Le département d’histoire de l’université d’Alger II (Bouzaréah) a été hier le lieu de soutenance d’une thèse de doctorat sur les ulémas et le mouvement islahiste en Algérie durant la période coloniale.
Ce travail de recherche universitaire a été réalisé par la jeune historienne Afaf Zekkour qui a bouclé plusieurs années d’investigations et de plongées dans les archives de ce courant associatif, politique
et religieux engagé dans l’affirmation nationale algérienne avant l’indépendance.

Sa thèse, brillamment soutenue hier, est une continuation d’un projet déjà entamé alors qu’elle soutenait son mémoire de magistère. Elle concerne en particulier l’«islahisme» algérien du périmètre urbain algérois et porte sur une séquence temporelle allant de 1931 à 1956, année durant laquelle les Oulémas ont annoncé leur ralliement au FLN combattant.
«L’Association des Ulémas musulmans algériens : création et évolution de l’Islah et ses structures dans la ville d’Alger 1931-1956», c’est l’intitulé de la thèse, «est un travail que j’ai pu accomplir grâce à l’examen d’archives publiques conservées en Algérie ainsi qu’à Versailles en France», indique Afaf Zekkour. L’historienne ajoute qu’elle s’est occupée également à consulter des «archives personnelles et familiales» de figures historiques du mouvement islahiste algérien «à l’exemple de Cheikh El Okbi» sans compter la consultation de l’abondante presse de l’époque, les Oulémas ayant publié et édité plusieurs journaux pour la diffusion de leur discours et de leur pensée au sein de l’opinion algérienne.
A la question pourquoi Afaf Zekkour a concentré sa recherche d’historienne sur la ville d’Alger et sur la période allant de l’avant-seconde guerre mondiale à l’année 1956, elle répond que la problématique des Oulémas et de l’islahisme en Algérie durant la période coloniale est d’une richesse telle qu’il est impossible d’appréhender dans sa globalité par un seul travail. «Contrairement à ce que l’on croit, et en dépit des nombreux travaux réalisés dans le passé, beaucoup de choses restent à découvrir et à dire de ce mouvement», affirme-t-elle. La jeune historienne, indique-t-elle, milite pour que le champ des études historiques soit ouvert à d’autres disciplines telles la psychologie et la sociologie pour mieux saisir l’évènement passé, son importance, ses enjeux, dans le contexte où il se déroule. «L’interdisciplinarité est devenue incontournable», déclare-t-elle avant de plaider pour la valorisation des «sources orales» car, selon elles, les «sources écrites», bien qu’elles disent beaucoup de choses, ne disent pas tout. Elles ont besoin d’être complétées et enrichies, d’où, «l’importance des témoignages recueillis de vive-voix», dit-elle.
«Les témoignages aident à mieux identifier les acteurs et les relations qu’ils entretenaient entre eux, à mieux saisir la complexité de ces relations et le sens historique qu’elles portent, ce qui n’existe pas souvent dans les archives écrites», plaide encore Mme Zekkour. En ce qui concerne l’histoire des Oulémas et du mouvement islahiste qu’on dit réformiste aussi, l’historien Daho Djerbal, présent à la soutenance, déclare que «des pans entiers de cette histoire sont ignorés» voire oublié, «d’où l’importance de l’arrivée d’une nouvelle génération de chercheurs et son intérêt pour la genèse et le parcours de ce courant avant 1962.
Selon Daho Djerbal, «le domaine des études sur le mouvement Islah et des ulémas est devenu une histoire officielle de l’Etat algérien et des ulémas eux-mêmes», ce qui contribue malheureusement à dévitaliser et «sélectionner» cette histoire et à la mobiliser, non plus pour l’Histoire, mais pour des objectifs politiques qui font passer à la trappe des faits importants à connaître. «La recherche va nous montrer qu’il y a des aspects de cette histoire qui sont ignorés» et que «l’histoire officielle n’a, par exemple, gardé des membres fondateurs de l’Association des Oulémas que quelques noms, soit cinq, alors que leur nombre dépasse les 80».