En proie à une sérieuse crise financière, née de la dégringolade des cours du brut, mais aggravée par l’inaction des précédents gouvernements, l’actuel Exécutif tente de sauver les meubles en recourant à des coups de rabot, touchant essentiellement la facture alimentaire et les importations de biens non consommables.

Le gouvernement Bedoui affiche des velléités protectionnistes pour le moins claires et assumées. Après avoir étudié l’éventualité d’un retour aux importations de véhicules de moins de trois ans d’âge et plafonné à 2 milliards de dollars l’importation des collections CKD-SKD destinées aux usines de montage automobile, il s’attaque désormais à la facture alimentaire en nourrissant l’ambition de réduire les importations des céréales et de la poudre de lait et en surveillant de plus près l’activité des transformateurs et des subventions de l’Etat dont bénéficient ces derniers. L’Exécutif se réveille en sursaut comme d’un cauchemar, constatant une forte érosion des réserves de change sous l’effet du creusement des déficits de la balance des paiements ; le solde se situant désormais à moins de 80 milliards de dollars, menaçant à la fois la solvabilité du pays et sa capacité à couvrir ses importations à moyen terme.
Les tentations protectionnistes ne datent pas d’aujourd’hui. Elles ont marqué l’action des trois précédents gouvernements ; celui de Sellal, de Tebboune et d’Ouyahia, à travers, tantôt l’institution des licences d’importation par Abdelmalek Sellal, tantôt par la généralisation du dispositif et l’interdiction à l’importation de centaines de produits par Abdelmadjid Tebboune et la mise en application, dès janvier 2018, d’un nouvel arsenal de lois par Ahmed Ouyahia. Avec le gouvernement Bedoui, l’on s’attaque plutôt aux industries de montage automobile et aux transformateurs de céréales et de la poudre de lait ; deux activités sources de surfacturation et de détournement des aides de l’Etat. Quatre années après la naissance des premières mesures de régulation des importations, force est de constater que les résultats sont pour le moins maigres et insignifiants, étant donné que les économies réalisées n’excèdent pas un milliard de dollars. Le dernier gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika, désigné pour gérer les affaires courantes, semble tenter une nouvelle méthode. Son plan comprend des mesures de réduction des importations, en valeur comme en volume, mais aussi des dispositions allant jusqu’à tordre le cou aux importateurs fraudeurs.
C’est un secret de Polichinelle que de dire que l’importation des kits CKD-SKD est une filière budgétivore, dont certains de ses acteurs s’adonnaient à la surfacturation aux fins de transférer des devises à l’étranger. Au-delà de l’impérative révision du dispositif de montage automobile, il n’est pas sûr que le gouvernement Bedoui puisse réaliser des économies conséquentes en fin de compte.
D’abord, parce que l’essentiel de ces nouvelles restrictions à l’importation concerne des biens de consommation ne représentant qu’environ un tiers du total des importations.
De ce fait, les deux-tiers restants, à savoir les biens intermédiaires/intrants et biens d’équipement, qui font l’essentiel de la facture des importations, n’ont pas vraiment été concernés par lesdites mesures. Secundo, la balance des services n’a pas été non plus ciblée par les nouvelles mesures de régulation des importations, mais présente un déficit de l’ordre de 10 milliards de dollars en moyenne et impacte directement l’évolution des réserves de change. Pour ces deux raisons au moins, l’Exécutif risque à nouveau faire fausse route, alors que le déficit de la balance des paiements évolue en s’aggravant, impactant ainsi fortement le solde des réserves de change investis dans les banques souveraines occidentales.<