Par Sihem Bounabi
La problématique de la réduction de la durée des congés annuels du personnel de la santé est, une nouvelle fois, revenue sur le devant de la scène suite aux déclarations, hier, du Pr Riad Mahyaoui, membre du Comité scientifique du suivi de la pandémie de la Covid en Algérie, sur les ondes de la Radio nationale. Il a souligné que dans le contexte d’aggravation de la situation épidémique actuelle et la forte augmentation du nombre de malades Covid hospitalisés, il a «été décidé de reconsidérer le régime des congés du personnel de la santé pour les limiter à une durée de deux semaines, malgré l’état d’épuisement et le burn-out dans lesquels se trouve le personnel de la santé».
Pour rappel, la semaine passée, une polémique avait éclaté sur les réseaux sociaux suite à l’information relayée par certains médias sur la réduction des congés du personnel de la santé. Il a fallu un démenti du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière pour mettre fin à la polémique. Dans le démenti, le ministère de la Santé affirme que «suite aux informations relayées par certains quotidiens nationaux et sur les réseaux sociaux au sujet de la réduction du congé annuel des professionnels de la santé à deux semaines au maximum, le ministère a tenu, dans un communiqué, à démentir cette information dénuée de tout fondement», soulignant que «le congé annuel est un droit garanti par la loi et qu’il n’a adressé aucune correspondance ou instruction à ce sujet». Mais force donc de constater, selon les déclarations de Riad Mahyaoui, que le congé a été bel est bien réduit.
Suite à la déclaration du Pr Riad Mahyaoui, le président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) et chef de service à l’EPH de Boufarik, Dr Mohamed Yousfi a affirmé hier qu’«aucune instruction officielle du ministère de la Santé sur la réduction de la durée des congés n’a été transmise aux services de la santé». Il ajoute toutefois qu’au-delà de cette polémique, «face à la réalité du terrain, les plannings des congés ont été difficilement mis en place et la durée des congés est déjà réduite et étalée sur plusieurs mois à cause du contexte actuel de la pandémie d’où l’épuisement du personnel de la santé». Pour sa part, Dr Lyes Merabet, président du Syndicat national de praticiens de la santé publique (SNPSP), estime à propos des déclarations du Pr Riad Maahyaoui que «c’est toute la problématique de la gestion de la situation pandémique actuelle où nous constatons une discordance et des contradictions dans les déclarations officielles. Je pense que même s’il y a des propositions à faire en tant que membre de comité, il faudrait que cela reste dans le cadre du comité et s’il y a une décision, elle doit être annoncée par l’autorité habilitée à le faire qui est le ministère de la Santé». Tout en rappelant le démenti du ministère de la Santé, publié la semaine passée sur ce sujet, le président du SNPSP déclare : «Je pense qu’il faudrait régler les pendules et que chacun doit être dans son rôle et dans ses attributions pour ne pas créer de problèmes.» Dr Lyes Merabet tient toutefois à ajouter qu’«en tant que syndicat nous défendons les intérêts moraux et matériels des praticiens de la santé qui travaillent dans le secteur public, et le congé annuel est certes un droit consacré par toutes les lois et les Constitutions du monde entier. Mais nous comprenons que dans des situations de crise sanitaire telle que nous la vivons, il y a des considérations à prendre en compte».
Il précise à ce sujet que «bien que fatigué et sous pression depuis presque deux ans, nous avons besoin d’un personnel médical mobilisé. Mais il faudrait qu’au moins les choses soient claires et que la décision vienne du ministère de la Santé qui couvre l’ensemble des établissements et des structures».
Le président du SNPSP pointe du doigt également la problématique de la mobilisation du personnel de la santé du secteur privé, en déclarant que «lorsqu’on parle de mobilisation de personnel dans le contexte de la crise actuelle que traverse le pays, il n’y a pas que le personnel de la santé du secteur public, mais il faut également impliquer le personnel de la santé du secteur privé». <