Par Sihem Bounabi
C’est la deuxième fois à une année d’intervalle que le président de la République algérienne aborde le dossier de la santé en Conseil des ministres, mettant ainsi en lumière l’intérêt que porte l’Etat à un secteur stratégique longtemps mis au placard et dont toute l’importance a été révélée par la crise sanitaire de la Covid-19.
Ainsi le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune a notamment ordonné, dimanche dernier, «l’ouverture du dialogue avec les différents partenaires sociaux dans le secteur de la Santé pour l’examen de la situation socio-professionnelle des personnels» et «la mise en place d’une approche prenant en compte l’efficacité du Service civil en vue de l’encouragement des compétences nationales et de la protection de la santé publique».
Suite à cela, les syndicats des professionnels de la santé soulignent dans leur ensemble l’échec du dialogue entamé depuis plus d’une année avec le ministère de la Santé. Pour preuve, les promesses du ministre de la Santé d’engager le dialogue, au lendemain de la grève entamée par trois syndicats de la santé au début du mois d’avril, mais qui ne sont toujours pas mises en place. Sur le dossier qui remonte à plus de vingt ans, concernant la mise en place d’une réforme hospitalière profonde, le Président de la République a ordonné, lors du dernier Conseil des ministres, dimanche, «la définition d’un calendrier clair pour la mise en œuvre du projet de réforme hospitalière» mettant en exergue «la révision impérative de l’organisation des Urgences et autres services hospitaliers pour améliorer la relation du citoyen avec l’hôpital».
Dr Mohmed Yousfi, infectiologue et président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), souligne à ce propos ««un élément positif que nous avons déjà noté depuis plus d’une année». Ainsi, il y a une année, l’une des décisions les plus importantes annoncées par le Président de la République est la pénalisation des agressions envers les professionnels de la santé. Cette loi est la seule à avoir abouti «alors que pendant des années nous étions livrés à nous-mêmes et agressés verbalement et physiquement». Le deuxième point est la concrétisation des primes Covid même si elles ont eu plusieurs retards.
Dr Mohamed Yousfi rappelle toutefois que cet intérêt pour le secteur de la santé a commencé déjà en été 2019, où a été abordée, pour la première fois, par le gouvernement la question des mesures incitatives pour les professionnels spécialistes de la santé pour les motiver à aller travailler dans les régions enclavées et à l’intérieur du pays. Malgré l’engagement du chef de l’Etat, les professionnels de la santé attendent toujours l’application de ces mesures incitatives concrètement sur le terrain. Le président du SNPSSP précise que «chaque fois que l’on interpelle notre tutelle sur l’application de ces mesures, on nous répond que les textes de lois sont en cours de préparation. Mais le constat amer est qu’il n’y a eu aucune suite concrète pour l’application de ses instructions sur le terrain».
Concernant l’appel au dialogue lancé par le Président de la République, Dr Yousfi souligne «certes, c’est bien d’appeler au dialogue mais on tient à dire au Président de la République que ce dialogue est un véritable échec car il n’a pas abouti et les engagements ne sont pas tenus».
Le SNPSSP se pose également la question sur ce passage qui va en contradiction avec les déclarations faites, il y a une année, à savoir «les mesures incitatives que l’on ne retrouve pas dans les nouvelles déclarations ainsi que l’abrogation du Service civil. Dans ces nouvelles déclarations, le Président parle de revoir les modalités du Service civil, ce qui nous pousse à poser la question est-ce que son abrogation n’est pas remise en question ?»
Dr Mohamed Yousfi relève toutefois qu’«on est conscient que le Service civil ne peut pas être abrogé du jour au lendemain, on met d’abord en place des mesures incitatives pour encourager les praticiens à s’installer dans les différentes zones que l’on appelle les déserts médicaux».
Ajoutant que cela permettrait de stabiliser les spécialistes dans ces zones et consolider le service public qui est la colonne vertébrale du système de santé en Algérie. Il met également en exergue le fait que les mesures incitatives en place seraient plus économiques que le Service civil dans l’incidence financière est plus cher. En un mot, ce Service civil est un véritable échec sur tous les plans.
Le président du SNPSSP déclare à propos de la sortie médiatique du Président de la République : «On a pris acte de ces déclarations mais on veut que cette volonté politique se concrétise sur le terrain.» Ajoutant qu’«on attend également des clarifications concernant le Service civil et les mesures incitatives». <