L’administration publique est à la croisée des chemins. Sa réforme s’impose en urgence car l’enjeu est de rendre cette administration plus efficace et en harmonie avec les grands défis économiques.

Depuis toujours, faire bouger le grand mammouth bureaucratique qui empêchait jusqu’ici l’émergence des méthodes managériales innovantes n’a pas été un simple exercice. Preuve en est que la bureaucratie continue encore à être ce grain de sable qui grippe la machine économique et lézarde les initiatives. Pas plus tard qu’il y a un mois, le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est livré à un véritable plaidoyer contre la bureaucratie, lors d’une visite dans la wilaya d’Oran, insistant, à l’occasion de l’inauguration de l’hôtel AZ Grand Oran, sur la levée définitive des obstacles bureaucratiques qui entravent l’investissement. En s’adressant au propriétaire de cette infrastructure hôtelière 5 étoiles, il l’a invité à contacter directement le wali. Le Président Tebboune a assuré au propriétaire de cet hôtel qu’il peut contacter directement le wali s’il affronterait un quelconque obstacle bureaucratique. «Ces pratiques doivent cesser définitivement et je ne pardonnerai personne», a soutenu le chef de l’Etat, allusion faite aux comportements bureaucratiques qui entravent le fonctionnement de l’appareil économique. Ainsi, la réforme de l’administration avec, à la clé, une politique de ressource humaine centrée sur les défis de la facilitation et de simplification des procédures ainsi que sur les grands défis économiques auxquels est confronté le pays, plutôt que sur des formations standard, n’a jamais été aussi urgente. Dit autrement, l’encadrement supérieur de l’Etat doit être en harmonie avec les politiques économiques publiques. L’enjeu de cette réforme doit porter également sur la modernisation et la digitalisation de l’administration économique afin de contraindre les fonctionnaires aux obligations d’éthique et de transparence. Le système de recrutement jusqu’ici en vigueur a montré ses limites, en l’absence d’une politique d’évaluation des fonctionnaires et d’un marché de compétences ouvert à d’autres profils de gestionnaires. Le gouvernement se contentait jusqu’ici de charger l’administration de tous les torts, sans pour autant vouloir prendre le taureau par les cornes en lançant une véritable réforme de l’administration. Alors que l’économie a plus que jamais de cadres supérieurs capables de créer un mouvement en faveur de la croissance, de l’entreprenariat et des initiatives. «Selon les chiffres que j’ai reçus, 10 à 20% seulement des orientations du président de la République ont été appliquées au lieu de 50, voire 60% attendues». Cette phrase, prononcée par l’ancien Premier ministre, Abdelaziz Djerad, lors de la réunion gouvernement-walis de 2020, résume à elle seule l’étendue des dégâts causés par la bureaucratie. Pourtant, le Président de la République, une année plus tard, lors de la réunion gouvernement-wali de 2021, avait promis de protéger les cadres supérieurs, appelant les fonctionnaires à signer, sans qu’aucun ne puisse leur reprocher d’avoir fait des erreurs. Par ces garanties, le chef de l’Etat a ainsi tenté de désamorcer la résistance des fonctionnaires et la crise de signature qui a figé l’administration publique pendant de longs mois. Plus globalement, au-delà des faits de la conjoncture, la réforme de l’administration publique n’a jamais semblé aussi pressante. Mais cette transformation de la haute fonction publique est conditionnée par la création d’un véritable marché de compétences pour diversifier les profils ainsi que par une politique salariale attrayante, de nature à protéger les cadres contre les tentations de la corruption. C’est un chantier complexe, mais possible, à la condition qu’il soit à la hauteur des enjeux, loin d’une simple opération de replâtrage. Il s’agit de responsabiliser les managers publics en leur octroyant des leviers d’action pour qu’ils puissent gérer efficacement et prendre des décisions en appréciant avec intelligence les circonstances et la conformité des dossiers avec la loi. L’Etat doit par-dessus tout faire sa mue numérique en accélérant la digitalisation des administrations afin d’instaurer les notions de transparence et prévoir la bureaucratie et la corruption. Or, sur ce chapitre, les avancées sont faibles, car les principales administrations économiques, dont le fisc, les douanes, le commerce, attendent encore de faire leur transformation numérique. Dérives bureaucratiques, gestion archaïque des carrières et système de recrutement vieillot, inertie, clientélisme, inflation des effectifs, l’administration publique est malade de tous ces maux, nécessitant une cure à la hauteur du mal, plutôt que des palliatifs peu efficients.