Si l’industrie pharmaceutique algérienne a connu durant ces dernières années un bel essor grâce à l’investissement soutenu d’opérateurs privés, le secteur affiche néanmoins un retard à combler en matière de recherche et développement (R&D).

Par Bouzid Chalabi
L’évolution du nombre de dépôt de brevets d’invention dans le domaine pharmaceutique, en Algérie, demeure plutôt quelque peu insignifiante. C‘est à croire que les sociétés de production n’accordent pas beaucoup d’importance au volet recherche et développement. Et pour preuve, selon Naila Boudissa, cadre responsable au sein de l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inapi), seul un dépôt de brevet a été déposé, cette année, par le laboratoire pharmaceutique Biopharm et approuvé par l’Inapi au mois de juin 2021. «Par contre, dans d’autres secteurs d’activités le nombre de dépôts enregistré de janvier à août est appréciable», a-t-elle fait remarquer lors de son intervention à l’occasion d’un séminaire sous le thème «Industrie pharmaceutique et brevets», organisé hier mercredi à l’Ecole supérieure d’hôtellerie et de restauration d’Alger, par le Conseil national économique, social et environnemental (Cnese). Cette responsable s’étonne du faible taux de dépôts de brevet de la part des sociétés de pharmacies « alors qu’il est démontré que le système de brevet incite à l’innovation », fait-elle observer aux participants. C’est d’ailleurs ce que soutient le président du CNESE Rédh Tir pour qui «l’innovation est la colonne vertébrale du secteur de la pharmacie ».
C’est ce que partage d’ailleurs la Présidente-Directrice générale du groupe Saidal, Fatouaa Akacem. Cette dernière, qui se prononçait sur les perspectives de développement de l’industrie pharmaceutique au sein du groupe Saidal, a affirmé que «son groupe accorde un grand intérêt à l’innovation. Preuve en est, le nombre élevé d’inventions confirmé par l’Inapi durant la période de 2010 à 2015. Toujours à propos de la faiblesse des dépôts de brevet, un intervenant lors des débats a déploré qu’en dépit de tout l’essor qu’a enregistré l’industrie nationale pharmaceutique, le volet recherche et développement continue d’être le parent pauvre de ce secteur». Ce dernier, qui est aussi un ancien responsable du secteur public de la pharmacie, a révélé que «nos sociétés consacrent seulement 4 à 5% de la recette d’activité à leur département R&D alors que dans d’autres pays, le taux s’élève à hauteur de 20 à 25%».
Et de s’interroger : «Vont-ils se contenter d’acheter des droits d’exploitation d’inventions auprès de leurs propriétaires étrangers ou s’atteler à devenir eux-mêmes des inventeurs. Un autre intervenant explique que le faible taux de dépôt des brevets de la part des Algériens est surtout dû au fait que le système des brevets en place manque de clarté. Et les industriels du secteur l’appréhendent donc ( ndlr : le système suscité).
Notons dans ce même ordre d’idée que, lors d’un panel modéré par le professeur Mustapha Khiati, il a été évoqué le cadre juridique et règlementaire, notamment en ce qui a trait à «la protection de la propriété intellectuelle qui régit et réglemente l’appropriation et l’utilisation de ces brevets pharmaceutiques. Sur ce dernier point, l’expert Emmanuel Edwin Jelsch est intervenu par visioconférence, dont le thème portait sur «Les perspectives et enjeux de l’industrie pharmaceutique et biotechnologie dans les brevets». Il a, en effet, rappelé : «Avoir un brevet ne donne pas le droit de pouvoir commercialiser son invention. Il faut au préalable que des tests d’approbation réglementaires soient exécutés.
Soulignons enfin que de nombreux participants à ce séminaire se sont rejoints à dire que notre industrie pharmaceutique gagnerait à développer l’activité recherche et développement dans la mesure «où c’est un tremplin pour conduire des projets d’innovation, sources de gains conséquents pour rester compétitif ». n