Les cours du brut ont perdu environ 20% de leur valeur depuis près d’un mois et 4% sur la seule dernière semaine de cotation, mettant ainsi nombre d’économies à rude épreuve, dont l’économie algérienne, fortement dépendante du niveau de cotation du Sahara Blend. L’offre sur le marché est telle que l’on redoute déjà un probable remake du scénario de juin 2014, lorsque les excédents ont été à la source d’une chute vertigineuse des prix.

En plus d’une offre américaine qui carbure à plein régime avec, au compteur, 11,6 millions de barils par jour produits et 5,8 millions de barils de plus qui sont venus alimenter les stocks la semaine dernière, la production de l’Opep a atteint son plus haut niveau depuis 2016 en octobre, tandis que la Russie a pompé 11,4 millions de barils par jour, un record post-soviétique. Face à cette offre qui n’a jamais été aussi abondante depuis le contrechoc de 2014, la demande, elle, montre des signaux d’essoufflement, pénalisée par une croissance molle dans les économies émergentes, en Chine plus particulièrement. La chute des prix de ces dernières semaines a été ressentie par tous les producteurs, à tel point que l’Arabie saoudite, poids lourd du marché, réclame d’ores et déjà que l’on revienne sur les décisions de juin dernier et qui portaient sur l’abandon du mécanisme des quotas et une hausse d’environ 1 million de barils/jour l’offre pétrolière des pays signataires des accords de décembre 2016. L’Arabie saoudite qui s’était engagé corps et âme dans cette remise en cause des accords de décembre 2016 plaide quelques mois plus tard pour un retour aux accords de 2016. Visiblement, Riyad n’en finit pas avec ses revirements spectaculaires qui ont mis le marché, faut-il le reconnaître, dans une situation d’instabilité quasi-chronique. Les inquiétudes sur la santé des économies des pays exportateurs du brut ont refait surface au fur et à mesure que les cours s’enfoncent dans le rouge. L’économie algérienne n’est pas en reste. Les tensions financières, nées de la chute des prix du pétrole depuis juin 2014, ne se sont pas encore estompées et voilà que le risque d’une seconde dépression pointe à l’horizon. La dernière remontée des cours du brut a permis au pays de freiner quelque peu l’aggravation des déficits et d’arrêter, par la même, les tirages de monnaies, en attendant que le marché puisse retrouver son équilibre. Cependant, avec cette nouvelle baisse des prix, les déficits risquent d’évoluer en roue libre, les réserves de change chuter davantage et le recours à la dette se confirmer encore pour les années à venir. Déjà que le budget 2019 ne pourrait s’équilibrer en dessous d’un baril à 88 dollars, de l’avis de nombre d’économistes et d’analystes financiers. A moins de 88 dollars le baril, il est clair que le pays fera appel davantage à la planche à billets pour pouvoir couvrir le déficit budgétaire, couvrir certaines dépenses à caractère urgent et financer des budgets d’équipement, quitte à flirter avec des niveaux problématiques de la dette interne.
L’assainissement des finances publiques, abandonné en 2017 et 2018, tout comme l’ajustement budgétaire, n’a jamais semblé aussi urgent. La rechute des cours du brut rappelle, qu’on le veuille ou pas, le caractère vulnérable de l’économie algérienne, confrontée, à nouveau, à des problèmes importants ; la croissance du PIB devrait ralentir en 2019 et le chômage rebondirait, alors que les tensions inflationnistes pourraient être de retour dès 2019 si l’Exécutif venait à remettre en marche la planche à billets à même de compenser la chute des revenus issus de la commercialisation des hydrocarbures. La contraction des réserves de change, un élément important attestant la solvabilité du pays, pourrait également s’accélérer sous l’effet d’une balance des paiements qui s’installe confortablement dans le rouge. La rechute des prix du pétrole est bon gré, mal gré une très mauvaise nouvelle pour l’économie algérienne qui peine à se remettre de la chute de 2014.