L’annonce du ministère de la Santé, jeudi 30 juillet, qu’il «prospecte» et entame les «démarches nécessaires» pour l’acquisition de vaccin anti-Covid, indique que le monde de la recherche s’apprête à annoncer une découverte d’antidote au nouveau coronavirus.

Dans son communiqué, le département d’Abderrahmane Benbouzid évoque des «avancées réalisées par un certain nombre de laboratoires». Il mentionne également «l’imminence de la commercialisation de ce vaccin» après le succès des phases I et II et suggère fortement l’existence de contacts pour négocier son achat pour «parer à la propagation» de la Covid-19.
Sur la scène mondiale de la recherche, on apprend depuis jeudi, en effet, que plus de 20 vaccins sont actuellement en cours d’évaluation clinique ou sur le point de l’être, ultime étape avant le début de la production industrielle. La Russie, dont les laboratoires semblent être parvenus à des résultats prometteurs, estime pouvoir fabriquer deux vaccins à grande échelle «en septembre et en octobre prochains».
Le premier, «déjà testé sur des humains», est mis au point par le ministère russe de la Défense et le Centre de recherches en épidémiologie et microbiologie Nikolaï-Gamaleïa, est déjà testé sur des humains. Le deuxième vaccin est conçu au Centre de recherches sibérien Vektor et fait également l’objet d’essais cliniques qui doivent être achevés en septembre, avant une certification le même mois. Selon la vice-Première ministre russe Tatiana Golikova, de premières doses pourraient en être produites «en octobre 2020».
Moscou n’a pas partagé de données scientifiques attestant de la sécurité et de l’efficacité de ses vaccins. Mais Kirill Dmitriev, président d’un fonds souverain russe finançant la mise au point de l’un des deux vaccins, a comparé la course actuelle au vaccin anti-Covid à la conquête de l’espace. «Les Américains ont été étonnés quand ils ont entendu le signal du Spoutnik», le premier satellite artificiel lancé par l’URSS en 1957, a-t-il dit à la chaîne d’information américaine CNN. «Avec le vaccin, ce sera la même chose. Nous serons les premiers».
Il réagissait aux déclarations du docteur Anthony Fauci, l’expert américain en maladies infectieuses. Vendredi, 31 juillet, ce spécialiste a émis des doutes sur la sécurité des vaccins actuellement développés par la Russie et la Chine. «J’espère vraiment que les Chinois et les Russes testent leurs vaccins avant de les administrer à qui que ce soit (…) Affirmer disposer d’un vaccin prêt à être distribué avant même de le tester est, selon moi, problématique, pour ne pas dire plus», a-t-il déclaré lors d’une audition devant le Congrès américain.

Adénovirus et réponse immunitaire
Dans les pays occidentaux, trois vaccins développés sont dans leur dernière phase d’essai clinique sur l’homme. Au Royaume-Uni, l’un d’eux est en cours d’expérimentation à l’Université d’Oxford en partenariat avec la société pharmaceutique Astra Zeneca. Le gouvernement britannique a déjà commandé 100 millions de doses du vaccin et il est l’un des pionniers en termes de tests. Le vaccin Oxford comme on l’appelle est un antidote à vecteur viral : il est basé sur un adénovirus chimpanzé (un virus qui provoque une maladie comme le rhume chez les chimpanzés), qui a été modifié pour contenir une séquence génétique de la «protéine de pointe» du coronavirus qui, on pense, joue un rôle important dans l’infection des cellules. «C’est un moyen d’exposer le corps à la protéine de pointe sans l’exposer au coronavirus, de sorte qu’il crée une réponse immunitaire, explique Beate Kampmann, directrice de Vaccine Centre à London School of Hygiene and Tropical Medicine. Si le système immunitaire entre ensuite en contact avec le coronavirus, il est prêt à réagir. En Chine, la société CanSino Biologics a fait état des résultats de son essai de phase II, qui a été mené à Wuhan, le même jour que le groupe d’Oxford, également dans The Lancet. Le vaccin CanSino, qui est développé avec l’Institut de biotechnologie de Pékin, utilise également un adénovirus comme vecteur viral pour fournir la protéine de pointe du coronavirus, mais dans ce cas, font observer les spécialistes, il s’agit d’un virus du rhume commun qui affecte les humains. L’armée chinoise en a autorisé fin juin l’utilisation dans ses rangs, alors même que les dernières phases de test n’avaient pas démarré.
Aux Etats-Unis, la société américaine Moderna est l’un des nombreux groupes travaillant sur un vaccin à ARN, un nouveau type de vaccin qui consiste à fabriquer une version synthétique de l’ARN de la protéine de pointe du coronavirus – les instructions génétiques qui indiquent aux cellules comment fabriquer la protéine. Cela incite le corps à fabriquer lui-même la protéine de pointe, ce qui induit une réponse immunitaire.
Le 14 juillet, les résultats préliminaires d’un essai de phase II du vaccin Moderna ont été publiés dans le New England Journal of Medicine et ont déclaré que le vaccin avait induit une réponse immunitaire et ne soulevait aucun problème majeur de sécurité. Moderna a commencé les essais de phase III lundi. L’entreprise transnationale française Sanofi et le laboratoire britannique GSK ont annoncé qu’ils allaient recevoir jusqu’à 2,1 milliards de dollars des Etats-Unis pour le développement de leur potentiel vaccin anti Covid-19, après avoir été sélectionnés pour fournir 100 millions de doses aux Américains. n