Le 65e anniversaire de la naissance de Matoub Lounès – il est né le 25 janvier 1956 – a été célébré avec une ferveur mêlée d’émotions, dans son village natale, Taourirt Moussa, à une trentaine de kilomètres au sud de Tizi Ouzou. A l’initiative de la fondation qui porte le nom de l’artiste, une cérémonie d’hommages et de recueillement à sa mémoire a été organisée hier, vendredi.

Par Houssem A. M. et APS
Beaucoup de citoyens ont pris part à l’hommage rendu au défunt artiste qui reste, pour beaucoup, un symbole d’engagement et de sacrifices, en sus des qualités artistiques indéniables de celui qui a célébré avec éclat l’amour et la patrie. Une gerbe de fleurs a été déposée sur sa tombe et sur le lieu de son assassinat. Un acte perpétré par un groupe terroriste à Tala-Bouanane sur le chemin menant de Tizi Ouzou à son village le 25 juin 1998. «Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des morts dans la mémoire des vivants», une réflexion tirée de son livre «Le rebelle» édité en 1996, est inscrite sur une banderole ornant le fronton du siège de la fondation éponyme, témoignant de la vision prémonitoire de l’artiste qui semble avoir pris rendez-vous avec son destin. Un destin tragique qui a libéré une aura déjà grandissante de son vivant. Chanteur populaire engagé dans le combat démocratique pour, clamait-il, «une Algérie meilleure et une démocratie majeure», Matoub a consacré sa vie et son art à la défense de la dimension amazighe de l’identité nationale, de la démocratie, de la laïcité et de la liberté, faisant siennes toutes les causes justes. Grièvement blessé lors des évènements d’octobre 1988, le chanteur s’était opposé à l’intégrisme islamiste et à son bras armé, le terrorisme qui a frappé l’Algérie en condamnant les assassinats perpétrés contre les élites politiques et intellectuelles et les petites gens dont il se faisait le porte-voix. Le 25 septembre 1994 au soir, il fut enlevé au lieudit Takhoukht, au Sud de Tizi Ouzou, par un groupe terroriste puis libéré au bout de deux semaines sous la pression de la forte mobilisation populaire suscitée par son kidnapping, notamment dans sa région natale. Auteur d’une riche discographie musicale produite durant sa carrière s’étalant sur 30 ans, encore reprise aujourd’hui par des artistes, œuvre de Matoub se confond avec les joies et les peines de sa vie d’homme, d’artiste, de militant et d’Algérien. Récipiendaire de plusieurs prix pour son combat, en Europe, au Canada et aux Etats-Unis, le chanteur a continué à mettre son art et sa notoriété au service du combat contre le terrorisme, pour la démocratie et l’Algérie jusqu’à son assassinat le 25 juin 1998. Une exposition retraçant la vie et œuvre du rebelle est, par ailleurs, organisée au niveau du hall de la maison de la culture Mouloud Mammeri, à l’initiative de la direction locale de la culture en collaboration avec la fondation Matoub Lounes. Hier, un hommage appuyé a été rendu à sa mémoire par les participants à la marche du Hirak.