Par Feriel Nourine
Face à une situation épidémiologique dont les chiffres en hausse suscitent de plus en plus d’inquiétude et de crainte d’une troisième vague de Covid-19, les autorités semblent avoir, enfin, entendu les alertes lancées depuis quelques jours par les professionnels de la santé. Notamment les virologues et autres immunologues parmi ceux qui tentent, ces derniers jours, de mobiliser les pouvoirs publics sur l’impératif de prendre les mesures nécessaires pour juguler le retour en force qu’est en train d’opérer le virus, provoquant une augmentation quasi-continue des cas de contamination mais aussi de décès.
La réunion d’évaluation de la situation épidémique en Algérie, tenue mardi sous la présidence de Abdelamdjid Tebboune, s’inscrit assez clairement dans cette conjoncture épidémiologique qui prévaut depuis plusieurs jours dans la pays, marquée par une remontée des contaminations, avec, en plus, la détection puis la multiplication des cas de variants anglais et nigérian. En quelques jours, le nombre de cas est passé du simple au double, ce rebond est fatalement ressenti au niveau des structures sanitaires où le nombre d’hospitalisations est en train de croître, obligeant les personnels médicaux à vivre sous la hantise d’un retour des journées insoutenables du printemps dernier, et des débordements qu’avait engendrés la maladie à son intrusion en Algérie, mettant à bout de force et de nerfs la quasi-totalité de la corporation. Elle alerte aussi sur les risques de cette recrudescence des contaminations et prévient contre une nouvelle saturation des hôpitaux si la riposte tarde encore à être actionnée. D’où ces nouvelles instructions données par le Président de la République lors d’une réunion qui a vu la présence du Premier ministre, les membres de son exécutif concernés directement par la situation sanitaire du pays, des walis ainsi que des responsables des organes sécuritaires et des membres du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus. Instructions dont celles qui ont trait à la relation entre les autorités concernées et les citoyens en cette étape de relâchement des mesures de prévention observé chez ces derniers. Ce à quoi le premier responsable du pays réagit et appelle à des campagnes de sensibilisation qui «doivent être intensifiées à grande échelle et les mesures préventives respectées, à la lumière du relâchement enregistré», lit-on dans le communiqué de la Présidence. En ce sens, la sensibilisation «devra englober tous les espaces et structures publics, notamment les établissements éducatifs, les mosquées, les marchés, les commerces et les moyens de transport», est-il souligné. Dans le même ordre d’idées, «les contraventions doivent être dressées avec rigueur parallèlement à l’intensification du contrôle du respect des mesures préventives», soutient M. Tebboune.

Les instructions du président de la République portent également sur les statistiques relatives à la situation épidémiologique. Il tente de répondre aux demandes régulièrement exprimées à ce sujet par les professionnels du secteur et demande que ces statistiques soient données «avec précision à partir de chaque wilaya en tenant compte des foyers de contamination, cité par cité, village par village, et ce, dans l’objectif de prendre des décisions fondées sur des chiffres précis et d’engager une enquête épidémiologique urgente sur les nouveaux variants en Algérie».
Il est également revenu sur le dossier du vaccin contre le virus, alors que près de quatre mois après son lancement en Algérie, il est loin d’atteindre les objectifs qui lui ont été préalablement assignés à cette opération, à savoir la vaccination de 70% de la population. L’évolution se fait toujours au ralenti par manque de doses de vaccin suffisantes, et ce sont à peine 1% de la population, principalement des professionnels de la santé, des personnes âgées et des malades, qui ont pu recevoir le vaccin.
Le retard est préoccupant, alors que le rôle de la vaccination est déterminant dans la guerre contre la pandémie.
C’est pourquoi d’ailleurs Abdelmadjid Tebboune est revenu une nouvelle fois à la charge en instruisant les parties concernées
de procéder «immédiatement» et «sans délai» à «la mise en œuvre du projet de fabrication du vaccin russe anti-covid19, Sputnik V».
Le Groupe public Saidal avait effectivement entamé la concrétisation du projet de production des vaccins anti-covid19, Sputnik V, avec le partenaire russe. Les premières doses du vaccin seront fabriquées localement dès le mois de septembre prochain, avait déclaré le ministre de l’Industrie pharmaceutique Lotfi Benbahmed. Les instructions de M. Tebboune s’inscrivent donc dans la continuité des appels lancés ces dernières semaines par les spécialistes de la santé. A l’exemple du président de la Société algérienne d’immunologie, Pr. Kamel Djenouhat, qui a appelé dimanche dernier à la «remobilisation» du personnel soignant, à accélérer la vaccination et à la «fermeté» quant au respect des mesures anti-Covid, jugeant la situation épidémiologique en Algérie «inquiétante, mais maîtrisable».
«On doit remobiliser le personnel soignant pour faire face à cette situation qui commence à être inquiétante. (…) Si on ne prend pas les mesures préventives le plus tôt possible,
ça risque d’aller vers un nombre très élevé de cas graves et de décès», a-t-il mis en garde, lançant un appel aux pouvoirs publics pour «accélérer le processus d’acquisition de vaccin». Le Pr. Djenouhat, qui est également chef de service du laboratoire des analyses biologiques à l’EPH de Rouiba, a préconisé de «revoir la stratégie de vaccination».
«Puisqu’on a un problème d’acquisition de vaccin, on doit revoir la stratégie de la vaccination. On peut éventuellement épargner ceux qui ont déjà contracté le virus et aller vers les sujets âgés», a-t-il expliqué.