Réaction défensive ou d’attaque ? La déclaration du chef de l’Etat, hier, aux walis, est assez violente contre des cercles de «prédateurs» et de «cellules dormantes» qu’il n’a pas nommés pour qu’elle ne suscite pas de lectures divergentes. Certaines des formules qu’il a utilisées, comme celle qu’on vient de citer, relèvent carrément du registre de l’antiterrorisme. Le lexique auquel elles appartiennent et les charges qu’il charrie métaphoriquement ainsi n’invitent pas à l’apaisement avec l’opposition.

Se sentant visée, celle-ci ne manquera certainement pas de réagir : soit pour dénoncer un «lynchage» dont elle se sent la cible, soit pour signaler une attitude de panique au sommet du pouvoir à quelques mois de l’élection présidentielle d’avril 2019, selon les prévisions. Mais quelle que soit l’attitude qu’elle aura dans sa diversité et ses rivalités, l’intervention de M. Bouteflika devant les hauts fonctionnaires de l’Etat chargés des collectivités locales et territoriales, qu’elle aura désormais la latitude de longtemps apprécier avant l’apparition de nouveaux signaux, a laissé transparaître un lourd parfum de début de campagne.
Qu’importe si ce parfum n’est pas d’odeur à enthousiasmer les futurs candidats et les porteurs d’ambition déclarés ou cachés ni à présenter la séquence pré-électorale qu’on vit actuellement sous un autre jour que celui des «manœuvres politiciennes», il restera certainement comme la trace d’un paradoxe : celui du président de la République à avoir relancé les paris sur la présidentielle d’avril 2019, selon les prévisions, alors que son intention était de mettre en garde contre un empressement à emballer le calendrier qui leur est dû. Pour parler de «décentralisation», de «promotion du Service public», et de «responsabilités en matière de gestion des affaires publiques locales».
La réaction générale à laquelle on s’attend dorénavant est un déferlement de spéculations sur les motivations du premier magistrat de la République à avoir privilégié une sortie aussi forte et aussi violente contre des manœuvriers qui, encore une fois, il ne distingue pas nommément face à des walis qu’il prend à témoin. Face à cette complexité à cerner le sens des propos du Président, l’hypothèse possible est de rappeler que dans son intervention, il y a tout de même la défense de son bilan, même si cet exercice est cette fois franchement plus véhément que d’ordinaire. On peut donc comprendre cette allure, surtout quand on sait que cet inventaire est critiqué en permanence, parfois injustement et sans distinction, notamment dans ses volets infrastructurel et social où les acquis ne sont pourtant pas à nier.
Outre cet aspect, le chef de l’Etat n’a pas tellement tort quand il dénonce ceux qui «réduisent les enjeux du présent et de l’avenir au changement et à la succession des responsables et des personnes». Il y a là, de sa part, un recadrage à ne pas rejeter quand on se rappelle l’ampleur des chantiers à ouvrir et à achever en matière de «défis socioéconomiques», de développement, d’éducation, de qualité de l’enseignement supérieur, de santé et autres dans une Algérie qui ne connaît pas de transition démographique