Par la voix de son Directeur général du Budget, Abdelaziz Faid, le ministère des Finances s’est engagé à mener à bon port la fameuse réforme du dispositif des subventions généralisées qui grève le budget de l’Etat.

Par Hakim Ould Mohamed
Lors d’une journée d’information consacrée aux «nouvelles dispositions de la LF 2022», organisée par la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI), le Directeur général du budget au ministère des Finances, tout en rappelant l’impératif d’aller vers un système de ciblage des subventions, tel que prévu par la loi budgétaire de l’actuel exercice, a précisé que cette réforme concerne trois familles de produits englobant 12 produits. Le responsable au ministère des Finances n’a pas détaillé les pistes de refonte envisagées par l’Exécutif, mais l’annonce du nombre des produits concernés est une nouvelle en soi, tant il est vrai que dans cette affaire de subventions, il y a véritablement à boire et à manger car cette politique volontariste de l’Etat comporte une multitude d’aides directes et implicites au bénéfice des personnes, des entreprises et des organismes. Ne souffrant d’aucune ambiguïté, cette révision du dispositif des subventions généralisées n’a jamais semblé aussi urgente. Ces aides, aussi diverses que vastes, coûteront à l’Etat 1 942 milliards de dinars au titre de l’ exercice budgétaire, dont 80% de ce montant concerne les produits énergétiques, soit près de 1 530 milliards de dinars. Clairement, si cette révision tant attendue s’annonce pour le moins salutaire pour le budget de l’Etat, la question de revoir les aides de l’Etat aux produits énergétiques –qui pèsent pour 80% dans le budget dédié aux subventions- continue d’animer toutes les appréhensions, étant donné l’effet d’entraînement redouté, aussi bien par les ménages que par les entreprises. Dit autrement, si des ajustements des cours des produits énergétiques, à savoir les carburants, l’électricité et le gaz, venaient à être envisagés par le gouvernement, ce renchérissement des coûts pourrait entraîner un rebond de l’inflation, alors que celle-ci avait atteint un seuil problématique de 9,2 à l’issue des dix premiers mois de l’année dernière. Exemple : une hausse de 10 dinars du prix de l’essence rapporterait au budget de l’Etat des recettes supplémentaires d’environ 700 millions de dollars, c’est-à-dire environ 87 milliards de dinars. Ce montant représente la masse salariale de 290 000 personnes dont le salaire mensuel brut est de 25 000 dinars. Cependant, une hausse de 10 dinars du prix de l’essence ne sera assurément pas sans conséquences sur l’inflation. D’autant plus que le poste Transports et Communications pèse pour 16% dans l’indice des prix de l’Office national des statistiques (ONS). Les sous-postes Transports et Autres dépenses pour véhicules (qui contiennent l’essence) représentent 5,3% de l’indice des prix. Si le poids de l’essence est évalué à 2% de cet indice, doubler le prix de l’essence aura un impact direct de 2% sur l’indice des prix, c’est-à-dire que l’inflation annuelle augmenterait en impact de 2%.
C’est dire toute la difficulté à revoir les subventions aux prix des produits énergétiques même si le consensus des économistes plaide en faveur de la réforme des subventions à l’énergie, considérée carrément comme antiéconomique. C’est tout l’arbitrage auquel est confronté le gouvernement ; entre la hausse des prix qui entraînera une hausse des recettes, lesquelles permettront de financer des milliers de postes budgétaires dans la Fonction publique, et les risques d’un dérapage inflationniste qui viendrait prendre d’une main les concessions salariales attribuées aux fonctionnaires de l’autre main. Quoi qu’il en soit, la réforme des subventions s’annonce pour le moins inévitable et le défi futur étant de parvenir à trouver un juste milieu de nature à protéger les ménages et les entreprises des fièvres inflationnistes, tout en avançant dans l’opération de réforme budgétaire et d’assainissement des finances publiques.