Deux ans après le lancement du débat sur la réforme de l’examen du baccalauréat, la ministre de l’Education nationale Nouria Benghebrit, très attachée à ce projet, a remis le dossier sur la table.

En effet, il y a quelques jours, la ministre a annoncé le lancement prochainement d’une série de tables rondes et consultations avec les partenaires sociaux et experts pour susciter des propositions pour la réorganisation de l’épreuve du baccalauréat avec pour objectifs la réduction de la durée de l’examen et la mise en place d’un système de contrôle continu permettant ainsi une évaluation plus juste des candidats.
Ayant activement collaboré, en 2016, à la réforme du baccalauréat, les syndicats du secteur de l’Education sont aujourd’hui sceptiques quant à la concrétisation de ce projet, décalée à maintes reprises mais surtout quant à la faisabilité de la chose avec le programme d’enseignement actuel du cycle secondaire. En effet, si les syndicats ne sont pas opposés au principe de la réforme, ils sont aujourd’hui nombreux à remettre en question le programme d’enseignement secondaire qu’ils considèrent comme « obsolète ». « Je pense qu’il n’y a pas lieu de parler de réforme du baccalauréat sans passer d’abord par la restructuration de l’enseignement secondaire. Il ne faut pas oublier que le bac, sous sa forme actuelle, a été d’abord précédé, en 2003, d’une profonde réforme du programme d’enseignement du cycle secondaire avec une réorganisation des filières et suppression de l’enseignement technique et professionnel, dont nous réclamons la réintégration dans le programme », a fait savoir Idir Achour, secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA). En ajoutant : « Pour bien faire, la tutelle doit d’abord revoir ses priorités, car engager une réforme de l’examen du baccalauréat en maintenant le même programme n’est rien d’autre que du bricolage auquel le CLA refuse de participer. Il faut que la ministre ait le courage d’aller au fond du problème, ce n’est que de cette manière que nous pourrons avoir une école de qualité. » Un avis fortement partagé par le Conseil national des personnels de l’enseignement du cycle ternaire de l’éducation (Cnapeste). « Engager une réforme du baccalauréat actuellement, c’est un peu comme mettre la charrue avant les bœufs. Nous ne nous sommes jamais opposés au principe de la réforme dans le secteur de l’Education, mais nous estimons qu’il faudra d’abord attendre la réforme de l’enseignement du cycle secondaire. La tutelle a déjà entamé ses réformes dans les cycles primaire et moyen et va prochainement lancer celle du cycle secondaire. C’est pour cela qu’il est préférable pour le bien des élèves de patienter », a estimé Messaoud Boudiba, porte-parole du Cnapeste. S’agissant du contenu du projet, le syndicaliste a jugé le projet d’« ordinaire et semblable à ce qui se fait partout dans le monde ». Il a souligné qu’il est « impossible » de réduire la durée de l’examen de 5 à 3 jours tout en maintenant des matières secondaires pour certaines filières au menu des épreuves écrites. « La ministre a indiqué le maintien des épreuves écrites pour les sciences islamiques, histoire et géographie, alors que ce sont des matières secondaires pour de nombreuses filières, que va-t-on supprimer alors ? » s’est-il interrogé, avant de souligner la nécessité de s’éloigner de tout discours idéologique ou politique. « Maintenir l’épreuve de science islamique est une décision politique. La réorganisation du baccalauréat doit être un projet purement pédagogique », a-t-il affirmé. Néanmoins, même si le Cnapeste a d’ores et déjà émis ses réserves quant à ce projet, Messaoud Boudiba a fait savoir qu’il reste ouvert au débat et au dialogue avec la tutelle. « La ministre connaît notre position vu que l’avons déjà exprimée auparavant, mais cela ne nous empêche pas d’être présent en tant que syndicat et émettre des propositions qui nous semblent les mieux adaptées », a-t-il précisé.
De son côté, Boualem Amoura, secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef), s’est dit pas très emballé par le projet que la tutelle « traîne déjà depuis deux ans ». Selon ses propos, « il s’agit d’un ancien projet que nous avions élaboré à l’ère du Premier ministre Sellal, qui ne l’a d’ailleurs jamais validé. Nous avons travaillé d’arrache-pied durant près d’une année pour qu’au final le projet soit jeté aux oubliettes. Le projet pouvait être appliqué dès 2017 mais la ministre a préféré temporiser, surtout avec la levée de boucliers des enseignants de sciences islamiques qui n’avaient pas digéré que cette matière soit supprimée du bac et non pas du programme scolaire. Maintenant, je ne vois rien de nouveau, mis à part le fait que la tutelle tente de gagner du temps. Car là encore, le nouveau bac ne sera mis en œuvre que dès 2020 », a déploré le syndicaliste. Quant à la réduction de la durée de l’examen, le syndicaliste a estimé qu’il s’agissait d’une option, car elle permet non seulement « d’alléger la charge sur les candidats mais permet aussi de mieux assurer la sécurité de l’examen ».