Après avoir dévoilé les textes d’application de la nouvelle loi sur l’investissement, censés projeter les investisseurs sur de meilleures visibilités et stabilités juridiques, l’Exécutif veut frapper fort, en convoquant une réunion gouvernement-walis et en dévoilant son plan pour inverser le cercle vicieux de la stagnation de l’investissement et de la lutte contre la bureaucratisation de l’économie.

Par Hakim Ould Mohamed
Ce n’est pas pour rien que les travaux de la rencontre étaient destinés essentiellement à débattre du «rôle du wali dans le développement économique local», du «nouveau cadre juridique pour améliorer le climat d’investissement», et de «la réforme financière et la fiscalité locale». On comprend dès lors que la publication de la nouvelle loi sur l’investissement n’est pas une fin en soi et d’autres réformes, non moins importantes, sont également à l’ordre du jour, dont la récurrente question de la réforme de la fiscalité locale et la refonte du système financier. Un pari à la fois politique et économique pour l’Exécutif qui, une année après la rencontre gouvernement-walis de septembre 2021, dédiée exclusivement à débureaucratiser l’administration économique et à désamorcer la crise de signature, entend prendre, à nouveau, le taureau par les cornes pour relancer l’économie. C’est une réunion qui a été précédé par une action de déminage au sein des collectivités locales, à travers, d’un coté, la nomination de Brahim Merad au poste de ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales et, de l’autre, par le limogeage de 16 walis et de 3 walis délégués et la mutation d’une dizaine d’autres.
En opérant de tels changements dans les plus hautes fonctions, le Président de la République tenait ainsi à préparer les opinions et les nouveaux hauts fonctionnaires aux défis de relancer l’investissement et l’activité économique. D’autant plus que, selon des indiscrétions, les hauts fonctionnaires remerciés à l’issue de ce mouvement paient pour avoir trop peu investi dans le déblayage du terrain local au profit de l’investissement. Le mouvement est d’une ampleur inédite, puisque 26 wilayas et 3 circonscriptions administratives ont été touchées. Il s’agit d’un mouvement dont l’objectif était d’insuffler un plus grand dynamisme et davantage d’efficience à la gestion des collectivités locales. La réforme de la gouvernance était également en ligne de mire. Les nouveaux hauts cadres de l’Etat nommés à l’issue de ce mouvement n’ont plus aucune excuse pour accélérer le pas sur le chemin vers la mise en place d’un écosystème favorable à l’investissement.

D’autres réformes sur la table
La nouvelle loi sur l’investissement est venue fixer l’ensemble des règles du jeu, dont la définition des prérogatives à l’ensemble des organismes en charge de l’investissement, les avantages et les régions considérées comme prioritaires ainsi que les projets déclarés stratégiques et structurants. En affichant sa détermination à faire aboutir les autres chantiers liés à la réforme financière, à la réforme de la fiscalité locale, entre autres, l’Exécutif défend une approche axée sur la croissance. L’enjeu n’est pas des moindres au sortir d’une pandémie qui a mis à genoux nombre d’entreprises et qui a aggravé le poids social de la crise.
Pour faire face aux stigmates de la crise sanitaire et des années de crise financière, l’Exécutif a délibéré sur la nouvelle loi sur l’investissement, en attendant de voir d’autres projets de réforme aboutir, dont, entre autres, la réforme du secteur bancaire et financier, la réforme fiscale, la réforme du code du travail. La reprise de l’investissement dans les secteurs hors hydrocarbures permettra d’absorber le chômage, d’améliorer l’offre interne en biens et services afin de réduire les importations et rétablir durablement les comptes extérieurs. Pour rendre le pays attractif, l’Exécutif entend ainsi hâter le pas sur le chemin des réformes économiques, après avoir dévoilé les textes d’application de la nouvelle loi sur l’investissement. Cependant, c’est aux cadres et fonctionnaires de l’Etat de traduire sur le terrain ces mesures et réformes en faveur de la croissance et de l’investissement. Le gouvernement fait aussi des gestes en direction du privé résident, en ouvrant à l’investissement des secteurs qui étaient réputés jusqu’ici comme chasse gardée des entreprises publiques, à l’image du transport aérien et maritime. D’autres gestes ont été faits en direction d’hommes d’affaires afin d’investir dans le secteur bancaire. Certes, il y a là une réelle volonté de bousculer l’ordre établi, mais l’administration n’a que trop peu suivi sur ces chapitres. Sur cette question, les nouveaux hauts fonctionnaires fraîchement installés, présents, hier, à la rencontre gouvernement-walis, n’ont plus aucune période de grâce et doivent se mettre aussitôt à lever les écueils sur le chemin des investisseurs et à sortir de l’isolement toutes les régions du pays. n