Après le coup de gueule du ministre de la Santé, jeudi, quant aux causes ayant induit un retard dans l’approvisionnement en vaccins anti-Covid-19, une nouvelle cargaison a été réceptionnée, hier, par le pays.

PAR INES DALI
Ces nouvelles doses permettront, un tant soit peu, un redémarrage de la vaccination dont le rythme est qualifié de lent, en attendant d’autres arrivages. Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a même reconnu hier la lenteur de la campagne vaccinale qu’il impute à la faiblesse du nombre de doses de vaccin reçues.
«On a reçu dans la matinée (hier matin, ndlr) une dotation d’un certain nombre de doses de vaccin», a-t-il déclaré. Avant de reconnaître : «La vaccination suit son cours avec lenteur, avec parcimonie, avec rationalisation, parce que lorsqu’on a peu de doses, on est obligé de garder une cadence (lente, ndlr).» La dotation en question, réceptionnée à l’aéroport international d’Alger Houari-Boumediène, est une cargaison composée de 364 800 doses du vaccin anti-Covid-19 AstraZeneca et entre dans le cadre du mécanisme Covax.
Depuis son lancement, le 30 janvier dernier, la vaccination n’a touché que 0,17% de la population éligible, selon le taux avancé récemment par le Dr Mohamed Yousfi, chef de service infectiologie à l’hôpital de Boufarik. La vaccination lente, «nous l’avons fait pour éviter la pénurie, la rupture de la chaîne de vaccination. Quand on a un petit quota de vaccins, on est obligé de vacciner à petites doses pour éviter la rupture», a expliqué le Pr Benbouzid. Pour le mois d’avril courant, «nous avons des promesses d’accélérer les approvisionnements, ce qui nous permettrait d’accélérer la vaccination», a-t-il fait savoir.
Concernant l’arrivage de la nouvelle quantité d’antidotes, le Directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derrar, qui était à l’aéroport d’Alger pour la circonstance, en compagnie de plusieurs autres responsables, représentant les parties impliquées dans le système Covax, a indiqué que «la réception de ces vaccins est l’un des fruits de la coalition de l’Algérie avec le mécanisme Covax, qui comprend l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et plusieurs partenaires internationaux», ajoutant que «ce premier lot sera suivi par d’autres dans les jours à venir» et «contribuera à accroître la cadence de vaccination».
Pour sa part, l’ambassadeur de l’Union Européenne en Algérie, John O’Rourke, également présent à la réception des antidotes, a déclaré : «Moi-même et mes collègues des Etats membres, nous nous réjouissons de la concrétisation de ce mécanisme auquel l’UE contribue massivement, montrant que la solidarité internationale dans la lutte contre la pandémie n’est pas un vain mot, à l’heure même où nos gouvernements sont tous confrontés au défi de la disponibilité des vaccins dans leur course contre la montre face à une nouvelle vague.» Il a ajouté que «les 360 000 doses dans le cadre du mécanisme Covax est une première dotation sur une allocation provisionnelle de plus de 2,2 millions de doses prévues à travers ce dispositif dont l’UE est l’un des principaux contributeurs».
Comme c’est la première livraison de Covax à l’Algérie, d’autres responsables ont donc effectué le déplacement à l’aéroport, dont le représentant de l’OMS en Algérie, François Nguessan, qui a salué «les efforts de l’Algérie dans la lutte contre le coronavirus et son rôle dans l’action internationale commune de lutte contre cette pandémie». A son tour, l’ambassadeur coordonnateur résident des Nations unies en Algérie, Eric Overvest, a mis en exergue «les efforts de l’Algérie dans cette lutte et sa collaboration dans le cadre de la coalition Covax, laquelle vise à acheminer le vaccin à tous les peuples des Etats du monde, pour le bien de l’humanité». Le représentant de l’Unicef en Algérie, Isselmou Boukhari, s’est également félicité du «grand rôle» de l’Algérie dans la lutte contre cette pandémie.

Le problème des vaccins a pris «une tournure politique»
Il faut reconnaître que la réception de cette nouvelle quantité n’était pas chose aisée eu égard à la tension mondiale sur les anticoronavirus mais aussi aux problèmes de production que connaît le principal fournisseur qui devait approvisionner l’Algérie dans le cadre de Covax, à savoir AstraZeneca, qui a de grandes difficultés en Europe. Ce qui a poussé le ministre de la Santé, à deux reprises la semaine dernière, à sortir de la discrétion adoptée au début pour expliquer que la difficulté d’approvisionnement était hors de son contrôle et due à des facteurs exogènes.
Il a réitéré les mêmes explications et donné d’autres, jeudi dernier, en réponses aux questions orales des sénateurs qui l’ont interpellé sur la lenteur de la vaccination. C’est alors qu’il a pointé du doigt un dysfonctionnement dans le système Covax et révélé que l’Algérie a dû faire appel aux autorités officielles et à la diplomatie afin d’intervenir pour l’obtention de quantités indispensables de vaccins».
Le Pr Benbouzid a indiqué que l’opération de vaccination contre le coronavirus avait pris «une dimension politique» à travers le monde entier, en dépit des correspondances, des contacts par visioconférence et des accords conclus entre l’Algérie et les laboratoires concernés. Il avait ajouté, dans ce cadre, que «certaines parties n’ont pas honoré leurs engagements, à l’instar du mécanisme Covax, qui devait fournir à l’Algérie entre 12 et 16 millions de doses», soulignant que ce mécanisme a «préféré approvisionner les pays africains à faibles revenus et certains pays riches». Il a saisi cette occasion pour rappeler que l’Algérie devrait réceptionner au cours de ce mois une quantité de 920 000 doses du vaccin russe pour lequel elle a déjà payé 15%, tout comme elle a déjà payé une avance sur les autres vaccins qu’elle n’a pas encore reçus.
Quoi qu’il en soit, de plus amples explications sont attendues aujourd’hui lors du Conseil des ministres qui se penchera sur la question de la vaccination.