Tous les regards sont orientés vers la capitale autrichienne, Vienne, où se tient, aujourd’hui, une rencontre décisive de l’Opep avant que cette entrevue ne soit élargie, demain, aux partenaires non-Opep, dont la Russie. Réunion décisive étant donné que la conjoncture ne laisse plus aucun choix à l’Opep, prise en tenailles entre la nécessité de calmer le marché par une nouvelle réduction substantielle et de voler au secours de ses membres, dont les économies chavirent dangereusement conséquemment à la forte baisse des revenus en devises, due à la rechute des prix du pétrole. Depuis quelques mois, le marché était en proie au différend commercial opposant la Chine au Etats-Unis ainsi qu’aux tensions au Moyen-Orient avant que le coronavirus vienne le déboussoler complètement. Mais le marché pétrolier souffre de problèmes structurels qui empêchent la reprise des cours même lorsque les tensions baissaient sur le front de la géopolitique. Il s’agit de la hausse des stocks mondiaux du pétrole et de la production américaine qui se hisse au premier rang des producteurs mondiaux de brut. L’Algérie, membre de l’Opep, qui pompe en moyenne 1 million de barils par jour, a vu ses positions financières internes et externes se fragiliser depuis le contrechoc pétrolier de la mi-2014. Le pays a perdu 132 milliards de dollars sur ses réserves de change conséquemment au creusement du déficit de la balance des paiements et 5 000 milliards de dinars sur ses avoirs stockés en interne compte tenu de la hausse du déficit du Trésor. L’économie s’était beaucoup affaiblie à son tour, pâtissant de la politique d’austérité qui a touché le budget d’investissement en 2016-2017, mais aussi au déclin d’activité que connaissait le secteur des hydrocarbures. L’économie algérienne réalisait une croissance d’à peine 2,5% depuis 2015 en dépit d’importantes dépenses injectées dans l’équipement sous forme d’investissement budgétaire, soit près d’un tiers du PIB. Près de six années après, l’Algérie fait face à un nouveau risque de baisse vertigineuse des prix. La seule bonne nouvelle qui pourrait éviter au pays une telle perspective est la réussite des réunions de l’Opep et de ses partenaires. Autrement, une nouvelle dégringolade des cours, semblable à celle de la mi-2014, qu’aggraverait la propagation à grande échelle de l’épidémie du coronavirus, ne fera que compliquer davantage d’équation budgétaire à laquelle fait face l’actuel gouvernement. Selon Nazim Zouioueche, ancien P-DG de Sonatrach, au plan de la production du pétrole par l’Algérie, une nouvelle réduction de l’offre de l’Opep n’affectera que marginalement l’Algérie puisque, déjà, « nous produisons un peu en dessous du quota actuel, alors que les prévisions futures ne sont pas très encourageantes (la production chute depuis 2008). Quant à l’impact sur l’économie, celui-ci « risque de s’inscrire négativement », selon l’ancien P-DG de Sonatrach. « Il devient de plus en plus nécessaire de prendre les mesures ad hoc pour atténuer la dépendance aux hydrocarbures. Au-delà de la réduction des importations, qui s’avèrent difficiles, il faudrait revoir notre politique de subvention et développer une diversification de notre économie en utilisant une partie de nos réserves restantes et créer les conditions pour accroitre les IDE en améliorant le climat des affaires », estime Nazim Zouioueche, dans une interview accordée à l’APS. Ce dernier souligne dans la même foulée que « l’assainissement des finances publiques doit être entrepris au plus vite tout en mettant en place les conditions pour améliorer le recouvrement de l’impôt. La dépense publique doit être revue dans le sens de la contraction en faisant de la maîtrise des coûts une priorité ».
Mourad Preure, consultant et expert en énergie, estime lui aussi que le marché pétrolier risque « un véritable choc baissier » qui ne sera pas sans conséquences sur l’Algérie. Mourad Preure, lors de son passage, hier, dans les studios de la radio algérienne, s’attend à une baisse des recettes qui devraient se situer entre 20 et 34 milliards de dollars cette année. Très insuffisant pour faire face au train des dépenses prévu dans la loi de finances 2020, bien que celle-ci contenant une tendance austère dans la partie équipement. Pour ainsi dire, l’Algérie fait face à une situation complexe qui pourrait s’aggraver si l’Opep ne réussirait pas à calmer le marché et à faire remonter les cours.<