L’ancien ministre et ex-président du Forum des chefs d’entreprise, Réda Hamiani, est décédé hier à Paris à l’âge de 76 des suites d’une longue maladie.

Né en 1944 à Mostaganem et économiste de formation, le défunt était d’abord enseignant universitaire avant de reprendre avec son frère une activité familiale dans le textile créée par leur père. En 1969, il crée la marque de chemises Redman.
Il a intégré, ensuite, les sphères de la politique avec sa nomination, en octobre 1992, ministre délégué chargé de la petite et moyenne entreprises dans le gouvernement de feu Belaid Abdesselam, puis reconduit en 1993 dans le gouvernement de Réda Malek avant d’avoir un ministère de plein exercice de 1994 à 1995 sous les deux gouvernements de Mokdad Sifi.
Ne faisant plus partie du gouvernement à partir de 1995, Hamiani s’est consacré au développement du groupe familial dans l’importation et la représentation de marques pharmaceutiques, agroalimentaires et automobiles.
Il sera par la suite un des membres fondateurs du FCE, officiellement lancé en octobre 2000 après une gestation entamée en 1997 avant de prendre la tête même du Forum de 2006 à 2014 en tentant d’imprégner à l’organisation patronale «le style Hamiani» différent à la fois de ses prédécesseurs (Omar Ramdane et Issad Rebrab) et de son successeur (Ali Haddad).
Hier, la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), nouvelle appellation du FCE, a rendu hommage à M. Hamiani. «Avec la disparition de Réda Hamiani, l’Algérie perd un homme nationaliste et loyal qui a consacré sa vie au service de l’entreprise économique nationale», a souligné la CAPC dans un communiqué.
«Il a toujours répondu à l’appel de la patrie en toutes circonstances et a occupé plusieurs postes de responsabilité dans lesquels il s’est illustré par son dévouement et son professionnalisme», a ajouté la CAPC pour qui le défunt «n’a jamais hésité à faire bénéficier les opérateurs économiques de sa riche expérience et de son immense savoir au service de la promotion des entreprises économiques nationales et de la relance de l’économie nationale».
Les années de Hamiani à la tête du FCE n’ont jamais été un fleuve tranquille jusqu’à être poussé à la démission en 2014. L’un des moments de crise a été vécu au printemps 2010 lorsque des entreprises publiques, notamment Air Algérie et Saidal, se sont retirées du Forum des chefs d’entreprise (FCE) sur des injonctions de cercles de la décision politique.
Les entreprises publiques en question ont été alors instruites de claquer la porte du FCE en guise de protestation contre les critiques formulées par Réda Hamiani contre la politique économique du gouvernement Ahmed Ouyahia.
Il a été alors reproché à M. Hamiani de déclarer que les seules réformes économiques en Algérie sont celles initiées par l’Etat à l’époque où Mouloud Hamrouche était chef du gouvernement.
L’autre moment de crise dans la maison FCE a été vécu en 2014 dans un contexte électoral précédant la présidentielle de la même année qui a vu Bouteflika postuler pour un quatrième mandat.
Les partisans les plus zélés de la reconduction de Bouteflika à la tête de l’Etat sont parvenus alors à organiser un vote à main levée au cours duquel la motion de soutien à l’ex-chef de l’Etat a été adoptée.
Deux mois après la tenue de la présidentielle, Hamiani porte sur la place publique le forcing de certains membres du FCE à jouer un rôle dans le scrutin présidentiel avant d’acter sa démission en août de la même année.
La voie était alors grande ouverte pour que Haddad, patron de l’ETRHB, lui succède, en novembre 2014, dans l’unanimité de la composante du Forum.
Dans la maison de l’organisation patronale, on ne se lasse pas aujourd’hui de raconter comment feu Réda Hamiani a subi l’humiliation et la descente en mode «gangsters» dans son bureau d’un oligarque en herbe – aujourd’hui derrière les barreaux – le sommant de quitter les lieux… n