Il y a cinq ans, jour pour jour, disparaissait Hocine Aït Ahmed, dont la mort a créé une véritable communion entre le chef charismatique et l’ensemble des Algériens, qui étaient des centaines de milliers à accompagner sa dépouille, une semaine plus tard, soit le 1er janvier 2016, à sa dernière demeure dans son village natal sur les hauteurs d’Aïn El Hammam, wilaya de Tizi Ouzou.

Son parti, le Front des forces socialistes (FFS) commémore aujourd’hui la disparition de son fondateur en 1963, soit au lendemain de l’Indépendance de l’Algérie, à travers un recueillement et le dépôt d’une gerbe de fleurs sur sa tombe au village Ath Ahmed.
Hocine Aït Ahmed était incontestablement une figure importante dans le mouvement national, qu’il a intégré dès son jeune âge pour hériter, à titre d’exemple, de la lourde responsabilité de diriger l’Organisation spéciale (OS) en remplacement de Mohamed Belouizdad.
Dans son ouvrage Aux origines du 1er Novembre 1954, Benyoucef Benkhedda met en évidence l’engagement d’Aït Ahmed pour la cause nationale. « Je sais qu’il a milité très jeune au PPA et qu’il a été parmi ceux qui ont répandu en Kabylie l’idée d’indépendance et la notion organisation, deux principes chers au parti (PPA-MTLD) dans les années difficiles de 1945 et 1946 », a-t-il écrit, relevant qu’Aït Ahmed « n’a pas hésité à sacrifier ses études dans la lutte et vivre la vie dangereuse de maquisard ».
Pour sa part, l’ancien Chef de gouvernement, Mouloud Hamrouche, avait indiqué, à l’occasion d’un hommage rendu à Aït Ahmed, qu’il « était un fin stratège, au parcours et au combat exceptionnel, multidimensionnel, pour un même idéal, l`indépendance et les libertés pour son pays et ses concitoyens ». M. Hamrouche a ajouté, par la même occasion, qu’Aït Ahmed se révélera « un fin diplomate et expert hors pair des enjeux mondiaux », témoignant qu’Aït Ahmed « conseillait toujours de transcender les clivages de chapelles et les dissensions pour l’intérêt de l’Algérie». Le combat d’Aït Ahmed, après avoir été celui de l’indépendance du pays, sera celui de la revendication démocratique et de l’Etat de droit, après l’Indépendance en 1962.
Et depuis le recouvrement de la souveraineté nationale, il n’a pas cessé d’œuvrer pour la construction d’un Etat dans un climat de pluralisme où tous les Algériens auront leur place. Il se retire de son parti politique en mai 2013.
« Rappelons-nous nos devoirs de vérité et de lucidité : mes convictions et ma ferveur sont toujours aussi vivaces qu’aux premières heures de mes soixante-dix ans de militantisme. Mais les cycles de la vie s’imposent à tous. Je dois ainsi vous dire que le moment est venu pour moi de passer le témoin… Je vous confie dès à présent le soin de maintenir le cap, de préserver et de développer le FFS, dans la collégialité, conformément à l’éthique qui a toujours guidé nos actions», soulignait-il à l’adresse des membres du conseil national auxquels il annonçait sa décision, six mois avant la tenue du congrès du parti, de ne plus être à la tête du FFS.
Au mois de mai 2013, le FFS organise un congrès dont l’ordre du jour était de désigner une nouvelle direction avec un aménagement statutaire donnant naissance à « une instance présidentielle » qui succèdera au titre de président du parti. C’est ainsi qu’un présidium de 5 membres a hérité de la lourde mission de gérer un parti, dont la vie se confondait avec celle de son fondateur. Mais, il n’a pas fallu beaucoup de temps pour voir le FFS vivre un malaise interne et se révéler vraisemblablement non préparé pour vivre sans son chef charismatique.
La première direction (Ali Laskri, Rachid Hallet, Mohamed Cherifi, Aziz Baloul et Saida Ichalamane) est vite partie en lambeaux avec le « retrait » d’Ichalamane et la radiation de Hallet dans une séquence qui a sérieusement fragilisé le parti. Conséquence : le parti a été contraint à un congrès extraordinaire dès lors que l’un des trois restants, Laskri en l’occurrence, a décidé de démissionner de l’IP, ce qui a impliqué le passage obligé par un congrès extraordinaire tenu le 20 avril 2018. Ce congrès élira une nouvelle direction composée de Laskri, Cherifi, Brahimi Meziani, Hayet Taiati et Sofiane Chioukh, mais qui ne résistera pas au poids des tiraillements internes et des guerres de leadership qui traversent le plus vieux parti de l’opposition démocratique.
Cette crise prendra une ampleur telle que même le siège du parti avait fait l’objet de bataille entre les belligérants alors que Laskri et Cherifi en avaient été violemment sortis par ceux que leurs partisans considèrent comme des « baltaguias ». Depuis le mois de juillet dernier, le parti s’est doté d’une nouvelle IP qui a pour mission de « réconcilier la famille du FFS » et de réunir les meilleures conditions pour la tenue d’un congrès ordinaire « rassembleur ». n