es le mieux placé pour dire la Vérité, absolue et définitive, sur cette réalité dont tu ne connais rien. Mieux, si tu es un Arabe et que tu t’appelles Moussa ou Haroun, cela suffira à en finir avec toute la pseudoscience des chercheurs du CNRS et des professeurs à la Sorbonne ou au Collège de France. Alors, retiens bien la nouvelle leçon de Kamel Zabor : la Vérité sur la France et sur l’Occident ne nous vient et ne nous viendra plus que des hauteurs du fort de Santa-Cruz !

– Il a donc raison de faire l’apologie de Michel Houellebecq, comme grand défenseur des droits humains et de l’égalité parmi les hommes ?
– Oui, bien sûr ! Écoute, ces musulmans de France exagèrent. Ils ont tout, et passent leur temps à se plaindre. Et leurs islamistes là ! ils veulent islamiser la France et l’Occident et imposer leur vision du pacifisme dans le pays de Charlemagne. C’est affreux ! Et, en plus, leur Recteur, tu sais, celui de la Grande Mosquée de Paris, il s’est attaqué au génie littéraire de tous les temps, Michel Houellebecq, pour la seule raison qu’il dénonçait dans la revue Front populaire les islamistes qui veulent cohabiter pacifiquement avec les Gaulois, chez eux. Tu te rends compte, récompenser ainsi ce grand génie littéraire, quand il se sacrifie à la sauvegarde des droits humains et l’intégrité physique et culturelle du peuple des Gaulois !

– Alors le Recteur de la Grande Mosquée va dans le sens des pacifistes en déposant « plainte contre l’écrivain français le plus lu de l’époque, le plus lucide, malgré son personnage mondain simpliste» ? Il assume cette «sale besogne» ?
–Tu sais, c’est même là, comme le dit très bien Kamel Zabor, «un grand malheur» – «un malheur français, avec un malaise pour tous» ! Déplorable, mais comme çà. Alors revenons à l’essentiel : selon la nouvelle théorie de Kamel Zabor, outre que la Vérité absolue ne peut venir que des hauteurs du fort de Santa-Cruz, les musulmans sont toujours fautifs en France et en Occident. Qu’ils agissent en terroristes ou en citoyens respectueux des lois, c’est kif-kif bourricot ! Ils ne veulent se soumettre à aucun pacifisme, ni celui des islamistes ni celui des grands humanistes comme Renaud Camus. Ils ne cessent de blasphémer notre chère laïcité (cette laïcité défendue des cathos intégristes et des athées vulgaires pro-intégrisme-chrétien), seule et grande religion séculière des temps modernes ; ils ne cessent de dénoncer l’audace humaniste du grand prodige de son siècle, Michel Houellebecq. Alors voilà : le Recteur de la Grande Mosquée, je suis bien d’accord avec Kamel Zabor, ne fait que jouer le jeu des radicaux ! Il faut que les musulmans de France et d’Occident prennent position pour l’un des deux pacifismes de notre temps : soit Michel Houellebecq soit Oussama Ben Laden.

-Si j’ai bien compris, Abû Firas, le pacifisme des islamistes est de la même nature que celui d’un humaniste comme Michel Houellebecq, dans le sens où le but est l’épanouissement des musulmans de France et d’Occident ?
-Oui, tu vois, tu as tout compris ! Entre nos antiracistes et nos islamistes, il n’y a qu’une différence de degré, je dirai même de vêtement, d’apparence et pourquoi pas de pilosité. Mais leur but est le même : rendre la vie des musulmans supportable et paradisiaque sur terre, encourager les bons directeurs de conscience pour les guider et leur tracer le droit chemin qui conduit vers Dieu, à tout prix. Une ligne TGV sûre et directe vers le Firdaws, ce septième ciel réservé aux prophètes de Dieu dont tout le monde rêve. Même si ta curiosité, mon cher, ne dépasse pas le seuil tolérable de la radiotrottoir, je te prie de retenir ce qui suit : nos humanistes et nos islamistes, qui sont tous pacifistes comme tu le sais, veulent tous voir le racisme et les guerres disparaitre. Ils œuvrent pour la libération des musulmans de la terre entière. Est-ce tu crois qu’ils sont fous quand ils s’en vont soutenir toutes les milices démocratiques du monde qui agissent pour le bien des Etats et des populations civiles ? Non ! Ils connaissent le Bien et le Vrai et agissent en conséquence. Leur engagement pour la cause musulmane est un sacerdoce. Ils sont les martyrs de notre temps.

–Mais Kamel Zabor défend aussi la sacralité de l’écrivain…
–Oui ! l’oracle du fort de Santa-Cruz nous l’annonce, et il faut l’enseigner aux hommes : faites la paix les islamistes qui prêchent l’amour de la France, de l’Occident, de la laïcité (celle des cathos zélés et leurs aumôniers athées), de la liberté d’expression à géométrie variable (parce que la liberté d’expression est par essence à géométrie variable), faites la paix avec eux partout, sur terre et aux cieux, au paradis et en enfer, et adorez, sacralisez les écrivains, les génies littéraires, ces prêcheurs d’idéaux humanistes et antiracistes comme Michel Houellebecq. Et si les écrivains sacralisés par Kamel Zabor se transforment en curés, en prêtres séculiers, en apologètes de la Reconquête espagnole – un modèle historique de pacifisme et d’amour du prochain, Non ! il ne faut pas «s’attaquer à cette liberté, même excessive dans la diffamation», car ce serait «décrocher le mauvais rôle dans le casting des luttes pour les libertés». L’écrivain, en effet, remplace Dieu et ses messagers : contester la Bonne Nouvelle de Michel Houellebecq, même intimement, c’est en soi un blasphème contre les Valeurs de la République. C’est là une clairvoyance dont je rends grâce à Kamel Zabor.

– Mais celui-ci est inquiet de «consolider la francisation de l’islam de France», cet islam violent qui, lui, a un «contrat fragilisé avec la République»…
– Totalement d’accord ! Et la meilleure façon de «consolider la francisation de l’islam de France» est encore de vomir sur les Français musulmans (de confession, de culture et d’apparence) tout l’amour possible du monde. Ils le méritent bien, avec leur religion si pacifiste vis-à-vis des Gaulois et des Français-de-souche-non-O.G.M. Tiens, il y a peu de temps, un patriote gaulois a tué trois Kurdes en plein Paris. Mais ne pense surtout pas à un acte terroriste ! Il n’y a de terrorisme que musulman. C’est tout simplement un acte de résistance contre le pacifisme de l’islamisme et le Grand Remplacement. Michel Houellebecq, dans son génie d’écrivain, ne fait que soutenir moralement de tels glorieux résistants ! Pour parler clairement, c’est confession d’un amour profond pour les musulmans.

-Et le rapport des écrivains français avec l’islam ?
– Kamel Zabor le dit très bien : «Mais, voilà, il s’agit cette fois d’imaginaire, d’écrivain et de religion : un écrivain incarne un certain rôle dans l’histoire française ; or l’islam de France ou d’ailleurs n’a pas bonne réputation face aux écrivains, dans ce pays ou dans d’autres». Comme pour un bon nombre de grands écrivains (ceux dont l’œuvre rejoindra celle d’Homère et de Virgile), il ne sert à rien de connaître la langue, l’histoire de la civilisation de l’Islam, sa littérature, sa poésie et surtout sa théologie. Le génie dont Kamel Zabor fait l’apologie en est la meilleure preuve : plus on ignore tout sur l’Islam, plus on est qualifié pour en parler. C’est comme çà la vie ! À force d’ignorer tout du sujet dont on veut parler pour éclairer la multitude, on devient peut-être expert ès islamologie. Mais c’est ça la Vérité. Et votre Recteur de la Grande Mosquée de Paris, il ne fait qu’harceler un penseur libre et le désigner au martyre pour un minuscule «propos malvenu». Oui ! pour s’opposer au projet pacifiste par lequel l’islamisme menace la France et l’Occident aujourd’hui, je ne vois aucune solution que d’être ouvertement humaniste et antiraciste. Etre résistant et patriote. Voilà le fond de ma pensée ! Alors, n’oublie jamais l’enseignement de Kamel Zabor : «L’écrivain a raison de jouir de son droit d’excès, de débordement et de provocation».

– Donc tous les écrivains français ignorent tout sur l’islam ?
– Tu ne m’écoutes pas. Je te dis tous ! Tous sans aucune exception. Tu veux que je te cite des noms ? Tu les auras. Immédiatement. Peu de temps avant sa mort, en 1821, Napoléon I er a lancé cette prophétie à Sainte-Hélène : «L’islam est la vraie religion. J’espère que le moment ne tardera pas où l’islam prédominera dans le monde». Mais Napoléon I er n’est pas français… c’est un Arabe ; Lamartine a écrit sur l’islam ce qui suit : «Dogme majestueux de l’unité et de la perfection de Dieu». Mais Lamartine n’est pas un écrivain français…c’est un Arabe ; dans son exil dans aux îles Anglo-Normandes, Victor a composé Hugo ce poème majestueux, «L’An neuf de l’Hégire», en référence à l’exil du Messager de Dieu, Muhammad. Mais Victor Hugo n’est pas un poète français…c’est un Arabe. Tu es convaincu maintenant ? Tu affirmes que la théorie révolutionnaire de Kamel Zabor dit vrai ? Enfin ! Tu me rassures quand tu deviens intelligent quelques secondes. Gloire à Kamel Zabor.

– Il y a une autre de ses idées révolutionnaires : «On vient de partout habiter, se réfugier dans ce pays, la France, quand on est écrivain, parce qu’on aime la langue, la culture et la liberté». Si j’ai bien compris, la liberté des écrivains passe avant celle des citoyens. N’est-ce pas, Abû Firas ?
– Non ! La liberté de certains écrivains, seulement. De certains écrivains d’extrême droite, par exemple, humaniste et antiracistes. Comme je te l’ai dit, afin que tu comprennes bien la vie, ces génies résistants, que certains islamo-gauchistes diabolisent, sont l’avenir de la France et de l’Occident, des gens honorables, les remparts de la Civilisation face à le pacifisme islamiste. Retiens ce sage jugement de Kamel Zabor : les musulmans de France ont le droit de se défendre mais, comme le dit la pensée profonde de Kamel Zabor, «l’islam de France n’a pas encore bonne réputation à cause des islamistes et de leurs crimes».

– Que retenir enfin de toute cette histoire ?
–Si tu veux mon avis, de Michel Houellebecq, je ne dirai certainement pas le plus lucide des écrivains de son temps contre une partie des Français – qui ne sont pas de souche gauloise –, certainement pas une histoire de racisme désinhibé, entièrement délivré du joug de la repentance, mais, garde-le bien en tête, «une mosquée contre un écrivain […] dans un monde de hâte et d’intox».

C’est sur ces mots qu’Abû Firas conclut sa conversation avec le Curieux. J’en retiendrai la portée révolutionnaire et subversive de la nouvelle théorie de Kamel Zabor, celui de penser notre existence sur le mode du «mundus inversus». Jésus Fils de Marie avait tort : les derniers ne seront pas les premiers ; ils sont déjà les premiers. Et c’est contre eux qu’il faut protéger les forts, ceux qui ont peur de perdre le privilège de prêcher l’amour des prochains, les musulmans, ces êtres merveilleux – et complètement assimilés aux Gaulois de souche – qu’ils jugent à la hauteur de leur génie et de leur glorieuse civilisation chrétienne et laïque. Il faut porter secours au pauvre Michel Houellebecq, empêcher son martyre. Kamel Zabor a mille et mille fois raison ! Avec sa théorie, il est vraiment le seul, depuis les hauteurs du fort de Santa-Cruz, à pouvoir le dire et le faire.»

«L’Affaire Houellebecq»

Par Faris LOUNIS
Dans le dernier hors-série de la revue de Michel Onfray, Front populaire, le romancier Michel Houellebecq, coqueluche de l’extrême droite intellectuelle et fervent défenseur et propagateur du mythe du «Grand remplacement» et des idées nauséeuses d’Eric Zemmour, déclare à son ami philosophe ce qui suit : «Ce qu’on peut déjà constater, c’est que des gens s’arment. Ils se procurent des fusils, prennent des cours dans les stands de tir. Et ce ne sont pas des têtes brûlées. Quand des territoires entiers seront sous contrôle islamiste, je pense que des actes de résistance auront lieu. Il y aura des attentats et des fusillades dans des mosquées, dans des cafés fréquentés par les musulmans, bref des Bataclan à l’envers». Et d’ajouter : «Je crois que le souhait de la population française de souche, comme on dit, ce n’est pas que les musulmans s’assimilent, mais qu’ils cessent de les voler et de les agresser (…) Ou bien, autre bonne solution, qu’ils s’en aillent».
En réaction à ces propos ouvertement racistes, suprémacistes et fièrement islamophobes, la Grande Mosquée de Paris a annoncé – par le truchement d’un communiqué de son Recteur Chems-Eddine Hafiz – mercredi 28 décembre qu’elle poursuivait l’auteur de Soumission (2015) en justice «pour incitation à la haine contre les musulmans». Ce fut le point de départ de ce que le magazine Le Point (magazine situé à la droite de l’échiquier politique français et dans lequel Kamel Daoud détient une chronique hebdomadaire) a appelé «L’affaire Houellebecq». Le 05 janvier 2023, ce même magazine publie un dossier consacré à ladite affaire, avec «Les explications de l’écrivain», une «Enquête et débat avec Chems-Eddine Hafiz, Michel Onfray et Kamel Daoud». Un semblant de débat a eu lieu et Michel Houellebecq s’est «expliqué» sur le contenu polémique son entretien avec Front populaire tout en ne cédant rien ni sur le fond ni sur la forme.
Mais, par-dessus Michel Houellebecq et le Recteur de la Grande Mosquée de Paris, l’intervention de Kamel Daoud – sous le titre évocateur : «La mosquée contre l’écrivain, le plus mauvais des castings» – rappelle par son déni – ou son ignorance – des réalités françaises – des racismes et de l’islamophobie – et par sa déification de «l’écrivain français le plus lu de l’époque, le plus lucide». Fervent défenseur de la laïcité – et avec raison – en Algérie, en France et de par le monde, Kamel Daoud, a-t-il oublié a) que le racisme qui se réclame de la laïcité n’est pas la laïcité et que b) l’esprit de la laïcité implique le fait de se méfier des prédications d’un prophète d’extrême droite se dissimulant derrière l’aura de sa plume prétendument lucide et innocente ?