La reprise des cours du brut de ces derniers jours risque d’être étouffée par l’incertitude qui plane sur le marché et par la manière dont la coalition Opep-non-Opep a réagi à la dégringolade des prix, estiment les banquiers de Goldman Sachs et Morgan Stanley

. Alors que des producteurs tels que l’Arabie saoudite et la Russie ont accordé leurs violons en réduisant la production de  1,2 million de barils par jour, une décision issue des réunions de jeudi et vendredi derniers, regroupant à Vienne les membres de l’Opep et leurs alliés non-Opep, les difficultés auxquelles fait face l’Opep et ses partenaires pour répartir la coupe sur l’ensemble des 25 producteurs et d’exemption de l’Iran, du Venezuela et de la Libye de l’effort de réduction obscurcissent les perspectives du marché, lit-on dans un rapport publié, hier, par les deux banques les plus influentes aux Etats-Unis, Goldman Sachs et Morgan Stanley. La réussite de l’action coordonnée des 25 producteurs est tributaire de la contribution ferme de chacun des pays à la réduction de la production, estiment les banquiers américains. Le rapport pointe des défis non des moindres auxquels font face les producteurs, dont un « surprenant surplus du marché mondial du pétrole » constaté durant ce deuxième semestre de 2018 et de « l’absence d’un engagement clair et contraignant en faveur de la mise en œuvre des réductions », ont écrit les analystes de Goldman Sachs, Damien Courvalin et Jeffrey Currie. Le Brent, un indice de référence mondial, a bondi de 6% vendredi, se négociant au-dessus de 63 dollars le baril à Londres, un rebond à mettre sur le compte de la décision des 25 producteurs de réduire leur offre. Nonobstant cet engagement, la hausse des cours a rapidement perdu de sa vigueur et a réduit de moitié son gain initial alors que le spectre d’un ralentissement de la croissance de la demande, les craintes d’une pression croissante de la part de Trump sur la baisse des prix et une augmentation potentielle de la production de schiste aux États-Unis hantaient les investisseurs. Alors que les prix pouvaient continuer à augmenter dans le sillage du pacte conclu, vendredi, par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses partenaires, dont la Russie, le niveau des prix atteint début octobre dernier ne sera probablement plus atteint au cours des prochains trimestres, selon le rapport de Morgan Stanley et Goldman Sachs. Selon l’analyste Martijn Rats, le Brent devrait atteindre 67,50 dollars le baril au deuxième trimestre de 2019, soit 10 dollars de moins que les estimations précédentes. Dans la décision de vendredi dernier, issue des réunions de l’Opep-non-Opep, les banquiers américains y voient un risque de retour de manivelle. Cette décision pourrait se révéler contreproductive pour les 25 pays qui verront leur part de marché se rétrécir au profit d’autres producteurs non-Opep qui pourraient mettre à profit les décisions de vendredi pour grappiller des parts de marché au détriment des pays signataires du pacte de coopération. Il y a, néanmoins, un autre scénario qui serait, cette fois-ci, optimiste et qui consiste à dire que le marché pourrait se rééquilibrer au cours du premier semestre de 2019, prévoient les deux banques américaines. Ce rééquilibrage n’est pas à mettre sur le compte de la décision de réduire l’offre, mais sera plutôt du fait des sanctions américaines qui pèsent sur l’Iran et le manque de nouveaux oléoducs sortant du bassin du Permian aux États-Unis, ralentissant ainsi probablement la cadence de la production du pétrole de schiste dans cette région. En outre, la croissance de la demande mondiale de pétrole en 2018 et 2019 est sous-estimée, estiment les deux banques. La décision de l’Opep et de ses partenaires est « cohérente avec nos prévisions quant à un retour progressif à l’équilibre, à terme, avec la stabilisation des prix du Brent à près de 70 dollars le baril», écrivent les analystes de Goldman Sachs et de Morgan Stanley dans son rapport. Ces derniers se sont montrés néanmoins moins optimistes sur les prévisions pour le second semestre 2019. Ils prévoient un retour à la croissance de la production américaine, du Canada, du Brésil et de la Norvège.
Les deux banques font constater que les producteurs américains peuvent désormais rentabiliser leurs forages même à un prix de marché de 55 dollars le baril.