La situation qui prévaut, ces derniers temps, par rapport à la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19), en Algérie, laissait largement supposer que le confinement allait être prolongé. La décision annoncée hier par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, de prolonger de 15 jours la période de confinement, qui expire demain, jeudi 14 mai, était largement prévisible. Une décision qui a également été saluée par nombre de professionnels de la santé et par de nombreux citoyens qui se sont dit soulagés.

En effet, que ce soit sur le plan épidémiologique ou sur le plan comportemental de la société d’une façon générale, deux facteurs étroitement liés en termes d’évolution de la situation pandémique, le choix ne pouvait être que celui de la prudence pour laquelle a opté le gouvernement. En somme, toutes les données sur lesquelles devaient s’appuyer les autorités pour trancher la question de l’éventualité d’aller vers un déconfinement ou, du moins, vers un assouplissement, plaidaient plutôt pour la reconduction du confinement.
La hausse du nombre de cas positifs de coronavirus, qui se maintiennent depuis plusieurs jours largement au-dessus de la centaine, pour se rapprocher le plus souvent de la barre des 200 par jour, ne permet pas de baisser la garde dans cette lutte acharnée que mène l’Algérie contre cette pandémie mondiale. Les spécialistes de la santé dans leur ensemble, ceux qui travaillent avec les malades Covid-19 ainsi que les autres, sont tous unanimes à estimer que le pays n’est pas encore prêt à passer à un déconfinement en l’état actuel des choses.
Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a annoncé la couleur, avant-hier, lundi, en déclarant que si déconfinement il devait y avoir, celui-ci ne saurait se faire sans une situation «stable et durable» de la pandémie. «Un déconfinement n’est envisageable que lorsqu’on constatera une amélioration notable et durable de la situation sanitaire, lorsque le nombre des nouveaux cas positifs sera réduit à un seuil moins inquiétant et lorsqu’on s’approchera de zéro décès», avait-il fait savoir.
Lors de son intervention, hier, depuis Oran où il accompagnait le Premier ministre en visite dans cette wilaya, il est encore une fois revenu sur «la nécessité du port du masque et de la bavette pour les citoyens dans les lieux publics» afin d’«éviter la contamination au Covid-19 et endiguer sa propagation, et dépasser, ainsi, le danger qui pèse sur la vie des citoyens».
Vers le dépistage d’un plus grand nombre
Le ministre a tenu à noter que «l’Algérie enregistre près de 200 cas confirmés par jour lors de cette dernière période», ajoutant que «nous disposons actuellement de 20 centres de dépistage de Covid-19 répartis à travers le territoire national», ce qui permet de tester le plus grand nombre possible, cela d’autant que le pays s’est lancé dans la production de tests de dépistage rapides avec l’entrée en service d’une usine à Alger qui devra produire 200 000 tests par semaine.
Pour le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus en Algérie, le confinement et le respect des autres mesures de prévention sont «la seule voie» pour dépasser la crise sanitaire de Covid-19.
«Les différentes mesures prises par les autorités, ainsi que le confinement, même si celui-ci n’a pas été rigoureusement suivi par l’ensemble de la population, les règles de prévention et les gestes barrières ont démontré que c’est la seule manière de s’en sortir dans le combat contre le Covid-19», a-t-il déclaré. Ajoutant que le pays n’a d’autre choix que de persévérer dans ce sens. Il salue donc la décision de reconduire le confinement car, souligne-t-il, «c’est la seule voie qui nous permettra de casser la chaîne de transmission du Covid-19».
Il a tenu, à relever, dans ce sens, que le niveau des contaminations, même s’il a tendance à fluctuer de façon quotidienne, il n’empêche que sa fluctuation tend plus vers la hausse du nombre de cas déclarés et diagnostiqués que vers le bas, alors qu’avant, nous n’avions jamais dépassé le chiffre de 200 contaminations par jour. «Ce qu’on peut dire c’est que ces chiffres sont restés assez hauts pour que nous puissions passer à un déconfinement. Donc, on ne peut pas aller vers un déconfinement avec un nombre de contaminations fluctuant plutôt à la hausse», a dit, Dr Berkani qui, rappelle-t-on, a été parmi les premiers à plaider pour le maintien du confinement encore quelque temps. Il a, toutefois, tenu à noter que «la diminution du nombre de décès est un bon signe, un indicateur que la situation est maîtrisée», tout en signalant et en insistant que «la vigilance doit être maintenue devant la hausse des cas confirmés de contamination qui ont touché maintenant les 48 wilayas du pays».

Insistance sur le port du masque
Tout comme le ministre de la Santé, Dr Bekkat Berkani, qui est également président du Conseil national de l’ordre des médecins, est revenu lui aussi sur le port du masque qu’il considère comme la première barrière contre la contamination. «Il faut que toute la population se mette à porter un masque ou une bavette dans les espaces et lieux publics notamment. C’est ce qu’on appelle le confinement portable qui veut dire «vous portez un masque, vous êtes confinés», a-t-il réitéré. Un avis sur lequel il est entièrement rejoint par le Dr Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), qui estime que le port du masque devrait être obligatoire. Pour lui, comme pour tous ceux qui ont parlé du port du masque, d’ailleurs, il n’est pas nécessaire d’en avoir un qui soit acheté en pharmacie, les gens peuvent très bien acheter les masques de fabrication artisanale ou les confectionner à la maison. «L’essentiel c’est de porter un masque quand on sort de chez soi», préconise-t-il, avant de saluer la reconduction du confinement.
Ainsi, il semble que les différents spécialistes du secteur de la santé sont unanimes qu’on ne peut pas aller vers un déconfinement avec des chiffres de contamination en hausse et des comportements qui favorisent cette hausse, d’où leur adhésion à la décision de prolonger le confinement annoncée hier par le Premier ministre. Il faut dire aussi que bon nombre de citoyens se sont dit soulagés après la prise de cette décision. Les spécialités disent qu’ils suivront de très près l’évolution des chiffres de contaminations et de décès pendant les quinze jours à venir pour pouvoir se prononcer sur la situation et donner, par la suite, leur avis sur le déconfinement à venir.<