Ce ne sera pas le rebond souhaité pour l’économie mondiale, mais ce ne sera pas non plus la forte récession tant redoutée. «La récession mondiale provoquée par la pandémie de Covid-19 sera moins forte que prévu cette année, à la faveur d’une activité soutenue au deuxième trimestre dans les économies avancées et en Chine», selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI) publiées hier.
Après avoir souligné qu’il table désormais sur une contraction du PIB mondial de 4,4%, soit +0,8 point comparé à son estimation de juin, le FMI note que «toutes les régions du monde sont concernées par ces projections plus optimistes, exception faite des économies émergentes et en développement», relevant que le PIB des Etats-Unis, première économie du monde, va ainsi plonger de 4,3% contre 8% estimé précédemment. Mais si la récession sera moins forte, le rebond ne sera pas à la hauteur des précédentes prévisions, selon le FMI qui indique qu’au moment où de nombreux pays, notamment européens, ont du mal à contrôler la propagation du coronavirus, il y a une nouvelle fois révision en baisse du rythme de la reprise de +5,2% (soit -0,2 point) attendue en 2021.
Pour cette année, il table désormais sur une contraction du PIB mondial de 4,4% contre 5,2% estimé en juin. C’est que la pandémie de coronavirus qui s’est propagée à travers le monde entier n’a pas fini de sévir. «L’économie mondiale reste plus que jamais à la merci de la pandémie. La récession va être moins sévère que prévu en 2020 grâce à un été d’insouciance dans beaucoup de pays avancés, mais la reprise s’essouffle déjà», a prévenu le FMI. Il cite l’exemple de l’Europe où la France, l’Espagne et l’Angleterre, qui font face à une nouvelle vague d’infections, multiplient les mesures ciblées pour éviter un confinement généralisé dévastateur pour l’économie.
La révision pour cette année reflète des données économiques meilleures que prévu enregistrées au deuxième trimestre, principalement dans les pays avancées – Europe et Etats-Unis – mais aussi en Chine. Toutes les régions du monde sont concernées par cette amélioration exception faite des économies émergentes et en développement, dont la prévision a été abaissée de 0,2 point à -3,3%.
Le PIB des Etats-Unis, première économie du monde, va plonger de 4,3% contre 8% estimé précédemment, celui de la zone euro va chuter de 8,3%, celui de la France de 9,8%. «Pour autant, cette crise est loin d’être terminée», a souligné Gita Gopinath, économiste en chef au FMI. «Vivre avec le nouveau coronavirus est un défi pas comme les autres, mais le monde s’adapte», a-t-elle estimé dans un blog accompagnant le dernier rapport de l’institution sur les prévisions mondiales.
La pandémie empêcherait un véritable rebond économique
«L’ascension sera probablement longue, inégale et incertaine», a résumé Gita Gopinath citée par l’AFP, soulignant que depuis les prévisions de juin, «les perspectives se sont considérablement détériorées dans certains pays émergents et en développement où les infections augmentent rapidement». Après la contraction historique en 2020 et la reprise en 2021, le niveau du PIB mondial ne devrait être au final que très légèrement supérieur à celui de 2019, a encore détaillé le FMI. A moyen terme, les perspectives sont aussi moroses puisque la distanciation sociale va probablement persister jusqu’à la fin de 2022, empêchant un véritable rebond économique. De plus, on ne peut pas exclure un scénario du pire avec une intensification des vagues d’infections combinée à un ralentissement des progrès sur les traitements et les vaccins, obligeant les autorités à des mesures plus draconiennes. Dans ce contexte, remettre l’économie mondiale sur la trajectoire prévue avant la pandémie est compromis. Le FMI a d’ailleurs fait ses calculs : la perte cumulée de PIB pour la période 2020-2025 est estimée à 28.000 milliards de dollars dont 11.000 milliards pour 2020-2021. Ce qui est assimilé à un «sérieux revers à l’amélioration du niveau de vie» dans tous les pays, selon Gita Gopinath.
Comme la Banque mondiale, le FMI déplore que cette crise ait anéanti les progrès accomplis depuis les années 1990 dans la réduction de la pauvreté dans le monde et le fait qu’elle augmente les inégalités. La fermeture des écoles, «un sacrifice» pour des générations entières, pose «un défi supplémentaire», dit-il. «Ce sont des temps difficiles, mais il y a quelques raisons d’espérer», a toutefois tempéré Gita Gopinath. «Les tests se sont intensifiés, les traitements s’améliorent et les essais de vaccins se déroulent à un rythme sans précédent, certains étant maintenant au stade final des essais». Elle note en outre que la solidarité internationale s’est renforcée.
La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, insiste depuis des semaines sur un élément clé : garantir que toutes les innovations (tests, traitements ou vaccins) soient produites à grande échelle et au profit de tous les pays. «Cet effort devrait inclure une forte composante multilatérale pour aider à distribuer les vaccins à tous les pays à des prix abordables», abonde Gita Gopinath. La pandémie de coronavirus, qui a déjà fait plus de 1,07 million de morts dans le monde, continue ainsi de rythmer la vie tant sociale qu’économique de la planète entière. <