Face aux appels du ministère de la Santé pour faire revenir les médecins résidents au niveau des urgences et des services des gardes, qu’ils ont désertés depuis plus d’une semaine, et à la démarche visant à recruter des généralistes, les grévistes dénoncent des solutions de «bricolage» et estiment qu’ils n’ont de « leçon à recevoir de personne».

Entre le professeur Mokhtar Hasbellaoui et le Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra), c’est la guerre des déclarations, et le dialogue est suspendu jusqu’à nouvel ordre et sans le moindre espoir se profilant à l’horizon.
En effet, l’arrêt des gardes continue de susciter des réactions de la part des autorités, qui se trouvent dans l’impasse suite au chaos qui règne, depuis, dans les hôpitaux. Jeudi, en marge du 16e Congrès de la Société internationale francophone d’oto-rhino-laryngologie (ORL), le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a estimé que «toute personne portant une blouse blanche n’a pas le droit d’abandonner un malade ». Visés par cette déclaration, les médecins résidents répliquent que ce sont les responsables en charge du secteur qui ont abandonné le malade et il y a bien longtemps. «Le malade, ils l’ont abandonné d’une manière indirecte, en se cachant derrière leurs bureaux », dénonce le Dr Mohamed Taïleb, membre du bureau national du Camra. Joint hier par nos soins, notre interlocuteur s’est voulu plus explicite, mais virulent. «Abandonner un malade, c’est ne pas lui fournir des médicaments essentiels, de ne pas construire des hôpitaux, ni les équiper du matériel qu’il faut. Abandonner des malades, c’est lorsque l’on ne répare pas le scanner en panne dans les urgences !», ironise-t-il, estimant que les responsables du secteur de la santé « ont abandonné les malades il y a bien longtemps». «Donc, on n’a pas de leçons à recevoir», assène le Dr Taïleb.
Le délégué du Camra a, en outre, réagi aux propos du ministre concernant le recrutement de 600 médecins généralistes au niveau des services d’urgences des centres hospitalo-universitaires (CHU) et des Etablissements hospitaliers publics (EHP), qui, selon Hasbellaoui « n’a aucun rapport avec le remplacement des médecins résidents, mais intervient dans le cadre du renforcement de ces services en vue d’améliorer leur rendement au sein d’un réseau de soin moderne ». Pour Mohamed Taïleb, il s’agit purement et simplement d’une « énième tentative de faire croire qu’on n’est pas indispensables au niveau des urgences et que 15 000 résidents peuvent être remplacés par 600 généralistes ». « C’est rabaissant ! », s’indigne-t-il, ajoutant que « nos confrères généralistes sont des médecins ayant un doctorat et ne doivent pas être rabaissés à des bouche-trous en recevant 15 000 DA par mois et dans le cadre du pré-emploi».
Notre interlocuteur accuse le ministère de tutelle de « recourir à des solutions temporaires, au lieu de chercher des solutions durables pour gérer en partie la crise des résidents et de manière définitive les urgences ». Il rappelle, à cet effet, qu’à maintes reprises le Camra a appelé à créer des centres de tri, mais sans que cette revendication soit prise en charge. En agissant de la sorte, c’est-à-dire le recours à la grève illimitée et l’arrêt des gardes, « les médecins résidents visent le moyen et le long terme, et rejettent le bluff et l’hypocrisie des solutions de court terme », soutient le Dr Taïleb. Après le sit-in régional tenu jeudi dernier au CHU Mustapha-Pacha, où ils ont réaffirmé leur « solidarité et union » face aux tentatives qui cherchent à briser le mouvement, les médecins résidents comptent maintenir la pression jusqu’à satisfaction de leurs revendications, tout en se disant disposés à un dialogue sérieux. « Il y a des discussions autour des actions à entreprendre au cours de cette semaine », a déclaré le délégué du Camra, sans plus de détails. Alors que la tutelle ne cesse de répéter que « les portes du dialogue restent ouvertes », il répondra que, jusqu’à présent, « il n’y a eu aucun contact officiel avec le ministère de la Santé pour la reprise des négociations ». « C’est l’impasse totale », regrette Mohamed Taïleb.