Pendant que l’Opep+ tente de réduire son offre pour absorber un tant soit peu les excédents du marché, la production américaine de pétrole repart au galop, grignotant de nouvelles parts de marché sur l’échiquier pétrolier mondial.

La hausse de la production américaine pourrait remettre à plus tard l’espoir d’un rééquilibrage du marché dès 2021, car alimentant davantage les stocks mondiaux de brut, lesquels sont déjà à des niveaux problématiques et difficiles à absorber. La production américaine de pétrole, en hausse depuis quelques semaines déjà, a augmenté de 400.000 barils par jour, la semaine dernière, alors que la demande s’est un peu affaissée. La production US s’est établie ainsi à 10,9 millions de barils par jour (mbj), contre 10,5 mbj une semaine auparavant. La cadence des raffineries, handicapée ces derniers mois par le passage d’ouragans dans le Golfe du Mexique, s’est redressée à 77,4% au lieu de 74,5% la semaine d’avant, ce qui a aidé l’offre américaine à retrouver de la vigueur. Durant la dernière semaine du mois d’octobre dernier, la production américaine de brut a enregistré un rebond spectaculaire, marquant une hausse de 1,2 million de barils par jour (mbj) à 11,1 mbj, un sommet en cinq mois après le passage de plusieurs ouragans dans le Golfe du Mexique. Elle était tombée à 9,9 millions de barils par jour (mbj) à la mi-octobre, son plus bas niveau depuis fin août.
La progression de la production américaine intervient alors que le nombre des plateformes de forage en activité repartait à la hausse, aidé par la reprise des cours du brut ces dernières semaines. En effet, ce samedi, le groupe privé Baker Hughes a livré aux investisseurs la dernière mesure de l’activité des plateformes pétrolières américaines. Le nombre de plates-formes pétrolières en activité a quelque peu reculé la semaine dernière pour s’établir à 231 puits de forages contre 236 la semaine précédente.
Le nombre de plateformes de forage en activité était tombé à 172 à la mi-août, un niveau jamais enregistré depuis 2015, lorsque l’Arabie Saoudite avait déclenché sa guerre des prix contre l’industrie américaine de schiste qui, par son essor, était en partie à l’origine de la chute spectaculaire des prix de l’été 2014. Le nombre des puits de forage en activité avait chuté de 683 plateformes à la mi-mars 2020 à 172 à la mi-août de la même année, contre 231 la semaine dernière. Les statistiques repassaient dans le vert depuis septembre, enchainant d’importants mouvements haussiers augurant d’un retour en force de la production américaine. Ce rebond arrive au moment où les producteurs fédérés sous la coupe de l’Opep+ tentent inlassablement de réduire les stocks mondiaux par le moyen d’une réduction de l’offre pétrolière mondiale. La hausse de la production américaine et l’offre provenant des pays non-Opep pourraient ainsi lézarder les efforts de l’Opep+ en faveur de la stabilité du marché. L’Opep et ses alliés (Opep+) s’étaient dits «prêts à agir» mardi dernier pour maintenir un équilibre entre l’offre et la demande d’or noir, à l’issue de leur réunion mensuelle. Mais il semble que les Emirats Arabes Unis «ne soient pas contents» et ne veulent pas prolonger leurs coupes de production.
Des tensions entre producteurs étaient observées la semaine dernière même si les analystes s’accordent à dire que les restrictions de production seront prolongées d’un commun accord même si après coup, certains peuvent «tricher». Les Emirats peuvent produire jusqu’à 4 millions de barils par jour, mais leur quota actuel serait de 2,6 mbj. C’est dire qu’à la hausse de la production américaine est venue se greffer la tension au sein du groupe Opep+ ; deux facteurs qui pourraient remettre à plus tard l’espoir de voir le marché se rééquilibrer vers le second semestre de 2021. n