Par Sihem Bounabi
A l’issue du Conseil des ministres, qui s’est déroulé dimanche dernier, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a ordonné l’accélération des procédures de soutien à l’investissement dans l’industrie pharmaceutique, afin de réaliser les objectifs tracés de réduire les importations pharmaceutiques d’au moins 400 millions de dollars, d’ici fin 2021, et de s’orienter vers l’exportation.
Contacté par Reporters, Abdelouahed Kerrar, président de l’Union nationale des opérateurs en pharmacie (Unop), estime que cet objectif de réduire l’importation du médicament de 400 millions de dollars d’ici fin 2021 serait «largement à notre portée», argumentant qu’«avec la libération des enregistrements à la production locale, qui était pratiquement bloquée depuis deux ans, et l’enregistrement de tous les produits fabriqués et qui est en cours, de plus d’une centaine de produits, conjugué à une bonne régulation qui, en même temps, protège la production locale et met à l’abri les patients de toutes ruptures de médicament, je pense sincèrement que cet objectif est largement à notre portée».
Concernant les molécules qui pourraient être concernées par cette économie de devises, le président de l’Unop explique que plusieurs familles thérapeutiques vont être certainement concernées surtout dans la catégorie des médicaments bio. Ceci notamment avec la commercialisation des anticancéreux autant pour les officines que pour les hôpitaux à travers la Pharmacie centrale des hôpitaux. «Ce qui va permettre d’économiser beaucoup de devises qu’aujourd’hui nous transférons pour les acheter», souligne Abdelouahed Kerrar. Ajoutant : «Nous allons aussi produire localement dans le domaine des hormones et des insulines. Tout cela coûte beaucoup d’argent. Une fois que ces produits seront enregistrés au courant de l’année 2021, cela va permettre de les fabriquer localement et bien sûr leur valeur va être déduite des importations».
Le président de l’Unop conclut avec optimisme : «Il faut dire que nous avons bon espoir avec tous les textes de lois qui ont été promulgués ainsi que les décrets et les arrêtés et tout le cadre réglementaire mis en place par le ministère de l’Industrie pharmaceutique. Nous avons bon espoir de l’installation d’une réelle politique du médicament qui est tournée vers la couverture des besoins locaux et vers l’export.»
Pour sa part, le président du Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo), Messaoud Belambri, a également estimé que l’objectif de la réduction de la facture d’importation de médicaments de 400 millions de dollars «est assez raisonnable et réalisable dans un délai de dix mois soit d’ici la fin de l’année 2021». Il précise à ce sujet que cela reste possible car «il y a de la visibilité ; les programmes d’importation viennent d’être signés. Ceci d’autant plus s’il y a un encouragement et une attention particulière et très forte sur les projets qui sont en cours de réalisation». Il enchaîne que «si on ajoute à cela l’annonce qui a été faite par le ministre de l’Industrie pharmaceutique concernant l’enregistrement de plus de 30 produits et si les opérateurs se mettent à exécuter ces programmes rapidement, dès les mois de mars et avril, cela reste réalisable».
Le président du Snapo souligne toutefois que «tout dépend du dynamisme des opérateurs, de la vitesse de la réalisation des projets qui sont en cours depuis des années. Si on arrive à lancer au moins 10 à 15 unités, c’est déjà beaucoup, si on arrive déjà à remplacer les produits importés par des produits locaux et en quantité suffisante».
Il soulève ainsi le risque tel que cela a été constaté lors des précédentes années, qu’«il y avait des interdictions d’importer certains médicaments, alors que les produits n’avaient même pas commencé à être produits». Ajoutant qu’«il faut être aussi vigilant quant aux capacités de production et que les opérateurs honorent leurs engagements en termes de quantités de produits fabriqués».
Messaoud Belambri estime dans ce sillage que grâce à la numérisation et l’installation de l’observatoire du médicament, cela permettra au ministère de l’Industrie pharmaceutique d’avoir «une véritable vision sur la réalité du marché surtout les produits importés et fabriqués localement et comparer tous les produits listés en fonction de la consommation et des besoins».
Afin que ces prévisions puissent être affinées et au plus proche de la réalité de la disponibilité des médicaments, le président du Snapo insiste sur le fait que «les opérateurs doivent vraiment jouer le jeu et s’engager sérieusement à honorer leurs engagements en respectant le quota et les délais de production des produits pharmaceutiques qu’ils doivent fabriquer afin d’éviter toute rupture de stock ou pénurie de médicaments».
Au final, le président du Snapo souligne que dans le contexte économique actuel «il faut rappeler que l’industrie pharmaceutique est celle qui porte le plus d’espoir pour l’industrie et l’économie locale», estimant ainsi qu’«il est très important d’encourager les investissements et la production dans le domaine de l’industrie pharmaceutique. Le médicament est un secteur stratégique, et plus on développe nos capacités nationales, plus on pourra assurer une certaine autonomie». Dès lors, si ce défi est relevé, selon Messaoud Belambri, «cela permettrait une meilleure couverture des besoins locaux avec une production nationale». Concluant que «cela fait longtemps que l’on dit qu’il y a 140 projets en cours de réalisation et donc plus vite ces projets se réaliseront et plus vite on sera autonomes et plus vite on pourra rationaliser la facture d’importation tout en assurant la disponibilité du médicament pour les malades». <