Les choses sont désormais moins floues concernant la tendance à la hausse des cas de refus de visas Schengen réservés à de nombreuses demandes algériennes auprès du service visas France en Algérie. Il s’agit bien d’une mesure prise par les autorités françaises consistant à durcir les conditions d’octroi de visas pour les Algériens demandeurs, une coercition qui touche également les Tunisiens et les Marocains.

PAR NAZIM BRAHIMI
La France va durcir les conditions d’octroi des visas à l’égard du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie face au refus de «ces pays de reprendre des ressortissants que nous ne souhaitons pas et ne pouvons pas garder en France», a affirmé, hier, le porte-parole du gouvernement français Gabriel Attal, invité de la radio française Europe 1. Confirmant «la baisse du nombre de visas délivrés aux Algériens, Marocains et Tunisiens», le porte-parole du gouvernement français a expliqué que la mesure vient «en réponse aux obstructions des autorités de ces pays dans les procédures d’expulsion» des ressortissants maghrébins se trouvant en France et dont les autorités locales ne tolèrent plus la présence. «On met cette menace à exécution. C’est une décision drastique. C’est une décision inédite, mais c’est une décision rendue nécessaire par le fait que ces pays n’acceptent pas de reprendre des ressortissants que nous ne souhaitons pas et ne pouvons pas garder en France», a déclaré M. Attal.
Pour ce dernier, «l’attitude de ces pays freine l’efficacité des reconduites effectives à la frontières une fois les obligations de quitter le territoire français délivrées». Autrement dit, la mesure de coercition des autorités françaises vient en réaction au «refus» des gouvernements algérien, marocain et tunisien, de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires au retour des immigrés refoulés de France.
Selon les chiffres donnés par M. Attal, une baisse à venir de 50% du nombre de visas délivrés pour les ressortissants du Maroc et de l’Algérie et de 33% pour ceux de la Tunisie. Le porte-parole du gouvernement français a expliqué, par la même occasion, que cette mesure, d’aucuns qualifient d’extrême, vient après le non-aboutissement du dialogue engagé avec les trois parties pour une solution à ce dossier. Pour M. Attal, le gouvernement a fait preuve de «patience depuis les premières négociations en 2018 sur ce sujet», relevant qu’il (gouvernement) a été accusé «par la droite et l’extrême droite de ne pas expulser assez». Estimant que c’est «la responsabilité des trois pays du Maghreb», le responsable français a souligné qu’«il y a eu un dialogue, ensuite, il y a eu des menaces. Aujourd’hui, on met cette menace à exécution». La décision française sur les visas vise à «pousser les pays concernés à changer de politique et à accepter de délivrer ces laissez-passer consulaires», a expliqué le porte-parole du gouvernement.
Enjeu électoral ?
Le ministère français de l’Intérieur a communiqué, mardi à l’AFP, des chiffres selon lesquels l’Algérie a délivré entre janvier et juillet 2021 un total de 31 laissez-passer consulaires pour 7 731 obligations de quitter la France (OQTF) prononcées, et 22 expulsions réalisées, soit un taux d’exécution de 0,2%. Le nombre de «retours forcés exécutés» est en chute, en particulier pour l’Algérie, où la baisse est de 94% entre 2021 et 2020, selon les autorités françaises, puisque «seulement 22 Algériens ont été renvoyés entre janvier et juillet, contre 385 sur la même période de 2020 et 1 677 en 2019».
En 2021, le taux d’éloignement, soit le ratio entre le nombre de personnes sous OQTF et le nombre de personnes effectivement expulsées, est tombé à 0,2%, contre 18% en 2019.
Pour de nombreux observateurs du débat politique en France, la déclaration du porte-parole du gouvernement et les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur ne peuvent pas ne pas avoir de relation avec l’élection présidentielle française prévue dans sept mois. D’autant plus que l’annonce d’Attal intervient le jour même où la candidate de l’extrême droite à la présidentielle, Marine Le Pen, rend public son «projet de référendum sur l’immigration».
Le thème de «l’immigration» tend d’ailleurs à dominer les débats de ce contexte préélectoral en France dans lequel brille le polémiste Eric Zemmour qui s’alarme de voir la France vivre «le grand remplacement de la population européenne par une population immigrée». Pour le patron des sénateurs Les Républicains (LR) Bruno Retailleau, favorable à la mesure de coercition, «l’approche de l’échéance de la présidentielle n’y est peut-être pas pour rien».

bon à savoir

< 7.731 Algériens ont été visés par des «obligations de quitter le territoire français», soit 47% de plus qu’à la même période en 2020, selon les données du ministère français de l’Intérieur.
< Sur les sept premiers mois de 2021, les placements en centres de rétention administratives (CRA), où sont retenus les étrangers en situation irrégulière dans l’attente de leur expulsion, ont chuté de 55% par rapport à 2020 pour les ressortissants algériens (597 contre 1.321 entre janvier et juillet 2020).
< 31 laissez-passer consulaires ont été délivrés par l’Algérie en 2021 – 22 Algériens ont été renvoyés entre janvier et juillet, contre 385 sur la même période de 2020 et 1.677 en 2019.
< Entre janvier et juillet 2021, 11.815 demandes algériennes de visas ont été déposées alors qu’il y en avait 504.173 en 2019. Seuls 8.726 visas leur ont été délivrés.