Le dernier conseil des ministres avait instruit, dimanche dernier, de « faciliter l’octroi des crédits » comme il a invité à la rigueur fiscale par le « recouvrement des impôts et taxes » ainsi que les « crédits octroyés par les banques publiques ».
Ainsi, l’appel à accélérer le recouvrement de crédits accordés par les banques publiques aux opérateurs économiques privés souligne la préoccupation de l’Exécutif au vu des créances en souffrance, dépassant selon la Banque d’Algérie les 100 milliards de dinars à fin 2019. Et quand on sait que le non-recouvrement de ses créances peut mettre en difficulté de fonctionnement les banques créditrices et privant également le Trésor public de liquidités qui puissent répondre aux besoins de financement de projets structurants, il convient, comme l’ont souvent souligné des consultants en finances, de mettre en place une stratégie de recouvrement adéquate. « L’objectif est de pousser les créanciers à procéder aux remboursements des crédits qui leur ont été octroyés. Il ne s’agit nullement de leur mettre le couteau sous la gorge mais d’établir un échéancier de remboursement dont les traites doivent être conséquentes, c’est-à-dire toutes en rapport avec les bénéfices que réalisent les créanciers. C’est le seul moyen qui se présente pour accélérer le recouvrement des crédits octroyés », selon Hind Benmiloud, avocate agréée à la Cour suprême et au Conseil d’Etat. Cette dernière, contactée par nos soins hier, nous a également indiqué, concernant les créanciers récalcitrants, que « les pouvoirs publics devant cette prise de position se retrouveront dans l’obligation d’aller puiser directement dans les entrées d’argent que réalisent ceux qui affichent un refus délibéré de se soumettre aux règles de remboursement en vigueur ». En somme, pour notre interlocutrice, la procédure de recouvrement par étape,
« la première sera d’établir après consentement du débiteur un échéancier de recouvrement. Et si aucun terrain d’entente n’est trouvé, il faudra passer à l’étape d’aller piocher dans les bénéfices réalisés et les revenus. Et quand l’entreprise ne réalise pas de bénéfice, il ne restera plus que de se pencher sur les comptes personnels des créanciers et confisquer leurs biens immobiliers ». Pour conclure Hind Benmiloud souligne qu’« il faut à tout prix recouvrir toute ces créances par tous les moyens légaux dans la mesure où la situation financière du pays ne saurait s’accommoder de la faiblesse des recouvrements des crédits accordés jusqu’ici aux opérateurs économiques privés ».
Pour sa part, le consultant Omar Berkouk estime que « le souhait du gouvernement algérien de recouvrer au plus vite les crédits bancaires octroyés par les Banques publiques est une piste sans issue ! » Et d’arguer dans ce sens : « L’encours des crédits non performants au secteur privé des six banques publiques est de l’ordre de 1 500 MDS DZD, auxquels il faut ajouter les crédits au secteur public en souffrance. Et donc, si l’on exclut le secteur public qui dispose en dernière instance de la garantie de l’Etat, il reste un montant colossal de créances douteuses dans les bilans des banques publiques algériennes, dont le recouvrement est quasiment impossible. » Toujours à propos de ces créances, notre interlocuteur nous fera remarquer qu’« il s’agit de créances sur des activités dont l’actif net est inférieur à leur passif et d’où elles n’ont pas de garanties valables ou de garanties surévaluées par rapport à la valeur des prêts. La plupart de ces prêts ont été accordés sans véritable justification économique ». Il a également estimé que dans le contexte de crise économique et financière du pays, les trésoreries des entreprises endettées sont exsangues. « Il est illusoire de penser pouvoir obtenir le remboursement des prêts consentis », a-t-il lâché. Omar Berkouk nous a par ailleurs précisé dans ce même ordre d’idées que « la situation bilancielle des banques publiques s’en trouve aggravée et limite leur capacité d’intervention et de financement ». Notre interlocuteur a conclu enfin : « Ces banques devront passer par pertes et profits ces crédits et nécessiteront une recapitalisation de l’Etat actionnaire pour pouvoir reprendre leurs activités de financement de l’économie algérienne.»
Notons enfin que certains consultants financiers locaux n’ont eu de cesse, sur la question des crédits non remboursés, notamment dans la conjoncture de difficultés financières que traverse le pays ces dernières années, d’instituer de nouvelles règles. Autrement dit « de rendre la fonction de recouvrement rapide et surtout sans aucun retard », prônent les consultants financiers.