Près de neuf ans après le dernier appel d’offres à l’adresse des investisseurs étrangers, l’agence nationale de valorisation des hydrocarbures Alnaft va lancer ce premier trimestre 2023 un nouvel appel d’offres en matière d’exploration et de développement de gisements. La compagnie nationale Sonatrach est, ainsi, attendue sur ses efforts en matière d’attractivité pour inverser la tendance des investissements directs étrangers dans le secteur, à savoir une baisse de ces investissements enregistrée ces dernières années, voire depuis 2010.

Par Khaled Remouche
La relance des investissements directs étrangers devient une urgence avec cette nécessité pour Sonatrach de sécuriser à moyen terme l’approvisionnement du marché domestique en produits énergétiques, d’augmenter les exportations d’hydrocarbures dans une conjoncture née de la guerre Russie-Ukraine qui devrait placer l’Algérie comme alternative sérieuse pour l’Europe dans sa quête de réduction de sa dépendance à l’égard du gaz russe. Il convient de noter à ce sujet que Sonatrach fait face ces dernières années à une chute des investissements étrangers, d’ailleurs observée depuis 2010. La crise sanitaire a également joué dans ce reflux des investissements étrangers. En effet, en 2021, Sonatrach a enregistré seulement 900 millions de dollars d’investissements engagés par les associés, c’est à dire les compagnies étrangères présentes en Algérie et partenaires de Sonatrach, contre 4 milliards de dollars en 2011 injectés par les partenaires étrangers uniquement dans le développement des gisements. Cette tendance baissière s’explique notamment par l’absence d’appels d’offres depuis le quatrième lancé en 2014, la longue période enregistrée entre la découverte d’hydrocarbures et la mise en service du gisement, la réglementation qui encadre le secteur, un dialogue insuffisant avec les représentants des compagnies étrangères et le climat des affaires. L’un des signes de ce reflux des investissements est le départ de compagnies comme BP et l’absence de nouvelles compagnies impliquées dans le développement de l’amont algérien. Aujourd’hui, les choses semblent s’améliorer. La nouvelle loi sur les hydrocarbures semble plus attractive avec une baisse de la fiscalité sur les activités d’exploration et de production. C’est sur la base de cette nouvelle réglementation que Sonatrach a signé 3 contrats portant sur 6 milliards de dollars d’investissements, avec respectivement la compagnie italienne Eni fin 2021, la Chinoise Sinopec et le consortium Oxy, Eni et Total Energies en 2022. Le PDG de Sonatrach Toufi Hakkar dans un entretien publié récemment par MEES a relevé qu’à travers ces contrats de partenariat, la compagnie nationale pétrolière et ses associés continuent à développer les gisements notamment de pétrole de Hassi Berkine, d’El Merk et Zarzaitine, en améliorant le taux de récupération du pétrole brut, du GPL et du condensat et en prolongeant la durée de vie de ces gisements.

L’appel d’offres d’Alnaft lancé le premier trimestre 2023
En ce sens, l’agence nationale de valorisation des hydrocarbures Alnaft compte lancer ce premier trimestre 2023 le nouvel appel d’offres en matière d’exploration et de développement de gisements à destination des compagnies étrangères. «Certains blocs opérés par Sonatrach qui sont en phase d’exploration intéressent de nombreuses sociétés étrangères qui ont exprimé leur intérêt à s’associer à Sonatrach et à partager les risques et les bénéfices. Les entreprises étrangères ont également manifesté leur intérêt pour d’autres superficies adjacentes non contractuelles ainsi que pour de nouveaux types de contrats. L’intérêt de ces entreprises sera certainement pris en compte par Alnaft lors de la préparation du prochain appel d’offres», avait souligné Toufik Hakkar à MEES.
La question qui se pose, quitte à le rappeler, est de savoir si les périmètres qui seront proposés aux investisseurs étrangers seront attractifs. Il convient de rappeler ici que l’une des raisons de l’échec des appels a été le choix de périmètres risqués, notamment dans les zones éloignées des infrastructures pétrolières et gazières, ou de permis pétroliers dont la rentabilité n’est pas évidente. L’un des objectifs du nouvel l’appel d’offres est justement l’implication de nouveaux investisseurs étrangers permettant une plus grande concurrence, une augmentation des investissements et donc des efforts en matière d’exploration et de développement de gisements. Alnaft a souligné, en ce sens, que le potentiel en hydrocarbures reste toujours très important, mais que les ressources hydrocarbures à mobiliser sont difficiles d’accès.
En un mot, elles nécessitent l’apport de financements plus substantiels, en donc l’apport de capitaux étrangers, accompagnés de savoir-faire pour extraire ces quantités d’hydrocarbures. Cela donne un sens à l’apport du partenariat étranger, considéré par Sonatrach comme un axe de sa stratégie de développement de ses capacités de production et d’exportation, un moyen de partage du risque. L’offre potentielle à proposer aux partenaires n’est pas négligeable : plus de 200 découvertes de gaz et de pétrole ont été enregistrées ces dix dernières années.
Dans ces grappes de champs petits et moyens, un portefeuille de gisements ou de projets d’exploration et de développement de champs de pétrole et de gaz a été constitué. Certains suscitent l’intérêt de compagnies étrangères comme le gisement de pétrole de Touggourt ou le gisement de gaz de l’Ahnet. La question est de savoir si Sonatrach et Alnaft décident de proposer aux partenaires étrangers des gisements aussi intéressants dans une logique gagnant-gagnant ou de les faire développer uniquement par la compagnie pétrolière nationale. A cet égard, les richesses en gaz du sud-ouest, notamment autour d’In Salah, découvertes mais inexploitées, peuvent constituer l’exemple d’un futur partenariat possible avec les compagnies étrangères, en vue de mobiliser de nouvelles quantités d’hydrocarbures difficiles d’accès. Cela ne sera effectif, à l’évidence, qu’avec des prix du pétrole en hausse. n