La position de la Russie concernant les recommandations faites par le comité technique conjoint Opep-non Opep (JTC) se fait toujours attendre, alors que les prix du pétrole évoluent à leur plus bas depuis plus d’une année. Des recommandations qui, pour rappel, ont sanctionné la réunion du JTC, du 4 au 6 février à Vienne, portant sur une prolongation de l’accord de réduction en cours
(1,7 million de barils par jour) jusqu’à 2020 ainsi qu’une réduction additionnelle de 6 000 barils par jour jusqu’à la fin du deuxième trimestre de 2020.
A travers cette démarche de crise, l’Opep+ espère au moins juguler la chute dangereuse de l’or noir, sous l’effet d’une demande chinoise ayant nettement reculé par la force du coronavirus qui frappe dans ce pays et ralentit l’économie dans ce pays.
Mais les pays représentés au JTC n’ont toujours pas reçu de réponse de la Russie, chef de file des pays partenaires de l’Opep dans l’accord de réduction. Le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, s’était contenté de déclarer, vendredi dernier, au lendemain de la fin de la réunion de Vienne, que son pays attendait de voir l’évolution du marché pétrolier pour faire connaître sa position sur une éventuelle réduction supplémentaire de production de pétrole.
M. Novak a de nouveau abordé le sujet hier pour se contenter de dire que Moscou « étudie attentivement » la recommandation du comité technique «afin de déterminer une approche équilibrée en fonction de l’intérêt du marché dans son ensemble ».
L’agence étatique russe TASS a rapporté qu’une réunion se tiendrait sur le sujet aujourd’hui mercredi, en présence de M. Novak, citant deux sources proches du dossier.
Sauf que l’attente de la Russie fait aussi attendre les pays composant l’Opep+ qui fonctionne par consensus de tous les participants à la réunion. Une attente qui intervient alors que l’obligation d’avaliser les recommandations du JTC est devenue une urgence dans une configuration de marché qui met en péril les intérêts de ces derniers, et menace même les équilibres budgétaires de nombreux parmi eux.
Hier, le très léger rebond des prix du brut n’avait sans doute rien d’un signe à faire sauter de réjouissance l’Opep+, sachant que le marché évolue toujours avec une série inédite de baisse qui fait perdre au baril plus de 20% de sa valeur d’il y a quelques semaines.
A Londres, le Brent de la mer du Nord pour livraison en avril valait 54,42 dollars dans l’après-midi, en hausse de 2,16% par rapport à la clôture de lundi, alors qu’à New York, le baril américain de West Texas Intermediate (WTI) pour mars gagnait 1,78%, à 50,45 dollars.
Cette montée « ressemble plus à un rebond technique », a tempéré Tamas Varga, analyste de PVM, alors que, de son côté, Carlo Alberto De Casa, de Activtrades, a relevé que la tendance globale restait « baissière » et que « les investisseurs restent prudents car l’impact du coronavirus est toujours flou ». Le bilan de l’épidémie de pneumonie virale a franchi mardi la barre des 1 000 morts en Chine, sur plus de 42 000 cas confirmés de contamination. Les mesures prises par le gouvernement chinois pour endiguer l’épidémie pèsent sur la demande intérieure en or noir, poussant le géant chinois de l’énergie PetroChina à « réduire ses capacités de 320 000 barils par jour », a rapporté M. Varga.
« Les prix ne devraient pas monter davantage sans réponse coordonnée des membres de l’Opep+ pour limiter le surplus de l’offre », a estimé Eugen Weinberg, de Commerzbank. Une réponse qui attend une autre réponse, celle de la Russie.