Pour les pays de l’Opep qui nourrissent de grandes ambitions d’équilibrer sur le marché pétrolier avant la fin de l’année en cours, la production américaine n’a jamais été aussi inquiétante. Au rythme où vont les choses, la production US du pétrole de schiste risque de compenser carrément les efforts de l’Organisation des pays exportateurs du pétrole (Opep) de réduire l’offre mondiale de brut. Les nouvelles statistiques hebdomadaires publiées par l’EIA (Energy Information Administration), antenne du département américain de l’Énergie, sont indicatrices d’une montée en puissance du schiste, profitant clairement de la hausse des cours pétroliers mondiaux depuis la signature des accords de limitation de l’offre par l’Opep et ses partenaires. Les données de l’EIA lèvent le voile sur une production américaine qui a atteint la semaine dernière son plus haut niveau depuis avril 2016. « Si l’Arabie Saoudite continue de limiter sa production au deuxième semestre de 2017, il est probable qu’à la fin de l’année, la production de brut des Etats-Unis dépasse celle de l’Arabie Saoudite », a noté Olivier Jakob, analyste chez Petromatrix, qui estime que la problématique des exportations américaines pourrait bien peser sur les marchés. « Jusqu’à présent, les marchés se préoccupaient de la révolution du pétrole de schiste, qui limitait la demande des Etats-Unis pour des importations venues d’Afrique, mais une deuxième révolution pourrait être le potentiel des Etats-Unis comme exportateurs », a-t-il détaillé. Si les Etats-Unis parviennent à inverser la tendance d’ici la fin de l’actuel exercice, il serait improbable de compter sur la reconduction des accords pour le second semestre 2017. Les Saoudiens pourraient faire usage à nouveau de leur fameux levier qui consiste à défendre les parts de marché de l’Opep plutôt que de soutenir les prix. Dit simplement, si l’Arabie saoudite, acteur dominant de l’Opep et fer-de-lance des accords de baisse de l’offre, continue de limiter sa production au deuxième semestre de 2017, les producteurs américains pourraient profiter longuement de cette brèche ouverte par les accords de l’Opep et ses partenaires. 

Ce qui présage d’un retour à la situation d’avant juin 2014, lorsque le schiste américain s’érigeait en parfaite menace contre les parts de marché de l’Opep. Les Saoudiens avaient eu alors la main leste, laissant chuter fortement les cours du brut afin de limiter la montée en puissance de la production américaine. De son coté, le décompte hebdomadaire réalisé par Baker Hugues a fait état d’une nouvelle hausse du nombre des puits de forages durant la semaine dernière. Il a atteint 597 forages à la fin de la semaine écoulée contre 591 puits de pétrole de schiste durant la semaine précédente. Sans l’ombre d’un doute, une augmentation de l’activité des producteurs américains de pétrole de schiste pourrait affaiblir l’impact positif des efforts de rééquilibrage du marché réalisés à l’échelle mondiale.
D’ailleurs, au lendemain de la publication des chiffres hebdomadaire sur l’état de santé de la production US, sur les marchés, il était évident que « les craintes que la production américaine de pétrole de schiste compense les efforts de l’Opep limitent les gains du prix du baril. Tout signe de surproduction pourrait faire chuter les prix », a prévenu Lukman Otunuga, analyste chez FXTM. Pour rappel, l’Opep et d’autres producteurs non-Opep, comme la Russie, ont convenu d’une réduction de la production au premier semestre 2017, de l’ordre de 1,8 millions de barils par jour. L’Opep a récemment souligné le fort degré d’adhésion de ses membres aux mesures de plafonnement établies, mais les non-Opep continuent de décevoir deux mois après la mise en marches des accords du 10 décembre 2016.