Dans son plaidoyer en Conseil des ministres pour une industrie algérienne du médicament, le chef de l’Etat a évoqué l’importation anarchique de médicaments et la part presque marginale de l’entreprise Saidal dans la production nationale du médicament en raison
de manipulations à l’importation.

Le marché du médicament dans son volet particulier production pharmaceutique reste marqué par la prédominance de l’importation et de ses jeux de lobbying face à la production nationale. C’est en tout cas la lecture que fait le chef de l’Etat du secteur par ses instructions au gouvernement lors du dernier Conseil des ministres pour booster l’industrie pharmaceutique locale pour parvenir à une performance d’une valeur de 400 millions de dollars de médicaments en substitution aux importations à fin 2020 et de 800-900 millions de dollars en 2021 et couvrir ainsi 70% des besoins du marché national en 2022-23, contre 50% aujourd’hui.
A cet effet, M. Tebboune a ordonné à l’exécutif de lutter contre les laboratoires et lobbies impliqués dans les importations de médicaments au détriment de la production locale et pour le transfert de devises. Le chef de l’Etat ne cite pas ces laboratoires et lobbies ni des affaires qui les compromettent dans ces délits, mais évoque une réalité du marché du médicament apparue dès le début des années 2000 : l’industrie alibi qui consiste pour un laboratoire à produire seulement un ou deux médicaments en Algérie et importer le restant de sa gamme pour un volume d’importation beaucoup plus important. En un mot, une production de médicaments maintenue marginale dans le pays. Cette situation a fait que pendant plus d’une dizaine d’années, la facture d’importation de médicaments est restée très importante.

L’industrie alibi face à la véritable industrie pharmaceutique
Aujourd’hui, les données semblent avoir changé avec l’entrée en production de plusieurs unités de production de médicaments détenues notamment par des opérateurs locaux et 40 usines de médicaments en cours de réalisation. Mais les résistances sur un marché désorganisé avec une insuffisante régulation restent tenaces. Les données ont aussi changé avec une volonté plus forte de l’Etat à ériger une véritable industrie pharmaceutique orientée vers la couverture des besoins nationaux et l’exportation. En ce sens, le chef de l’Etat a instruit le gouvernement d’accorder la priorité à l’augmentation de la production pour ce qui est de la fabrication de médicaments et réduire la facture d’importations de médicaments de 400 millions de dollars d’ici à fin 2020. Le président de la République a également touché du doigt l’importation anarchique des médicaments. Il a ordonné le contrôle des stocks de médicaments en vue d’empêcher l’importation anarchique de médicaments, c’est-à-dire la présence d’excédents dans un type de médicament et la poursuite de son importation. Cette importation anarchique est observée dans la circulation ou commercialisation des médicaments arrivés à expiration ou stockés au lieu d’être détruits. Il instruit le gouvernement d’introduire dans un projet de texte présenté au débat un article concernant le contrôle des stocks de médicaments visant à mettre fin à ces importations, la commercialisation et au stockage de médicaments périmés. Cette insuffisante régulation, le chef de l’Etat compte également la combler avec l’intervention de l’Agence nationale de produits pharmaceutiques (ANPP) placée sous la tutelle du ministère de l’Industrie pharmaceutique. Accorder à l’ANPP les prérogatives de réguler et d’organiser le marché et de développer l’industrie pharmaceutique », a-t-il souligné. Le chef de l’Etat a également relevé la part presque marginale de Saidal dans la production de médicaments : 10% seulement contre 30% auparavant. Il a ordonné précisément au gouvernement de renforcer l’entreprise publique Saidal. « Accompagner de manière particulière Saidal pour lui permettre de retrouver son leadership en matière de production de médicaments en Algérie et de recouvrer sa précédente part de marché, laquelle se situait aux environs de 30% avant d’être réduite à 30% en raison de manipulations à l’importation ».
Les grandes parts de marché détenues par les multinationales
Il faut savoir que les grandes parts de marché du médicament en Algérie sont détenues par les multinationales qui occupent les cinq premières places. Seuls Saidal et Biopharm arrivent à bien se classer dans le Top 20 des entreprises du médicament, mais bien après ces multinationales. Les Sanofi, Merk, Pfizer, Novo Nordisk en particulier dominent ce marché. Il est temps que Saidal et les laboratoires privés nationaux se positionnent parmi les dix premières places de ce classement. Il est également légitime que l’Algérie ambitionne de faire de Saidal le leader du marché. Ce ne sera pas facile, cette entreprise a déjà été victime du lobby de l’insuline qui l’a empêché de la produire pendant plusieurs années. Relever ce défi y va de la souveraineté de l’Algérie et de l’impérative réduction de la dépendance du pays à l’égard des laboratoires étrangers. Cela ne veut pas dire exclure ces multinationales du marché, mais les amener à jouer le jeu et à coopérer en vue de booster la production nationale et non pas à favoriser les importations de leurs produits. Le ministre de l’Industrie pharmaceutique a évoqué au cours de cette réunion d’orienter cette production pharmaceutique vers les produits innovants, notamment les anticancéreux et les dérivés du sang. En ce sens, le chef de l’Etat a instruit le gouvernement de développer le partenariat gagnant-gagnant avec les laboratoires étrangers. Il a également ordonné d’ouvrir le marché de la production du médicament aux jeunes entreprises, en particulier aux start-ups et de renforcer le contrôle en coordination avec les pays voisins notamment dans le Sud face à l’afflux de psychotropes et de drogue, utilisés parfois comme arme pour déstabiliser le pays.
A noter que lors de la Conférence nationale sur le plan de relance économique, l’atelier industrie pharmaceutique a recommandé l’adoption d’une réglementation pour encourager la production de médicaments issue des biotechnologies, l’avenir de l’industrie du médicament dans le monde et de délivrer dans des délais rapides les enregistrements et les autorisations de mise sur le marché (AMM) des médicaments, un véritable frein aujourd’hui à l’augmentation de la production de médicaments en Algérie. n
(Lire l’intégralité du communiqué
du Conseil des ministres en page 7)