Avec le nouvel arrivage de vaccins anti-Covid-19 avant-hier, l’Algérie totalise la réception de plus de 2 millions de doses de vaccins depuis la première réception effectuée à la fin de janvier dernier. Ce sont des acquisitions qui ont été, le moins qu’on puisse dire, difficilement «arrachées» quand on sait que les prévisions, voire les programmations d’achat de l’Algérie étaient largement supérieures. Ni les contrats d’achat ou d’intention signés avec différents partenaires ou partenaires potentiels ni le paiement par avance d’une partie des lots commandés n’auront servi à fournir à l’Algérie les quantités sur lesquelles elle comptait pour une vaccination massive.

PAR INES DALI
Les calculs pour une campagne vaccinale à la hauteur de celle programmée ont été faussés en raison de la très forte tension mondiale sur les anticoronavirus. Même le système Covax de l’Organisation mondiale de la santé dans lequel l’Algérie est partie prenante depuis sa mise en place en été 2020 a été fortement compromis et les livraisons qu’il comptait faire au profit des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire sont très loin de satisfaire les doses dont ont besoin ces pays pour vacciner leurs populations.
Selon les prévisions de l’Algérie, elle devait acquérir dans le cadre du système Covax une quantité de «10 millions de doses au premier trimestre» avait fait savoir le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derrar, en janvier dernier. Cette échéance a ensuite été allongée quelque temps plus tard d’un mois et le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, avait annoncé que la quantité de 10 millions de doses allait être acquise «d’ici à la fin d’avril». Les difficultés d’approvisionnements avaient déjà commencé.
Les quantités de vaccins que l’Algérie a finalement pu acquérir dans le cadre de Covax s’élèvent à 1.123.200 doses en deux parties. La deuxième est arrivée sur le sol algérien avant-hier. «L’Algérie a reçu vendredi, à l’aéroport international Houari-Boumediène, un lot de 758.400 doses de vaccin contre le Covid19 dans le cadre du dispositif Covax de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)», a indiqué le ministère de la Santé dans un communiqué. Deux jours avant, soit mercredi 19 mai, «l’Institut Pasteur avait réceptionné un lot de 170.000 doses de vaccins», selon la même source qui a ajouté que l’IPA «compte recevoir 500.000 autres doses lundi prochain, portant ainsi le chiffre global de doses reçues en une semaine à 1.428.400».
Ces nouvelles quantités viennent ainsi s’ajouter à celle réceptionnées depuis le 29 janvier dernier, à savoir 50.000 doses du vaccin russe Sputnik V, 50.000 doses du vaccin anglo-britannique AstraZeneca, 200.000 doses du vaccin chinois Sinopharm sous forme de don et 364.800 autres doses d’AstraZeneca reçues au début d’avril. L’Institut Pasteur avait également reçu entretemps une quantité de 30.000 doses de Sputnik V et il reste, selon le ministre de la Santé, 920.000 doses de cet antidote que le pays doit recevoir selon les termes contractuels.
Toujours en matière de doses reçues, il convient de rappeler que l’Algérie s’est fait livrer, en avril dernier, un autre nombre de doses dont la quantité n’avait pas été révélée. L’IPA en a seulement fait l’annonce. «Arrivée, vendredi 30 avril 2021, à l’Institut Pasteur d’Algérie, des quantités de vaccins russe Sputnik V et chinois Coronavac», pouvait-on lire dans le communiqué de l’IPA postée sur sa page facebook. Cette annonce n’a été accompagnée d’aucune autre précision.

L’Algérie totalise plus de 2 millions de doses
Le chiffre global de doses reçues en une semaine de 1.428.400 auquel on ajoute celui reçu entre janvier et avril donnent un total de 2.093.200 doses, sans compter le chiffre non divulgué par l’IPA. Le total des vaccins acquis aussi bien dans le cadre de Covax que dans le cadre des négociations bilatérales avec les pays et laboratoires fabricants des anti-Covid-19 est donc loin de répondre aux ambitions d’achat prévus pour cette période. Une situation qu’a bien déplorée le ministre de la Santé lorsqu’il est sorti de son mutisme, il y a quelques jours, pour défendre son département ministériel et a dévoilé les raisons exogènes du retard dues aux différents partenaires qui n’avaient pas effectué les livraisons en temps voulu, à tel point qu’il a fallu intervenir par le biais de la diplomatie. Tout ceci a, bien sûr, eu des répercussions sur la campagne vaccinale que d’aucuns qualifient de lente y compris le ministre.
Avec le nouvel arrivage, il est attendu que la vaccination puisse avoir un nouveau souffle, très attendu par ailleurs par les professionnels de la santé notamment, qui appréhendent mieux que quiconque les enjeux d’une vaccination à grande échelle. Surtout en ces temps où les variants détectés en Algérie continuent de se propager. Selon un communiqué de l’IPA, 96 nouveaux cas du variant britannique (B.1.1.7) du SARS-COV-2 ont été confirmés durant les deux dernières semaines, alors que le nombre de cas indiens (B.1.617) s’élève à 15 en une semaine, ce qui représente un total de 111 nouveaux cas confirmés en Algérie, et ce, dans plusieurs wilayas. Le variant britannique s’est propagé à Alger, Médéa, M’sila, Constantine, Ouargla, Blida, Bejaia, et Bouira, El Oued, Ghardaia, Souk Ahras, Tissemsilt et Touggourt. Quant aux cas du variant indien, ils sont signalés à Ouargla et Tizi Ouzou.
Actuellement, on ne sait toujours pas combien d’Algériens ont reçu leurs doses de vaccins et à l’exception du taux de vaccination estimé autour de 1% il y a près d’un mois par le Dr Mohamed Yousfi, chef de service infectieux à l’hôpital de Boufarik et président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), la communication est la grande absente sur ce volet, selon des observateurs. Ces derniers tiennent à noter que dans les bilans quotidiens de Covid-19 du ministère de la Santé, «on ne donne toujours pas le nombre de personnes vaccinées, et ce, en dépit du fait que le chef de l’Etat avait recommandé plus de transparence». Il avait aussi, rappelle-t-on, demandé à ce que le projet de production du vaccin Sputnik V en Algérie soit réalisé dans les délais prévus, pour être opérationnel vers septembre prochain.
Par ailleurs, et concernant le vaccin AstraZenaca, le Pr Riyad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, a tenu à rassurer qu’il ne présente pas plus d’effets secondaires que les autres vaccins, que soit les anticoronavirus ou autres. «Tous les vaccins ont des effets secondaires et cela est connu. Que ce soit celui-là ou un autre, il faut évaluer le bénéfice-risque et je pense que les bénéfices l’emportent sur les risques. D’ailleurs, lui comme plusieurs autres, ont reçu l’homologation de l’OMS», a-t-il affirmé, invitant les citoyens à se faire vacciner.