Après des mois de tension sur les médicaments anticancéreux et une perturbation dans la disponibilité des traitements, accentuée par la crise de la Covid-19, la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) a réceptionné 60 000 flacons de 1g de Méthotrexate injectables.

Par Sihem Bounabi
Le Pr Kamel Bouzid, président de la Société algérienne d’oncologie médicale (Saom) et chef de service au centre spécialisé dans la lutte contre le cancer Pierre-et-Marie-Curie (CPMC), a fait part, hier, de son soulagement suite à ce «court répit» pour le traitement des enfants cancéreux. Il tient toutefois à mettre en exergue que la problématique, en Algérie, des médicaments pour les enfants cancéreux, en particulier, et les malades souffrant de cancer, en général, mérite une solution en profondeur.
Il souligne à ce sujet que « certes, c’est un soulagement, mais ce n’est pas normal que l’on a dû attendre plus de huit mois la réception de Méthotrexate pour pouvoir travailler correctement et soigner les patients». Il ajoute dans ce sillage qu’«il y a eu récemment la réception de lots de Méthotrexate, de la Vincristine et l’Asparaginase, mais les stocks s’épuisent rapidement. Il y a encore une quarantaine de médicaments qui sont toujours en attente d’être réceptionnés».
Tout en se désolant de la tension et des perturbations sur la disponibilité des médicaments entrant dans le protocole thérapeutique des malades souffrant de cancer, malgré les promesses des ministères de la Santé et de l’Industrie pharmaceutique. Il tient à souligner que «c’est avant tout un problème structurel, il est temps que la PCH et les ministères de la Santé et de l’Industrie pharmaceutique assument leurs responsabilités».
Le président de la Saom lance, encore une fois, un appel aux autorités concernées, «ce que l’on demande c’est la présence en continue des médicaments. Ce n’est pas normal que 60 ans après l’Indépendance, on est encore dans la problématique de la disponibilité des médicaments pour les malades cancéreux». Insistant : «Je tiens encore une fois à dire que c’est tout simplement de l’impéritie, il y a des responsables qui ne sont pas à la hauteur de leur responsabilité tout simplement.» Le Pr Kamel Bouzid tient également à rappeler qu’«en plus de cette perturbation grave dans la disponibilité des médicaments de base pour le traitement des cancéreux, les nouveaux traitements innovants contre le cancer ne sont toujours pas entrés en Algérie, alors que cela fait trois ou quatre ans qu’ils ont été enregistrés. Cela concerne entre autres l’immunothérapie et quelques thérapies ciblées». Pour rappel, depuis près de deux années avec la crise sanitaire de la Covid, les problèmes de pénurie de médicaments anticancéreux, notamment pour les enfants, ont pris des allures dramatiques, car faute de médicaments disponibles, il y a des complications pour la mise en place des thérapies indispensables à la prise en charge des cancéreux, notamment les enfants des services d’oncopédiatrie.
Il est à noter que le ministère de l’Industrie pharmaceutique avait annoncé, au plus fort de la polémique sur la pénurie des médicaments pour les cancéreux, avoir donné «des instructions fermes pour la prise en charge en urgence de toutes les mesures de facilitation, à tous les niveaux, afin d’assurer une disponibilité continue des traitements» pour les malades cancéreux. C’est dans cette optique qu’une dérogation avait été délivrée à la PCH pour importer les médicaments qui subissent une tension de rupture.
Pour sa part, le ministère de la Santé a notamment annoncé la réactivation du Fonds national du cancer, afin de renforcer les régions nécessitant des équipements d’imagerie et de radiothérapie, ainsi que l’acquisition des médicaments innovants.
Par ailleurs, en plus de la problématique de la disponibilité des médicaments entrant dans le protocole thérapeutique d’oncologie pédiatrique, plusieurs spécialistes avaient souligné, au mois de décembre dernier, à Alger, «la nécessité d’ouvrir des centres spécialisés pour la prise en charge des enfants cancéreux dans toutes les régions du pays». Parmi les types de cancer les plus fréquents chez les enfants, en Algérie, les oncologues ont notamment cité la leucémie aiguë et les tumeurs malignes comme le cancer du cerveau, des yeux (rétinoblastome), des reins (néphroblastome) et des glandes, en soulignant que ces types de cancer répondent, dans la plupart des cas, au traitement administré. Ainsi, la plupart des tumeurs malignes répandues chez les enfants sont «curables si elles sont prises en charge à temps». <