Par Nadir Kadi
Le président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), le docteur Lyes Merabet, a fait savoir que la «réforme» du système de santé est devenue urgente. Le responsable, qui demande notamment l’abrogation du «service civil», a plaidé hier, sur les ondes de la Radio nationale, Chaîne III, pour l’amélioration des conditions socioprofessionnelles des acteurs de son secteur. En ce sens, Lyes Merabet a estimé que l’Etat doit mettre en place des mesures visant à inciter les médecins à «rester» et à travailler au pays. S’exprime largement sur les chantiers de réforme en cours au niveau du ministère de la Santé, le docteur Lyes Merabet, optimiste mais néanmoins prudent, affirme : «Nous espérons la réforme depuis longtemps. Le dernier Conseil des ministres présidé par le chef de l’Etat a mis la réforme du système de santé parmi les priorités. Une feuille de route a été présentée par le secrétaire d’Etat le Pr. Ismaïl Mesbah». Toutefois, «nous avons perdu beaucoup de temps. Encore une fois nous parlons de la nécessité d’organiser les urgences, et chaque fois, il y a un nouveau plan d’action.»
Le gouvernement a lancé un travail en concertation avec les partenaires sociaux, a-t-il ajouté. «Le travail a déjà commencé, des réunions ont déjà été organisées, et j’espère que l’on arrivera rapidement à des assises nationales pour finaliser et présenter un projet consensuel.» Et plus concrètement, il s’agit pour Lyes Merabet de «revoir» le maillage des structures de santé, la distribution «plus équitable» des moyens humains ou encore l’identification et le traitement des «déserts médicaux»… Le principal obstacle resterait toutefois la situation financière du pays ; l’invité de la Chaîne III rappelle que «le nerf de la guerre, reste l’argent», avant de révéler que l’objectif des autorités est d’organiser les choses «au mieux» de la situation : «On peut généralement parler de réforme quand on est dans une situation sociale économique et financière confortable», ce qui ne serait pas le cas de l’Algérie actuellement. Ainsi, lors d’une réunion «durant la dernière semaine du mois de Ramadan, nous avons évoqué les priorités. Il s’agit d’organiser les choses au mieux des moyens dont nous disposons», explique le responsable.
Réforme du système de santé qui doit toutefois prendre en charge le volet humain, docteur Lyes Merabet a demandé l’abrogation du service civil : «Nous le disons depuis 15 ans, il faut graduellement supprimer le service civil, mais à côté, il faut d’autres solutions. Il faut intéresser les professionnels de la santé à travailler dans des zones difficiles, enclavées… Les jeunes doivent y travailler, mais avec des avantages salariaux ou au niveau du foncier.» Et dans cette même logique, Lyes Merabet rappelle le lourd tribut payé par la profession durant la crise sanitaire : « Nous avons eu 232 morts parmi les personnels de santé dont 186 médecins des secteurs public et privé.»
Il ajoute que ses collègues du secteur public n’ont pas les mêmes avantages que d’autres fonctionnaires : «Aujourd’hui, nous sommes fonctionnaires, mais nous n’avons pas les mêmes droits que d’autres fonctionnaires ou hauts fonctionnaires de l’Etat. Nous n’avons pas de bonification des indemnités, pas le même point indiciaire, pas les mêmes avantages sociaux et professionnels, sans parler des horaires de travail ou des risques de contaminations.»
Quant à l’orientation que doit donner l’Etat aux ressources engagées dans le réforme, il s’agirait pour Lyes Merabet de lancer la réalisation de «structures qui répondent aux normes», mais surtout de revoir le maillage des infrastructures de santé par région : «Je l’ai déjà demandé, je pense que chaque région sanitaire doit avoir son grand CHU, une faculté de médecine, de terrain de stage pour les étudiants, des centres de recherche, des laboratoires de référence, des structures publiques et privées… C’est à travers ce genre d’organisation que l’on pourra équilibrer nos moyens humains et financiers».
Et une «partie» des sommes qui devront être engagées dans la réforme devra également être dirigée vers la promotion de conditions sociales des travailleurs de la santé. «Il y a plus de 15 000 médecins algériens qui travaillent en France (…) Aujourd’hui, quitter le pays est malheureusement un objectif pour beaucoup de praticiens de santé. C’est pour cela que je demande aux autorités de trouver les voies pour intéresser les jeunes médecins, les compétences pour rester au pays. Je pense que cela passe par la revalorisation des conditions sociales, professionnelles mais aussi au travers du profil de formation et des projections en termes de carrière». <