Une partie importante du territoire national repart aujourd’hui pour un nouveau round de confinement partiel. L’objectif est de casser une courbe épidémique qui reprend de plus belle et met nos structures sanitaires sous une pression dangereuse. Face à ce contexte de menace de saturation et d’épuisement des ressources anti-Covid, devant le risque de déstabilisation de nos activités essentielles, dont celles de l’enseignement et de l’éducation, le respect des mesures barrières est incontournable pour ne pas subir de nouvelles conséquences. A tous les niveaux !

C’est aujourd’hui qu’entrent en vigueur les nouvelles mesures de confinement sanitaire pour vingt-neuf wilayas. Cette situation qui traduit un «retour en arrière» trouve son explication dans la recrudescence des cas confirmés de coronavirus, voire de «l’explosion» du nombre de cas dans plusieurs régions du pays, selon les médecins, ce qui risque de compliquer davantage la prise en charge de nouveaux malades. C’est ce qui explique que neuf nouvelles wilayas, jusque-là épargnées par le confinement et dont nombre d’entre elles n’enregistraient aucun cas de coronavirus pendant plusieurs semaines, ont été intégrées dans la liste de celles concernées par le reconfinement partiel à domicile et toutes les autres mesures de restriction.
La situation que vit l’Algérie actuellement est le résultat du relâchement en matière de respect des gestes barrières, s’accordent à dire les professionnels de la santé, qui avouent leur incapacité à pouvoir prendre en charge les malades si la hausse des cas se poursuit à la même cadence que celle des derniers jours. C’est une deuxième vague plus «sévère», voire plus «violente», s’accordent-ils à dire encore. Ce ne sont pas de simples palabres, mais une réalité constatée sur le terrain, avec des hôpitaux pleins. Que ce soit à Blida, Alger, Oran, Béjaïa ou Jijel, la situation est «grave».
Dans la capitale, au Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha, les 300 lits réservés au Covid sont déjà occupés par les malades depuis quelques jours déjà, ce qui nécessite l’ajout d’autres lits, selon son directeur général. C’est pratiquement la même situation que connaît l’hôpital Nafissa-Hammoud (ex-Parnet) où il y a de plus en plus de patients qui sont «en train de faire des complications» et de «nouveaux lits» d’hospitalisation doivent être dégagés pour pouvoir recevoir les nouveaux malades qui affluent chaque jour un peu plus. A Blida, la situation est encore plus tendue. Il est très difficile de faire admettre encore de nouveaux malades, la quasi-totalité des hôpitaux de cette wilaya affichant complets, de l’aveu-même des praticiens qui y exercent. Le Pr Yacine Kheloui, chef de service pneumologie, regrette que l’on soit arrivé à cette situation qui était pourtant «prévisible», car faisant suite au «relâchement que tout un chacun peut constater partout où il va», a-t-il dit.
C’est le même constat au niveau de la wilaya de Béjaïa. Pour la seule journée de samedi, pas moins de 500 malades ont été hospitalisés dont 80% nécessitent une mise sous oxygénation, a révélé le directeur de la santé et de la population (DSP), qui a lancé un appel aux citoyens pour le respect des mesures préventives contre le coronavirus. «Nous lançons un appel solennel à la population à respecter le port de la bavette et la distanciation sociale, car la situation est plus qu’inquiétante et à plus d’un titre, notamment la hausse des cas Covid qui ne cesse d’augmenter depuis le 22 septembre», a-t-il déclaré.

Risque de manque d’oxygène
Le plus dramatique, a-t-il fait savoir pour sensibiliser plus la population, c’est qu’il y a de plus en plus de personnes âgées qui sont contaminées par le coronavirus. «La particularité de cette vague est que les malades qui arrivent sont plus âgés que les cas précédents, et le plus souvent ils se présentent tardivement aux hôpitaux avec un tableau nécessitant la mise sous oxygène. On ne comprend pas pourquoi ils viennent tard et pas lorsqu’ils sentent les premiers symptômes», a-t-il encore dit.
L’inquiétude devient plus grande lorsqu’il indique que «la consommation d’oxygène a explosé, les capacités sont largement dépassées et risquent de ne pas suffire». Et d’ajouter : «Nous allons arriver à saturation et si les citoyens ne s’impliquent pas tout de suite avec nous dans la lutte que nous menons contre le coronavirus, nous arriverons à une situation où nous serons dans l’incapacité de prendre en charge tous les malades qui se présentent».
Ses propos sont confirmés par la directrice générale du CHU de Béjaïa qui a fait état d’un «déficit en sources d’oxygène» et alerté quant à la «saturation de deux autres hôpitaux» à tel point que les malades ont été transférés vers d’autres structures sanitaires. Ce qui l’amène elle aussi à lancer un «appel d’urgence» à la population à respecter les mesures préventives pour vaincre cette pandémie ou, du moins, atténuer ses effets.
La wilaya de Jijel est également en état d’alerte, puisque sa direction de la santé a sollicité le renfort du secteur privé, avec un appel aux professionnels qui y exercent de venir en aide aux personnels des établissements hospitaliers de la wilaya, qui a totalisé, à elle seule, près d’un millier de cas le mois dernier, toujours en raison du relâchement, selon les médecins.
Ainsi, la situation se complique de plus en plus et la prise en charge de l’ensemble des nouveaux malades se trouve compromise avec l’arrivée par centaines de nouveaux malades chaque jour. Les appels à plus de vigilance pour préserver les acquis n’ont pas eu l’effet escompté auprès d’une bonne partie de la population. Ce qui n’est pas pour décourager ceux qui ont prêté le serment d’Hippocrate et qui continuent de miser sur la prise de conscience individuelle et collective. Eux qui sont pourtant à pied d’œuvre depuis plus de huit mois avec tout ce que cela suppose comme forte pression et épuisement. La vigilance des citoyens qu’ils sollicitent et à laquelle ils appellent de tous leurs vœux n’est pas seulement pour eux, mais pour la population tout entière, sachant que le coronavirus a déjà fauché plus de 2000 vies en Algérie.