Dans la situation de crise économique que traverse actuellement l’Algérie, le Conseil national économique et social (Cnes) n’hésite pas à voir quasiment une occasion pour engager des réformes profondes, notamment en matière de dépendance exagérée des hydrocarbures.

C’est ce qui ressort en substance de la première sortie publique du président de cette instance, Rédha Tir, quelques jours après son installation. Ce dernier estime que notre pays « doit exploiter la double crise actuelle sanitaire, marquée par la propagation du coronavirus, et énergétique, caractérisée par la baisse des cours du pétrole, pour engager des réformes économiques et financières profondes ».
Dans cette optique, « l’Algérie doit avoir une vision juste sur le plan économique prenant en considération ce nouveau paradigme, marqué par une double crise, impliquant une forte pression sur l’économie et nécessitant des financements importants pour passer outre cette double crise », a-t-il prôné lors d’un point de presse.
Loin des constats alarmistes et des analyses défaitistes, M. Tir estime que l’Algérie jouit d’« une importante marge de manœuvre » que lui permet « une réserve de devises qui reste importante, de près de 62 milliards de dollars, permettant à l’Etat de couvrir les déficits de la balance commerciale et de la balance des paiements », a-t-il estimé sans exclure, néanmoins, « l’option » du financement non conventionnel en cas d’extrême obligation.
« D’autre part, dans le pire des cas et de manière exceptionnelle, le financement non conventionnel reste une option », a-t-il dit à propos, sans donner plus de détails sur la formule qui pourrait être adoptée en cas de recours à cette option qui, faut-il le rappeler, est exclue du plan anti crise que le gouvernement a été instruit par le président de la République de mettre en place. En effet, lors de sa réunion tenue le 10 mars courant avec le chef du gouvernement et plusieurs ministres, Abdlamadjid Tebboune avait fermement rejeté le recours à l’endettement et au financement non conventionnel.
Des instructions ont été données au ministre du Commerce pour une gestion intelligente des importations sans que le citoyen ou l’économie nationale ne soient privés de quoi que ce soit, sachant que l’Etat dispose de moyens suffisants pour les années 2020 et 2021 pour ne pas subir de pénuries d’intrants industriels ou de produits nécessaires à la vie du citoyen, avait indiqué un communiqué de la présidence relatif à cette rencontre intervenue alors que le baril d’or noir commençait à se rapprocher des 30 dollars. Le nouveau président du Cnes a également abordé le marché parallèle pour dire qu’il est aujourd’hui également question d’exploiter cette double crise pour « venir à bout du marché parallèle de la devise tout en baissant la valeur du dinar ». Il a en outre plaidé pour la poursuite de la numérisation des administrations du pays, principalement au niveau de la gestion informatique des dépenses de l’Etat et au niveau de l’administration fiscale afin d’améliorer le recouvrement d’impôts.
Le président du Cnes s’est par ailleurs exprimé sur les mesures prises pour lutter et prévenir contre la propagation du coronavirus. Il a, à son tour, appelé les citoyens à respecter les règles en matière de distanciation sociale entre eux, notamment à travers le confinement à leur domicile pour empêcher la propagation du coronavirus à travers le pays.
« J’appelle ainsi les Algériens en tant que citoyens, élites, associations et organismes de ne pas se trouver dans la rue dans ce contexte car cela ne contribue qu’à accroître la propagation de cette pandémie », s’est-il exprimé dans cette optique, ajoutant qu’il est également question en cette période de « ne pas exercer un surplus de pression sur les marchés commerciaux et économiques plus globalement », car cela risque de créer, a-t-il dit, « des pressions importantes sur la chaîne d’approvisionnement ».
« Cette pression est d’autant inutile que le gouvernement a de son côté assuré la disponibilité des marchandises et des services », a rappelé le même responsable.
M. Tir a également appelé à ne pas surmener les personnels de santé à travers les établissements hospitaliers du pays « qui emploient des efforts considérables dans des conditions difficiles du point de vue personnel et social ». Exercer une importante pression sur le personnel médical « engendrera une baisse du rendement des services de santé ce qui altérera le traitement de cette crise », a-t-il insisté.<